NOUVELLES

Les diplomates s'entendent pour réduire les tensions en Ukraine

17/04/2014 04:50 EDT | Actualisé 16/06/2014 05:12 EDT

GENÈVE - Les ministres des Affaires étrangères des États-Unis, de l'Union européenne, de la Russie et de l'Ukraine se sont entendus, jeudi à Genève, sur une série de mesures pour soulager la crise ukrainienne.

L'entente, intervenue au terme de sept heures de négociations, n'établit pas de directives spécifiques sur l'avenir de l'Ukraine. Elle demande à toutes les parties d'éviter tout geste de violence, d'intimidation ou de provocation, appelle au désarmement de tous les groupes illégaux, et demande que tous les édifices gouvernementaux occupés par des séparatistes pro-russes soient rendus à Kiev.

Elle suspend également, du moins dans l'immédiat, les sanctions économiques que l'Occident s'apprêtait à infliger à Moscou en cas d'échec des pourparlers, ce qui relâchera la pression internationale qui pesait sur Moscou et les pays de l'Union européenne qui dépendent du pétrole de la Russie.

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a déclaré que l'entente représente «une bonne journée de travail», tout en rappelant que les mots sur le papier doivent maintenant céder la place à des gestes concrets. Il dit avoir prévenu son homologue russe, Sergeï Lavrov, que Moscou ressentirait rapidement l'impact de nouvelles sanctions si elle ne s'acquittait pas de ses obligations en vertu de l'accord.

«Il est important que ces mots se traduisent immédiatement par des gestes, a dit M. Kerry lors d'une conférence de presse à Genève. Personne ne partira d'ici avec le sentiment du devoir accompli sur les seuls mots écrits sur une feuille de papier.»

Il a ajouté que si Moscou ne respecte pas l'entente — ce qui deviendra évident au cours des prochains jours —, «nous n'aurons d'autre choix que d'infliger de nouvelles sanctions à la Russie».

Tous les militants qui se plient aux termes de l'entente bénéficieront d'une amnistie, à l'exception de ceux qui ont commis des crimes graves. L'accord précise que le programme de réformes constitutionnelles mis de l'avant par le gouvernement ukrainien intérimaire, de manière à transférer plus de pouvoirs aux régions, devra être inclusif et transparent — notamment en prévoyant l'ouverture d'un vaste dialogue national.

Des observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) aideront les autorités ukrainiennes et les communautés locales à se plier aux conditions de l'entente.

Poutine critique

Lors d'une conférence de presse distincte, Sergeï Lavrov a déclaré que la mission de l'OSCE «devrait jouer un rôle de premier plan» à l'avenir.

Plus tôt, le président russe Vladimir Poutine avait critiqué les États-Unis et ses alliés européens parce qu'ils faisaient preuve de plus de clémence à l'endroit de l'Ukraine — ce qu'il a appelé un «double standard» —, et a dit espérer ne pas avoir à y déployer ses forces.

Cependant, il a aussi laissé entendre que Moscou reconnaîtrait les élections présidentielles de l'Ukraine du 25 mai, ce qui remettait en question une demande faite préalablement — que ce scrutin soit reporté à l'automne et précédé d'un référendum sur les pouvoirs étendus aux régions.

Par ailleurs, le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a annoncé jeudi que les États-Unis fourniraient de l'aide matérielle civile à Kiev, afin de réagir à ce qu'il a appelé les actions déstabilisantes de la Russie. Cette aide comprendra du matériel médical, des casques, des unités de purification d'eau et des génératrices.

L'Ukraine avait demandé l'aide militaire de Washington, mais l'administration Obama a refusé de fournir des armes et des munitions, de peur que la situation déjà tendue ne s'aggrave. Jeudi, toutefois, M. Hagel a déclaré que l'administration continuerait d'évaluer l'aide additionnelle réclamée par l'Ukraine.

Il a ajouté que les États-Unis et l'OTAN demeuraient attentifs aux actions de la Russie, qui pourrait en venir à reprendre des territoires de l'ancienne Union soviétique. «Je pense qu'il faut être alerte à toutes les possibilités», a-t-il dit.

L'Alliance atlantique, qui comprend 28 pays et dont l'Ukraine ne fait pas partie, doit examiner les scénarios possibles «basés sur les actions passées», a déclaré M. Hagel.

En Ukraine, au moins trois militants pro-russes ont été tués et 13 autres blessés, tard mercredi, quand des soldats ukrainiens ont repoussé une attaque lancée contre une base de la garde nationale dans le port de Mariupol, sur la mer Noire.

Environ 300 hommes armés de grenades de surpression et de bombes incendiaires ont attaqué la base dans le sud-est du pays, tard mercredi, a ajouté le ministère par voie de communiqué. Les soldats ont tiré des coups de semonce mais ont dû ouvrir le feu quand cela n'a pas suffi à mettre fin à l'assaut.

On ne rapporte aucune victime dans les rangs de l'armée et 63 militants ont été arrêtés. Une quarantaine d'entre eux auraient ensuite été libérés.

PLUS:pc