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France: un conseiller de Hollande accusé de conflit d'intérêts démissionne

18/04/2014 09:02 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT

Un proche conseiller de François Hollande a démissionné vendredi, au lendemain d'accusations de conflit d'intérêts et de révélations sur son train de vie embarrassantes pour le président français, au moment où il cherche à faire passer la pilule de la rigueur.

Aquilino Morelle, conseiller politique de François Hollande et chef de son équipe de communication, assure dans un communiqué remis à l'AFP n'avoir "commis aucune faute". Il précise toutefois vouloir "mettre fin à (ses) fonctions" à la présidence de la République pour "être entièrement libre de répondre (aux) attaques".

Il a pris sa décision "pour ne pas gêner l'action du président de la République, du gouvernement et de la majorité, dans un moment particulièrement difficile de la vie du pays".

Aquilino Morelle, 51 ans, est accusé par le site d'information Mediapart d'avoir mené en 2007 une mission de conseil auprès d'un laboratoire pharmaceutique danois, Lundbeck, payée 12.500 euros, alors qu'il était employé par le service chargé, entre autres, de contrôler ce secteur industriel, l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS).

Un cas flagrant de conflit d'intérêt, selon Mediapart, qui évoque aussi le train de vie somptuaire à l'Elysée de l'homme de l'ombre, propriétaire de 30 paires de chaussures de luxe qu'il se fait cirer sous les ors de la République et amateur des grands crus de la cave présidentielle qu'il faisait ouvrir pour de simples réunions de travail.

L'affaire survient au plus mauvais moment pour l'exécutif socialiste alors que le nouveau Premier ministre Manuel Valls, nommé après le désaveu des élections municipales, vient d'annoncer des mesures de rigueur faisant grincer des dents à gauche. Plusieurs députés socialistes ont critiqué la nomination de Manuel Valls, pour laquelle Aquilino Morelle avait plaidé. Les deux hommes sont d'ailleurs amis et l'entourage du Premier ministre a fait savoir qu'il lui avait conseillé de démissionner.

- Le spectre Cahuzac -

La décision a été accueilli avec soulagement au Parti socialiste, inquiet de cette nouvelle affaire un an après les révélations sur les comptes en Suisse de l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac, contraint lui aussi à la démission en mars 2013. Une affaire déjà révélée par Mediapart, qui s'est fait une spécialité des scoops mettant en cause la corruption des élites politiques.

"Si ce qui se dit est vérifié, je ne vois pas comment il (Morelle) peut rester; mais si ce n'est pas vrai, il faut une grande explication, que l'on puisse y voir clair", avait déclaré vendredi matin le nouveau Premier secrétaire du Parti Socialiste, Jean-Christophe Cambadélis.

François Hollande, en visite vendredi à l'usine de pneumatiques Michelin à Clermont-Ferrand (centre) a soigneusement ignoré les questions sur son conseiller politique. Il a préféré insister sur la nécessité du plan d'économies de 50 milliards d'euros dans les finances publiques annoncé par Manuel Valls.

Vendredi, l'IGAS a démenti avoir délivré à Aquilino Morelle, une autorisation pour travailler dans l'industrie pharmaceutique, contrairement à ce qu'il avait affirmé jeudi.

Le Haute autorité de la transparence de la vie publique, créée après l'affaire Cahuzac pour vérifier les déclarations d'intérêts et de patrimoine des élus et hauts fonctionnaires, a annoncé entamer l'étude du dossier de M. Morelle.

"Il était juge et partie, c'est le paroxysme du conflit d'intérêt. Il a menti alors qu'il prônait la transparence sur les plateaux de télévision", a commenté vendredi l'auteur de l'article de Mediapart, Mickaël Hajdenberg.

Aquilino Morelle, enfant d'une famille d'immigrés espagnols, médecin de formation tout en étant passé par la prestigieuse Ecole nationale d'administration avait été la "plume" du Premier ministre socialiste Lionel Jospin.

Il a été aussi l'inspirateur du discours du Bourget de janvier 2012 dans lequel François Hollande, alors candidat à la succession de Nicolas Sarkozy, clamait que son "principal adversaire" était "le monde de la finance" et promettait de ramener l'argent au rang de "serviteur et non d'un maître."

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