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Naufrage en Corée du Sud: le capitaine pourrait avoir abandonné son navire

17/04/2014 08:32 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT

MOKPO, Corée du Sud - L'ordre d'évacuer le traversier qui a coulé cette semaine au large de la côte méridionale de la Corée du Sud a tardé à venir même si des centaines de personnes se trouvaient encore à bord, a indiqué jeudi un membre d'équipage, parce que les officiers sur le pont tentaient par tous les moyens de redresser et de stabiliser leur navire.

Le capitaine — qui est sous enquête pour avoir possiblement été parmi les premiers à quitter le navire — a tout d'abord demandé aux passagers d'enfiler leurs vêtements de flottaison individuels et de rester en place, et c'est seulement 30 minutes plus tard qu'il a finalement ordonné l'évacuation, a dit à l'Associated Press Oh Yong-seok, un membre d'équipage de 58 ans.

M. Oh a toutefois précisé qu'il ne sait pas si l'ordre du capitaine, transmis à l'équipage, a ensuite été communiqué aux passagers par l'installation d'interphonie.

Plusieurs survivants ont raconté à l'Associated Press n'avoir entendu aucun ordre d'évacuation. Ce délai pourrait avoir condamné à mort de nombreux passagers alors que le Sewol coulait mercredi, près de la ville méridionale de Mokpo.

Au moins 20 personnes, dont cinq étudiants et deux enseignants, ont perdu la vie, mais le bilan risque fort de s'alourdir puisque plus de 270 personnes manquent toujours à l'appel. La garde-côtière sud-coréenne témoignait jeudi de 179 survivants alors que 475 personnes se trouvaient à bord, dont 325 jeunes qui participaient à un voyage scolaire.

Une vidéo obtenue par l'Associated Press et tournée par un camionneur, Kim Dong-soo, montre le navire donnant sévèrement de la bande pendant que des passagers vêtus de vestes de flottaison s'agrippent aux flancs du bateau pour ne pas glisser. Les haut-parleurs peuvent être entendus demandant aux gens de rester dans leurs cabines.

Les fouilles ont été freinées, jeudi, par la force du courant, la pluie et la mauvaise visibilité.

M. Oh, qui compte dix ans d'expérience comme marin, a expliqué que l'équipage s'était rassemblé sur le pont alors que le navire donnait de la bande de plus de 5 degrés, l'angle critique à partir duquel il peut être redressé.

À ce moment, un troisième lieutenant a déclaré que le navire ne pourrait être redressé; le capitaine a alors ordonné une nouvelle tentative, qui a elle aussi échoué, selon M. Oh. Un membre d'équipage a tenté, sans succès, de rejoindre un canot de sauvetage, et le premier lieutenant a alors suggéré au capitaine d'ordonner l'évacuation, a dit M. Oh.

Le capitaine a accepté cette suggestion et ordonné l'évacuation. Toutefois, poursuit M. Oh, dans le chaos et la confusion qui régnaient alors sur le pont, il ne se souvient pas que l'ordre d'évacuer ait été transmis aux passagers par l'installation d'interphonie.

La navire donnait à ce moment tellement de la bande qu'il était devenu impossible pour l'équipage de se rendre aux cabines des passagers. Le délai avant d'ordonner l'évacuation a aussi empêché le déploiement des canots de sauvetage.

«On ne pouvait même pas faire un pas. La pente était trop abrupte», a dit M. Oh, qui a pu s'échapper avec une dizaine d'autres personnes — dont le capitaine.

La garde-côtière sud-coréenne tente de vérifier si le capitaine a sauté à bord du premier canot de sauvetage.

Les secouristes continuent à s'activer autour de l'épave du Sewol, qui git par 37 mètres de fond mais dont une partie de la coque est toujours visible. Ils prévoient pomper de l'oxygène à l'intérieur pour aider d'éventuels survivants, mais la température de l'eau n'est que de 12 degrés Celsius, ce qui est suffisant pour provoquer l'hypothermie après seulement 90 minutes.

Le garde-côtière interrogeait le capitaine, mais un porte-parole a refusé de fournir plus de détails.

«Je suis très désolé et profondément honteux, a déclaré un homme au visage couvert qui, selon le diffuseur YTN, serait le capitaine de 68 ans Lee Joon-seok. Je ne sais pas quoi dire.»

Pour sa part, Kim Han-sik, le président de la firme propriétaire du navire, Chonghaejin Marine, a offert ses propres excuses. «J'ai commis un péché passible de la mort... Les mots me manquent. Je suis désolé. Je suis désolé», a-t-il dit.

Un traversier avait coulé en 1993 en Corée du Sud, faisant 292 morts.

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