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Nigeria: 115 des 129 lycéennes enlevées par Boko Haram toujours portées disparues

17/04/2014 08:13 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT

La directrice du lycée du Nigeria où 129 jeunes filles ont été enlevées par des islamistes du groupe Boko Haram a déclaré jeudi que 115 étaient toujours retenues, démentant que la plupart avaient retrouvé la liberté comme l'avait affirmé l'armée la veille.

Le ministère de la Défense et le gouvernement de l'Etat de Borno, dans le nord-est, où l'enlèvement a eu lieu, ont affirmé que 129 lycéennes avaient été enlevées par des hommes armés lundi soir dans la ville de Chibok.

Le porte-parole des armées Chris Olukolade a ensuite déclaré mercredi soir que seules huit d'entre elles étaient encore captives et les 121 autres étaient libres.

Il avait cité la directrice du lycée public pour filles de Chibok visé par l'enlèvement.

"Les déclarations de l'armée sont fausses", a répliqué cette dernière, Asabe Kwambura, à l'AFP.

Mme Kwambura a ajouté que l'information donnée mercredi par Kashim Shettima, le gouverneur de l'Etat de Borno, selon lequel 14 otages avaient retrouvé la liberté, était "exacte".

Jeudi soir, le responsable de l'éducation de l'Etat de Borno a confirmé que plusieurs jeunes filles avaient pu s'échapper, tout en ajoutant qu'au total 20 lycéennes avaient ainsi réussi à s'échapper des griffes de leurs ravisseurs.

"Nous avons retrouvé 20 filles et elles sont maintenant avec nous. Après s'être enfuies, les filles sont allées chez des chefs de village qui vivaient à côté et des responsables locaux nous les ont ramenées", a déclaré Mallam Inuwa Kubo.

L'enlèvement de ces lycéennes, qui a provoqué des réactions d'indignation dans le monde et est survenu le même jour que l'attentat le plus meurtrier que la capitale nigériane ait jamais connu (75 morts et 141 blessés), aussi attribué à la secte islamiste.

"Que l'armée, qui est censée retrouver et sauver nos enfants, puisse divulguer de tels mensonges, montre bien qu'ils n'ont pas l'intention de secourir nos filles", s'est indigné Lawan Zanna, un habitant de Chibok dont la fille a été enlevée.

"C'est la pire des insultes", a-t-il ajouté, "ils ont déclaré que nos filles avaient été libérées (...) alors qu'ils nous les ramènent, parce que nous ne nous sommes pas encore retrouvés".

Boko Haram, dont le nom signifie "l'éducation occidentale est un péché" en langue haoussa, a souvent pris pour cible des écoles et des université depuis le début, en 2009, d'une insurrection qui a fait des milliers de morts.

Des étudiants ont été massacrés dans leur sommeil, lors de l'attaque de leur dortoir, et des attentats à la bombe ont eu lieu dans des campus d'université, notamment, mais aucun enlèvement massif visant des jeunes filles n'avait été observé dans le passé.

Le gouverneur de l'Etat de Borno a offert 50 millions de nairas (215.000 euros) à toute personne pouvant donner des informations permettant la libération des victimes encore prisonnières.

Des parents ont afflué jeudi matin au domicile du chef traditionnel de Chibok, réclamant des explications sur la déclaration de l'armée, ont rapporté des habitants.

"L'idée que l'armée était à la poursuite des ravisseurs permettait aux parents de continuer à espérer", a déclaré un habitant sous couvert d'anonymat.

La publication de l'information douteuse selon laquelle la plupart des jeunes filles étaient désormais en sécurité "a brisé cet espoir", a-t-il estimé.

- Réunions d'urgence sur la sécurité -

Des hommes armés avaient pris d'assaut lundi soir l'internat du lycée, mettant le feu à plusieurs bâtiments avant de tuer un policier et un soldat et de pénétrer dans l'établissement.

Ils ont ensuite obligé les lycéennes à sortir et les ont fait monter dans des camions avant de s'enfoncer dans la végétation dense de cette région reculée.

Trois lycéennes qui ont pu s'échapper et regagner Chibok ont raconté qu'elles avaient été emmenées dans la forêt de Sambisa, connue pour abriter des camps fortifiés de Boko Haram.

Le jour de l'enlèvement, l'attentat à la bombe survenu dans une gare routière proche d'Abuja a rappelé que le groupe islamiste pouvait frapper partout, dans le pays le plus peuplé d'Afrique et première économie du continent.

Régulièrement critiqué pour la persistance des attaques des insurgés islamistes, le président Goodluck Jonathan a convoqué une réunion des chefs des services de sécurité jeudi pour examiner "la situation sécuritaire dans le pays".

Fait relativement rare, il a aussi convié les gouverneurs des 36 Etats nigérians à participer à une seconde réunion prévue plus tard jeudi.

Les attaques de Boko Haram, qui revendique la création d'un Etat islamique dans le nord du Nigeria, ont déjà fait plus de 1.500 morts rien que cette année.

L'enlèvement massif de lycéennes a provoqué des réactions très vives, notamment de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

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