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A la Pâque grecque, tous les espoirs sont permis

18/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT

Epreuves, souffrances, résurrection: après six ans de débâcle économique, la morale de Pâques résonne de façon particulière dans les églises grecques où affluent les fidèles durant la Semaine sainte.

Sur le parvis de l'église Saint-Nicolas, dans un quartier populaire du centre d'Athènes, les fidèles se dispersent après deux heures de prêche. De la religion à l'actualité, le pas est vite franchi.

"Nous devons traverser des épreuves comme le Christ en son temps, mais au bout du tunnel je vois l'espoir d'un nouveau départ", affirme Kostas, un retraité, après le sermon du Père Nikolaos.

"La Grèce va s'en sortir, elle est revenue sur les marchés, le tourisme est en hausse...", analyse l'homme à la mise soignée.

Lila l'interrompt: "La fin de la crise n'est pas pour tout de suite. Chaque année à Pâques, j'allais passer les fêtes chez ma famille sur l'île de Chios, mais cette année je n'ai plus les moyens".

Le pays esquisse une amorce de redressement, un timide retour à la croissance est attendu en 2014, mais les Grecs restent meurtris.

"Ma situation comme celle de mes amis continuent d'empirer", ajoute la quadragénaire depuis six mois au chômage, comme plus d'un quart de ses compatriotes.

Samedi soir, un message du chef de la puissante Eglise grecque, non séparée de l'Etat, sera lu dans les églises aux quelque 11 millions de Grecs qui se déclarent orthodoxes à 90%.

"Dans ces moments délicats que traverse notre pays, l'invitation à éclairer notre vie avec la lumière de la résurrection prend un sens particulier", écrit l'archevêque d'Athènes, Mgr Ieronimos, dans cette adresse consultée par l'AFP.

Il incitera les fidèles à voir "avec courage et optimisme la tâche difficile et souvent douloureuse qui consiste à changer soi-même, sa famille, son pays, sa vie".

- "Jours meilleurs" -

"En Grèce aujourd'hui, la résurrection pascale symbolise le retour à des jours meilleurs et la possibilité pour tous de dépasser les difficultés rencontrées", explique Giorgos Patronos, professeur de théologie.

Le père Antonios qui officie à Chalandri(banlieue nord d'Athènes) observe que "les Grecs se déplacent en masse le Vendredi saint non par ferveur religieuse, mais parce qu'ils sont émus par la crucifixion qui représente toutes les souffrances des hommes, les leurs, celles de leurs compatriotes".

Dans le quartier paupérisé où prêche le père Nikolaos, une importante population immigrée a dû faire face ces dernières années à la montée du racisme, voire aux attaques de militants du parti neo-nazi Aube dorée.

Pâques est l'occasion pour le père Nikolaos de délivrer "deux messages": "Tout d'abord, il ne faut pas s'appuyer sur des biens matériels parce qu'ils peuvent disparaître. Ensuite, personne ne peut se dire chrétien s'il n'aide pas son prochain, qu'il soit Grec ou étranger".

Si le père Nikolaos ne veut pas faire de la politique, il s'indigne que certains métropolites aient soutenu publiquement la formation extrémiste.

"Notre Église est à l'opposé de ce parti. Nous délivrons un message antiraciste et de solidarité", souligne-t-il, notant que l'institution distribue dans ce quartier 120 repas par jour.

Les critiques reprochent à l'Église de valoriser sa mission philanthropique, depuis le début de la crise, pour conserver ses privilèges fiscaux, même si une taxe de 20% sur ses revenus bruts a été instaurée en 2010 au début de la crise. Second propriétaire foncier du pays, elle dispose d'une fortune considérable.

Lila estime que le pope de son quartier l'"éclaire sur des questions de société". "J'ai plus confiance en lui que dans certains hommes politiques".

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