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Ukraine: pourparlers à Genève, menaces de Poutine

17/04/2014 07:26 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT

La Russie, les Etats-Unis, l'Union européenne et l'Ukraine étaient en pleines tractations jeudi à Genève pour tenter de dénouer la pire crise Est-Ouest depuis la Guerre froide, le président russe Vladimir Poutine faisant peser la menace voilée d'un recours à la force.

Ces premiers pourparlers quadripartites sur la crise ukrainienne se tiennent en pleine tension sur le terrain, où des affrontements qui ont fait trois morts ont opposé dans la nuit insurgés pro-russes et loyalistes au pouvoir pro-européen de Kiev.

La réunion à quatre se déroule dans un grand hôtel de la ville suisse entre les ministres des Affaires étrangères ukrainien Andrïï Dechtchitsa, russe Sergueï Lavrov, le secrétaire d'Etat américain John Kerry et la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton. Avant de s'enfermer, les quatre dirigeants n'ont quasiment pas dit un mot devant les caméras.

Des diplomates américains ont confié qu'ils escomptaient un "vrai dialogue" entre Moscou et Kiev et une "désescalade" des tensions dans l'Est de l'Ukraine. Mais la secrétaire d'Etat adjointe pour l'Europe Victoria Nuland avait elle-même reconnu il y a une semaine à Washington que les Etats-Unis "n'avaient pas de fortes attentes" pour ces tractations de Genève.

Simultanément, le président russe Vladimir Poutine a fait monter les enchères.

Lors d'un longue séance télévisée de questions-réponses, il a dit qu'il "espérait fortement" ne pas être "obligé" d'envoyer ses forces armées en Ukraine.

Le chef du Kremlin a exhorté le pouvoir pro-européen à Kiev d'accepter le "dialogue", via ces entretiens quadripartites de Genève, au risque de mener le pays vers le "gouffre". Il a également qualifié de "foutaises" les affirmations selon lesquelles les forces russes seraient impliquées dans les troubles dans l'Est de l'Ukraine. M. Poutine a encore réclamé des "garanties" pour les droits de populations russophones de ces régions orientales ukrainiennes.

Il a enfin assuré que l'Otan, dont des pays membres sont voisins de la Russie, ne lui faisait "pas peur". "Nous pouvons nous-mêmes tous les étouffer, pourquoi avez-vous peur?", a ajouté le président en réponse à une journaliste.

Sur le terrain, juste avant les pourparlers de Genève, une attaque contre une unité de la garde nationale a été repoussée à Marioupol, dans le sud-est de l'Ukraine, faisant trois morts et 13 blessés parmi les assaillants, selon le ministre ukrainien de l'Intérieur. Les forces loyalistes n'ont pas subi de pertes et 63 assaillants ont été arrêtés, selon lui.

Mercredi, la confrontation avec les insurgés de l'est de l'Ukraine avait tourné à la déroute pour les forces du pouvoir pro-européen de Kiev.

Les forces loyalistes ukrainiennes ont en effet accumulé les revers face aux groupes armés autour de Slaviansk, ville emblématique de la dernière série d'insurrections pro-russes, contrôlée depuis samedi par des forces séparatistes.

Une colonne ukrainienne envoyée dans le cadre de "l'opération antiterroriste" lancée par Kiev pour reprendre la main a été bloquée par des manifestants pro-russes.

Six blindés ont été saisis par un des groupes de combattants aux uniformes non identifiés qui multiplient les actions depuis 10 jours dans l'Est russophone. Ils ont rejoint, drapeaux russes au vent, la défense de Slaviansk.

Après des heures de confrontation avec des manifestants, les hommes du reste de la colonne - 15 blindés restés bloqués à Kramatorsk - ont fini, certains en larmes, par déposer les armes, sous les cris de "bravo les gars".

Selon Kiev et les Occidentaux, ces groupes armés, ironiquement baptisés "hommes verts" en Ukraine, sont en fait des soldats d'élite russes, comme ceux qui étaient à l'oeuvre en Crimée avant le rattachement de la péninsule ukrainienne à la Russie en mars. Moscou nie avoir des soldats ou des agents en territoire ukrainien.

Dans un autre défi au pouvoir central, un groupe d'hommes cagoulés et armés se sont emparés de la mairie de Donetsk, fief russophone de l'Est.

Américains et Européens ont aussi prévenu que, faute de solution diplomatique à Genève, ils se préparent à durcir leurs sanctions contre la Russie.

Le président américain Barack Obama "a été très clair, si la Russie ne saisit pas cette opportunité pour une désescalade, le prix à payer va augmenter", a averti un diplomate américain voyageant avec M. Kerry. La Maison Blanche a indiqué mercredi soir que les Etats-Unis "préparaient activement" de nouvelles sanctions contre Moscou.

"Chaque fois que la Russie prendra des mesures destinées à déstabiliser l'Ukraine et à violer sa souveraineté, il y aura des conséquences", a répété Barack Obama sur CBS News. Les Russes "ont -- au minimum -- soutenu des milices non étatiques dans le sud et l'est de l'Ukraine", a-t-il accusé.

Et le président français François Hollande a renchéri jeudi, prévenant que l'UE envisageait d'étoffer ses sanctions en cas d'échec à Genève.

Pour le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrïï Dechtchitsa, la "voie diplomatique" est encore possible et "c'est la seule façon de stabiliser la situation". A son arrivée à Genève, il s'est dit prêt au dialogue avec la Russie, mais a exclu de parler de fédéralisation, comme le demandent Moscou et les insurgés.

Dans le même temps, L'UE a accepté de mener des discussions avec la Russie sur la sécurité des approvisionnements en gaz, après les menaces russes, selon le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

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