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Les dépenses fictives de Jocelyn Dupuis étaient justifiées, dit un témoin

17/04/2014 01:39 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT
Agence QMI

MONTRÉAL - La preuve est close au procès pour fraude et fabrication de faux de l'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis.

Les parties devront revenir en cour le 16 mai pour étayer leurs plaidoiries.

Dernier témoin à comparaître pour la défense, jeudi, le directeur général adjoint du local 791 de la FTQ-Construction, André Kègle, est venu raconter, notamment, que Jocelyn Dupuis lui avait versé 100 $ par semaine en argent liquide durant quelques mois afin de compenser une perte de salaire lorsque ses heures de travail avaient été réduites en 2006-2007.

Plus tôt dans la journée, l'un des vice-présidents de l'exécutif de la FTQ-Construction, Renald Grondin, avait affirmé que les comptes de dépenses extravagants de Jocelyn Dupuis, gonflés par des fausses factures qu'il rédigeait lui-même, étaient parfaitement justifiés.

En contre-interrogatoire, M. Grondin a déclaré que tout le monde était parfaitement au courant et approuvait la pratique, parce que l'accusé se remboursait ainsi les dépenses qu'il faisait avec de l'argent comptant pour les travailleurs syndiqués.

M. Grondin n'a toutefois pas été capable d'expliquer pourquoi Jocelyn Dupuis utilisait ce stratagème plutôt que de se faire rembourser avec des réclamations régulières qui auraient été imputées aux postes budgétaires appropriés.

Selon le témoin, tous des directeurs de la FTQ-Construction savaient qu'ils devaient aller voir Jocelyn Dupuis s'ils avaient besoin d'argent. Il a même ajouté que des syndicats affiliés à la centrale mère, la FTQ, comme les Teamsters et le Syndicat des machinistes, se tournaient parfois vers la FTQ-Construction pour obtenir des fonds.

Interrogé sur le train de vie de M. Dupuis, Renald Grondin a cherché à minimiser les affirmations de la Couronne en disant que la Corvette de l'accusé était «pas mal vieille», son Ford Explorer «pas très récent», sa maison «ben, ben, ben ordinaire». La Couronne lui a aussi rappelé qu'il possédait également un Winnebago, deux motos Harley Davidson et une BMW.

Quant au bateau de M. Dupuis, Renald Grondin a reconnu y avoir été invité, mais en précisant que c'était une embarcation modeste, sans cabine. Faisant référence au luxueux yacht de l'entrepreneur Tony Accurso, M. Grondin a déclaré: «C'est pas le Touch, c'est plutôt le Don't Touch!».

Les accusations auxquelles il fait face portent sur la période du 3 décembre 2007 au 11 novembre 2008, au cours de laquelle l'ancien directeur général a remis 43 rapports de dépenses totalisant 225 000 $.

La Sûreté du Québec s'est penchée plus particulièrement sur 144 reçus irréguliers de six restaurants montréalais dans les réclamations de dépenses de restauration de Jocelyn Dupuis, qui représentent potentiellement plus de 63 000 $ de réclamations fictives ou gonflées.

La preuve compte cependant beaucoup plus de documents provenant d'établissements partout à travers la province.

Un peu plus de la moitié des 144 reçus analysés sont complètement fictifs, en ce sens que la dépense n'est appuyée par aucune transaction identifiable, alors que l'autre moitié est constituée de reçus gonflés, la dépense originale retracée dans les documents personnels de M. Dupuis ou chez les restaurateurs concernés étant beaucoup moindre que celle réclamée.

Par ailleurs, des relevés obtenus par la Sûreté du Québec dans les établissements fréquentés par M. Dupuis montrent que celui-ci n'hésitait pas à commander plus d'une bouteille de vin de 300 $ ou même 400 $ pour arroser ses repas. Un de ces repas, pour lequel il a réclamé plus de 1500 $, avait tout même coûté dans les faits plus de 1100$, incluant deux bouteilles de vin à 300 $. Or, ce repas avait été pris le dimanche soir 30 décembre 2007, alors que les employés de la FTQ-Construction étaient en vacances des Fêtes pour deux semaines.

En voyage dans le sud-ouest des États-Unis en mars 2008, Jocelyn Dupuis avait réclamé plus de 7800 $ pour quatre repas pris en Californie et à Las Vegas, appuyés ceux-là par de véritables factures, alors qu'il se trouvait supposément en congrès.

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