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Twitter refuse d'ouvrir un bureau en Turquie, dément toute "évasion fiscale"

16/04/2014 07:36 EDT | Actualisé 16/06/2014 05:12 EDT

Twitter a rejeté mercredi les demandes pressantes des autorités turques d'ouvrir un bureau de représentation dans leur pays, y jugeant le "climat" défavorable après son interdiction, et catégoriquement démenti toute "évasion fiscale".

Au terme de deux jours de rencontre avec des responsables turcs, l'entreprise américaine s'est réjouie d'avoir pu s'expliquer après les violentes attaques du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan mais a refusé de se plier à ses exigences.

"Nous n'avons pas accepté d'ouvrir un bureau en Turquie (...) n'importe quelle compagnie émettrait des réserves sur un climat d'investissement dans lequel son service a été interdit", a déclaré à l'AFP le vice-président de Twitter Colin Crowell, lors d'un entretien accordé à plusieurs médias à Istanbul.

"Nous évaluons l'opportunité d'ouvrir un bureau en fonction du climat d'investissement. Investir plus ici pour développer nos activités est directement lié à la certitude que nous avons, ou pas, de pouvoir assurer la continuité de notre service", a poursuivi M. Crowell.

Depuis plusieurs semaines, le réseau de microblogging, comme la plateforme d'échange de vidéos YouTube, fait l'objet de violentes attaques de la part de M. Erdogan, accusés de diffuser largement des accusations de corruption qu'il juge diffamatoires.

En pleine effervescence électorale, le chef du gouvernement islamo-conservateur a purement et simplement interdit le 20 mars l'accès à Twitter, suscitant une avalanche de critiques en Turquie et dans le monde entier dénonçant une atteinte à la liberté d'expression et la dérive autoritaire de son régime.

M. Erdogan a été contraint de lever cette mesure après un arrêt le 2 avril de la Cour constitutionnelle, la plus haute instance judiciaire du pays.

Furieux, le Premier ministre, qui a également coupé l'accès à YouTube le 28 mars, a accusé la semaine dernière Twitter et les autres réseaux sociaux d'"évasion fiscale".

Plusieurs ministres ont exigé de l'entreprise basée à San Francisco (Etats-Unis) l'ouverture d'un bureau en Turquie. "Une entreprise doit disposer d'un bureau pour pouvoir payer des impôts", a ainsi plaidé celui des Finances, Mehmet Simsek.

- Comptes fermés -

En écartant cette possibilité, M. Corwell a assuré mercredi que Twitter respectait la loi fiscale turque. "Nous avons une filiale en Turquie qui paie les impôts requis, comme de nombreuses autres entreprises qui font des affaires ici", a-t-il dit.

Avec d'autres multinationales comme Google, Apple ou Amazon, Twitter est dans le collimateur de gouvernements européens qui l'accusent d'échapper à l'impôt par le biais de mécanismes sophistiqués d'optimisation fiscale, en toute légalité.

Sur le fond de la querelle qui les oppose au gouvernement, les responsables de Twitter ont confirmé avoir interdit de leur propre chef l'accès des internautes turcs à plusieurs des comptes Twitter qui ont particulièrement irrité Ankara.

"Nous appliquons notre politique dite de +contenu retenu par pays+: nous fermons des comptes en Turquie mais les laissons ouverts ailleurs", a expliqué le vice-président du réseau, précisant que "certains d'entre eux violaient aussi nos propres règles et ne faisaient pas l'objet d'une décision de justice".

"Lorsque nous le faisons, nous essayons d'être les plus transparents possibles avec nos utilisateurs", a insisté M. Corwell.

Le responsable de Twitter a souligné avoir détailler ces pratiques à ses interlocuteurs de l'autorité turque des technologies de l'information (BTK), de celle des télécommunications (TIB) et de la présidence de la République.

"Une partie de nos discussions a été d'expliquer cette politique, de dire qu'il n'est pas nécessaire de fermer un service à des millions d'utilisateurs et d'ouvrir des canaux de communications en cas de problèmes", a-t-il dit.

A l'issue de leur réunion, le directeur du BTK Tayfun Acarer avait qualifié lundi ses discussions avec les responsables de Twitter de "positifs".

"J'ai l'espoir que cette interdiction est définitivement derrière nous et que notre avenir en Turquie s'annonce désormais prometteur", a conclu Colin Corwell.

La Turquie, qui compte 12 millions d'abonnés à Twitter, est épinglée comme l'un des pays les plus répressifs en matière de surveillance des contenus diffusés sur internet.

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