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Le procès Pistorius marque une pause, l'accusé n'a rien lâché

17/04/2014 08:59 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT

Le procès d'Oscar Pistorius s'est interrompu jeudi pour deux semaines après l'éprouvante déposition de l'accusé, qui n'a rien lâché de sa version d'un meurtre accidentel de sa petite amie Reeva Steenkamp, malgré les contradictions soulevées par le procureur.

Ce procès très médiatisé commencé il y a sept semaines marque une pause jusqu'au 5 mai, l'avant-veille des élections générales en Afrique du Sud.

L'avocat de la défense Barry Roux a encore une bonne douzaine de personnes à faire venir à la barre, le tribunal de Pretoria étant pour le moment réservé jusqu'au 16 mai. Le procureur Gerrie Nel pourrait ensuite déborder en appelant de nouveau témoins.

Puis procureur et avocat transmettront leurs conclusions écrites à la juge Thokozile Masipa. Celle-ci devrait réfléchir à son verdict pendant plusieurs semaines.

Oscar Pistorius risque la prison à vie --concrètement une peine incompressible de vingt-cinq ans-- s'il est reconnu coupable de l'assassinat de son amie Reeva Steenkamp, une mannequin blonde de 29 ans qu'il connaissait depuis trois mois.

L'athlète handicapé, aujourd'hui âgé de 27 ans, maintient depuis le début qu'il croyait avoir affaire à un cambrioleur quand il a tiré quatre coups de feu sur la porte des toilettes, à 03H17 au matin du 14 février 2013. Pris de panique, se sentant d'autant plus en danger qu'il est vulnérable sans ses prothèses, selon lui.

Grand moment du procès, son contre-interrogatoire par le procureur Nel. Cinq jours d'enfer pour l'accusé, marqué par plusieurs crises de larmes. Mais si Oscar Pistorius a bien reconnu avoir tiré les coups de feu, il a refusé d'admettre toute intention de tuer sa petite amie, qui se trouvait aux toilettes.

"Vous saviez qui était derrière la porte, et vous avez tiré sur elle", a tonné le procureur. "Vous vous êtes armé dans l'intention de la tuer, et c'est ce que vous avez fait!"

Gerrie Nel est persuadé que les jeunes amants, dont les relations étaient déjà agitées, s'étaient une fois de plus disputés, et qu'elle voulait partir. Il a décrit une relation déséquilibrée, avec une Reeva aimante et soumise, et un Pistorius qui n'en avait que pour lui.

- "J'ai tiré sur la porte" -

A chaque fois, Pistorius a répondu "c'est inexact, madame" (s'adressant formellement à la juge).

"Je ne voulais tuer personne", a insisté l'accusé, qui indique avoir suivi son "instinct".

Buté, Pistorius a joué avec les mots, expliquant qu'il avait ouvert le feu sur la porte des toilettes, se croyant menacé, mais sans avoir l'intention de tuer qui que ce soit. Quand bien même il utilisait des balles surpuissantes, interdites en Afrique du Sud.

"Avez-vous tiré sur ce que vous perceviez comme un attaquant?", a interrogé M. Nel lundi.

"Non, j'ai tiré sur la porte", a répondu l'athlète, qui dit "n'avoir pas eu le temps de réfléchir". Sans la viser.

"Donc votre ligne de défense a changé. Ce n'est plus la légitime défense, mais l'action involontaire?", s'est étonné le procureur, qui lui a répété et répété que sa thèse n'était pas plausible.

"Deux versions, c'est comme pas de version", a commenté le pénaliste de l'université de Pretoria Wium de Villiers.

Car si sa ligne de défense n'a pas été enfoncée, Oscar Pistorius s'est contredit à plusieurs reprise pendant son contre-interrogatoire marathon, ce qui lui a fait perdre des points selon des experts.

Oscar Pistorius a rejeté sur ses avocats la faute de ses approximations et aussi accusé la police d'avoir tout déplacé dans sa chambre quand les photos prises par les enquêteurs contredisent sa version.

Plus généralement, il a montré qu'il ne voulait jamais prendre ses responsabilités pour rien, ce que n'a pas manqué de souligner le procureur avec gourmandise.

Comme dans ce restaurant de Johannesburg, où il a déchargé le pistolet d'un ami par terre en janvier 2013, avant de demander à cet ami d'endosser la responsabilité.

"Je n'ai pas appuyé sur la gâchette", a répété Pistorius à plusieurs reprises.

Ce qui est clairement impossible d'après le procureur --avis d'experts à l'appui, confirmés par la presse sud-africaine--, qui a raillé "le miracle du coup qui part tout seul".

Pour Martin Hood, un avocat pénal de Johannesburg, "le fait qu'il refuse d'accepter sa responsabilité (...) a marqué un tournant dans le procès".

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