NOUVELLES

Ukraine: Kiev en déroute dans l'Est à la veille de pourparlers décisifs

16/04/2014 12:24 EDT | Actualisé 16/06/2014 05:12 EDT

La confrontation avec les insurgés pro-russes de l'est de l'Ukraine a tourné à la déroute pour les forces du pouvoir pro-européen de Kiev mercredi, à la veille de pourparlers décisifs à Genève.

Face à l'aggravation continue de la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide, l'Otan a de son côté annoncé un renforcement des mesures de défense de ses membres d'Europe orientale. Les pays baltes ou la Pologne sont en effet particulièrement inquiets face à ce qu'ils dénoncent comme un interventionnisme russe.

Mais sur le terrain, les forces loyalistes ukrainiennes ont accumulé les revers face aux groupes armés autour de Slaviansk, ville emblématique de la dernière série d'insurrections pro-russes, contrôlée depuis samedi par des forces séparatistes.

Une colonne ukrainienne envoyée dans le cadre de "l'opération antiterroriste" lancée par les loyalistes a été bloquée par des manifestants pro-russes à Kramatorsk, à quelques kilomètres au sud de Slaviansk.

Six blindés de la colonne ont été saisis par un des groupes de combattants aux uniformes sans identification qui multiplient les actions depuis 10 jours dans l'Est russophone de l'Ukraine. Ils ont rejoint, drapeaux russes au vent, la défense de Slaviansk, accueillis en héros par une partie de la population.

Après de longues heures de confrontation avec des manifestants, les hommes du reste de la colonne -quinze blindés restés coincés à Kramatorsk- ont fini, certains en larmes, par déposer les armes, sous les cris de "bravo les gars".

Au terme d'un accord passé avec un représentant des groupes armés, la colonne devait ensuite repartir en sens inverse.

Les armes "ne seront plus jamais utilisées contre le peuple", a lancé à la foule le représentant en uniforme des insurgés, arborant le ruban orange et noir de Saint-Georges, symbole des partisans de la Russie.

- 'Hommes verts' -

Les blindés capturés étaient arrivés à Slaviansk chargés de plusieurs dizaines d'hommes puissamment armés, souvent cagoulés, vêtus des mêmes uniformes sans insignes.

Selon Kiev et les Occidentaux, ces groupes armés, ironiquement baptisés "hommes verts" en Ukraine, sont en fait des soldats d'élite russes. Accusation répétée mercredi par le contre-espionnage ukrainien pour qui ce sont "les mêmes agents" qui étaient à l'oeuvre en Crimée avant le rattachement de la péninsule ukrainienne à la Russie en mars. Moscou nie avoir des soldats ou des agents en territoire ukrainien.

Le seul de ces hommes à accepter de parler aux journalistes, qui a refusé de s'identifier autrement que sous le pseudonyme de "Balou", 50 ans, a assuré qu'ils étaient des volontaires de Crimée et des déserteurs de l'armée ukrainienne.

Ces mystérieux soldats ont en tout cas été accueillis en sauveurs par plusieurs centaines d'habitants de la ville, criant "L'armée est avec le peuple! Nous vous aimons!".

Des jeunes femmes déposaient des fleurs sur les blindés, d'autres apportaient nourriture, eau et cigarettes, pendant qu'un avion de chasse passait à intervalles réguliers à basse altitude. On se faisait photographier avec les héros taciturnes du jour.

Dans un autre défi au pouvoir central, un groupe d'hommes cagoulés et armés a pénétré dans la mairie de Donetsk, fief russophone de l'Est où des séparatistes avaient déjà proclamé une "république souveraine" le 7 avril. Les inconnus affirmaient avoir pour seule revendication l'organisation d'un référendum sur la "fédéralisation" de l'Ukraine.

La Russie dément énergiquement toutes les accusations de déstabilisation de son voisin, affirmant au contraire que les autorités pro-occidentales issues du renversement fin février d'un pouvoir pro-russe lors de soulèvements violents à Kiev ont conduit le pays "au bord de la guerre civile". Ce que le président Vladimir Poutine a encore dit à la chancelière allemande Angela Merkel mardi soir.

- Fédéralisation contre décentralisation -

Les pro-russes réclament un rattachement à la Russie, ou au minimum une "fédéralisation" de l'Ukraine, pour donner de grands pouvoirs aux régions.

Tout en se disant prêt à une "décentralisation", le gouvernement de Kiev refuse l'idée de fédération, porte ouverte selon lui au démembrement du pays de 46 millions d'habitants.

Le Premier ministre Arseni Iatseniouk a d'ailleurs accusé mercredi la Russie de vouloir "construire un nouveau mur de Berlin et un retour à la guerre froide".

Signe des débats tendus qui s'annoncent à Genève, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a dénoncé mercredi un Etat ukrainien "qui a cessé de fonctionner" et doit accepter la "fédéralisation".

Position que l'incapacité de Kiev à rétablir l'ordre sur le terrain ne devrait pas assouplir.

En cas d'échec de la réunion, Washington s'est dit prêt à imposer avec les Européens de nouvelles sanctions contre Moscou. Cela pourrait vouloir dire cibler davantage d'individus que ceux visés par les sanctions existantes, voire interdire l'accès à certains secteurs économiques clés comme les mines, l'énergie et les services financiers.

L'économie russe souffre déjà de la crise, avec une croissance en berne. Les Européens, de leur côté, redoutent les conséquences d'une éventuelle "guerre du gaz" sur leurs approvisionnements. Moscou a en effet menacé de fermer le robinet à Kiev, qui a accumulé une lourde dette et refuse d'accepter l'augmentation de 80% du prix des livraisons imposé début avril par Moscou.

L'escalade des tensions dans l'Est de l'Ukraine a attisé les craintes d'une intervention russe, la Russie ayant massé jusqu'à 40.000 hommes à la frontière selon l'Otan. Le président Vladimir Poutine a de longue date affirmé qu'il défendrait "à tout prix" les populations russophones de l'ex-URSS et le Kremlin a assuré lundi qu'il recevait "de nombreux appels à l'aide" des régions insurgées de l'Est de l'Ukraine.

Dans un parallèle inquiétant, la Transdniestrie, autre territoire séparatiste pro-russe de l'ex-URSS situé en Moldavie et frontalier de l'Ukraine à l'ouest, a enjoint mercredi l'Union européenne de la reconnaître si elle voulait la "stabilité" dans la région.

bur-so/neo

PLUS:hp