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Charbonneau: un fabricant d'éclairage extérieur se fait promettre la «guerre»

17/04/2014 10:32 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Daniel Niding, président-directeur général du fabricant de matériel d'éclairage extérieur Métal Pole-Lite, s'est fait parler de «guerre», en 2004, quand il a remporté un appel d'offres pour fournir des hauts mâts pour le ministère des Transports.

Devant la Commission Charbonneau, jeudi, il a raconté que ce n'est pas son principal concurrent, Feralux, qui lui a d'abord manifesté son mécontentement devant le fait qu'il ait remporté ce contrat de 1,5 million $, mais, étonnamment, trois des quatre plus grands entrepreneurs dans le domaine de l'éclairage extérieur.

Un autre témoin devant la commission a expliqué, mercredi, que le domaine de l'éclairage extérieur était dominé par deux grands fabricants, Métal Pole-Lite et Feralux, et quatre entrepreneurs électriciens. L'enquêteure Jeannette Gauthier avait cité ces quatre: Néolect, Le Saux, Brossard et Chagnon.

«Je ne sais pas si c'est là ou autrement, mais le mot guerre est ressorti quelques fois. "Si vous voulez avoir la guerre, c'est ça qui va arriver"», a résumé le témoin, qui rapportait les propos qu'il s'est fait servir.

Ce sont trois de ces quatre entrepreneurs électriciens qui ont rencontré M. Niding pour lui lancer un «ultimatum» et lui parler de «guerre», parce qu'il risquait de faire baisser les prix en étant si «agressif» qu'il a réussi à remporter cet appel d'offres du MTQ. Ils étaient «insistants», a-t-il ajouté.

M. Niding s'est dit d'autant plus étonné que ce soit des entrepreneurs en électricité qui lui aient ainsi lancé un avertissement, alors que le contrat avec le MTQ ne les concernaient pas. Métal Pole-Lite vendait directement au MTQ, dans le cadre de ce contrat, et ne fournissait pas de l'équipement aux entrepreneurs en électricité.

M. Niding venait alors d'arriver comme dirigeant chez Métal Pole-Lite et ne connaissait pas les façons de faire. C'est au fil des rencontres avec son concurrent, Feralux, avec un autre dirigeant de Métal Pole-Lite et avec d'autres acteurs du milieu qu'il a fini par saisir la dynamique qui prévalait dans ce secteur.

D'ailleurs, après qu'on lui a promis la guerre, son entreprise a vécu une traversée du désert qui a duré huit mois. Il n'obtenait pas de contrats de la part des quatre grands entrepreneurs en électricité, qui préféraient acheter chez son concurrent Feralux.

M. Niding s'est finalement résigné à embarquer dans la galère, mais en essayant d'en profiter pour augmenter sa part du marché face à Feralux.

Les quatre grands entrepreneurs en électricité étaient si gourmands, a-t-il relaté, qu'ils tenaient même à ce qu'il y ait le plus grand écart possible entre la réduction qu'eux touchaient de Pole-Lite et la réduction dont les plus petits entrepreneurs en électricité bénéficiaient.

Le MTQ savait

Son témoignage terminé, la commission a entendu un entrepreneur de la grande région de Montréal qui est venu dire que le ministère des Transports était même au courant du marché fermé dans l'éclairage extérieur. Il affirme avoir lui-même sonné l'alarme et n'avoir guère eu d'écoute de la part du ministère.

«J'y ai fait allusion régulièrement. C'était su d'eux aussi là! C'était un secret de Polichinelle tout ça. Tous les gens travaillant au ministère des Transports de près, pour ce genre de travaux-là, savaient bien que la majorité des contrats étaient toujours remportés par les mêmes. Il fallait faire les déductions là! Et moi, j'ai levé le drapeau régulièrement pour expliquer comment ça se passait, mais il n'y avait pas d'oreille attentive», a résumé le témoin, qui ne peut être identifié.

Le ministère ne disait «pas grand-chose», a-t-il avoué.

L'entrepreneur a même dû payer des pénalités à cause de ces délais dans la livraison des matériaux, même s'il en était davantage victime que responsable.

La Commission a ensuite commencé à entendre Claude Paquet, un ex-cadre du ministère des Transports à Montréal. Elle a débuté avec lui l'examen des différents contrats reliés au rond-point l'Acadie.

On a notamment appris que le plus bas soumissionnaire du premier lot avait présenté une soumission qui dépassait de 50 pour cent l'estimation du ministère. Malgré tout, plutôt que d'annuler le contrat, le ministère a cherché à négocier avec le plus bas soumissionnaire —une pratique inusitée lorsqu'il y a plus d'un soumissionnaire.

Son témoignage se poursuivra mercredi, après le congé de Pâques.

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