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L'humiliante retraite de chars ukrainiens dans l'Est

16/04/2014 03:18 EDT | Actualisé 16/06/2014 05:12 EDT

En larmes ou poing levé, les soldats ukrainiens bloqués toute la journée mercredi sur leurs blindés par la population de Kramatorsk ont fini par rendre les armes, sous la surveillance de miliciens armés pro-russes.

"Bravo les gars!", "Hourra!" Sous les applaudissements, les militaires envoyés par Kiev dans l'Est de l'Ukraine pour reprendre la main ont fini par battre en retraite dans un nuage de fumée dans l'obscurité qui venait de tomber sur cette ville à 100 kilomètres au nord de Donetsk.

La déroute, particulièrement humiliante pour une armée déjà défaite sans combat en Crimée, avait commencé dès le matin.

La progression de ces parachutistes basés à Dnipropetrovsk, autre grande ville russophone de l'Est, avait été stoppée par quelques dizaines d'habitants de Ptchiolkino, village en périphérie de Kramatorsk. Six autres blindés ont été saisis à quelques kilomètres de là par les pro-russes, qui les ont emmenés dans leur place forte, Slaviansk.

Toute la journée à Kramatorsk, les soldats ukrainiens sont restés bloqués le long d'une voie ferrée, massés mitraillette en main sur leurs petits chars aux chenilles fatiguées, sous la garde des habitants hostiles au pouvoir pro-européen à Kiev.

Pour seul soutien, ils ont reçu la visite menaçante, mais impuissante, d'un avion de chasse qui passait régulièrement à très basse altitude, dans un vacarme étourdissant.

Au fil de la journée, certains ont sympathisé avec la population locale, dont beaucoup de femmes et de jeunes, tandis que d'autres restaient le visage fermé.

"Ces gars, ce sont les nôtres, ils viennent de Dnipropetrovsk, de Lougansk, ils ne veulent pas se battre contre nous", explique Antonina, venue former "un bouclier humain" contre les blindés.

"Nous ne voulons pas la guerre, nous voulons simplement un référendum. (...) Pourquoi devons-nous vivre sous l'autorité de ceux qui sont arrivés au pouvoir par la force, des fascistes?", tempête-t-elle.

C'est finalement autour de 18 heures locales (16H00 GMT) que le commandant de l'unité, et un représentant des pro-russes, en treillis et équipé d'un pistolet, ont fini par monter ensemble sur l'un des tanks pour annoncer un accord.

Les soldats acceptaient de rendre le percuteur de leur mitraillette aux pro-russes, qui en échange s'engageaient à les laisser partir.

Le représentant de la population, en uniforme parce qu'il a "fait l'Afghanistan" a expliqué à l'AFP que ces pièces d'armes devaient être envoyés à Slaviansk "pour ne plus servir contre le peuple".

Le temps d'organiser la retraite, soldats et manifestants ont repris le dialogue engagé au fil de la journée.

"Je suis né en Ukraine, j'ai grandi en Ukraine, je n'ai pas envie de vivre en Russie", lance un jeune militaire, mitraillette entre les jambes. "Quand je vais dire à mes amis que j'ai rendu les armes, comment je vais les regarder dans les yeux, et me regarder dans la glace?"

"Il valait mieux tirer sur la population?" lui réplique son interlocuteur.

Sur le blindé 840, c'est en larmes qu'un militaire a accueilli la nouvelle, tandis que son camarade à ses côtés se couvrait le visage avec son bonnet noir.

C'est ce même tank qui le premier s'est placé en tête de la colonne qui s'est formée pour quitter les lieux.

Mais la population ne l'entendait pas ainsi. "Comment les croire?" hurlait-on dans la foule formée en bouclier humain devant le convoi, dont les soldats se montraient plus décomposés que jamais.

Après une confrontation tendue où les manifestants ont failli en venir aux mains entre eux, trois hommes encagoulés, équipés d'armes automatiques dernier cri et ressemblant à ceux qui ont pris le contrôle de la Crimée en mars, ont fait irruption.

En quelques minutes, ils ont fermement obtenu de la population qu'elle forme un corridor et supervisé le désarmement des mitrailleuses et des canons des chars.

Mais là encore, il a fallu parlementer, et les manifestants ont entrepris de fouiller un à un les blindés, en attendant de les laisser repartir, sans savoir le sort que leur réserverait leur commandement une fois de retour dans leur caserne.

Certains des soldats ont levé le poing quand les manifestants criaient "Donbass!", le bassin houiller oriental dont Kiev semble de moins en moins avoir le contrôle.

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