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La Banque du Canada réduit ses prévisions et n'écarte pas une baisse des taux

16/04/2014 10:25 EDT | Actualisé 16/06/2014 05:12 EDT

OTTAWA - Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, n'a toujours pas écarté une éventuelle réduction de taux d'intérêt, même s'il croit que les reprises économiques canadienne et mondiale prennent de la vigueur et que les pressions désinflationnistes semblent diminuer.

«Nous somme neutres, ce qui signifie qu'une baisse de taux d'intérêt ne peut pas être balayée de la table pour l'instant», a fait valoir M. Poloz mercredi, lors d'une conférence de presse. «Cela dépendra de l'allure des données.»

Le grand patron de la banque centrale canadienne a fait ces commentaires après avoir annoncé que le taux d'intérêt directeur de l'institution resterait à un pour cent, où il se trouve depuis septembre 2010.

La banque a aussi révisé ses prévisions de croissance économique pour le premier trimestre d'un plein point de pourcentage à 1,5 pour cent — essentiellement en raison des difficiles conditions météorologiques qui ont débuté en décembre — et croit maintenant que la croissance pour 2014 sera de 2,3 pour cent, comparativement à 2,5 pour cent dans ses prévisions précédentes.

La révision des prévisions a semblé nuire au dollar canadien, qui a glissé de 0,34 cent US à 90,76 cents US à la suite de l'annonce de la banque centrale.

Mais cela pourrait avoir été l'effet recherché par M. Poloz, a observé l'économiste en chef de la Banque de Montréal, Doug Porter. Celui-ci a noté que le rapport de la banque insistait sur les éléments plus négatifs, tout en affirmant que le raffermissement de la reprise américaine devrait profiter au Canada. Un dollar canadien moins vigoureux constitue cependant un important ingrédient dans la recette de la croissance économique au pays, puisqu'il rend les biens exportés moins dispendieux sur le marché américain, très concurrentiel.

«En fait, il ne voulait pas que ça sonne trop positif. J'ai remarqué qu'il a minimisé le fait que l'inflation s'est avérée un peu plus importante que prévu», a observé M. Porter.

«Je crois que ce que (les dirigeants de la banque) voulaient dire, c'est qu'un plus faible dollar canadien va appuyer la croissance et je crois que c'est cette idée qui a (fait reculer) le dollar aujourd'hui.»

Dans l'ensemble, le ton du nouveau Rapport sur la politique monétaire de la Banque du Canada semble témoigner d'une confiance croissante envers la reprise économique mondiale et d'une moins grande inquiétude vis-à-vis de la faible inflation et d'un secteur immobilier en surchauffe.

N'empêche, la banque voit toujours de considérables risques dans le paysage économique. Parmi eux se trouvent notamment la possibilité que les exportations canadiennes ne se remettent pas complètement de leur crise et celle d'un choc politique lié aux tensions entre l'Ukraine et la Russie, a expliqué M. Poloz lors d'une conférence téléphonique depuis Toronto — où il devait assister, en après-midi, aux funérailles de l'ex-ministre des Finances Jim Flaherty.

Même s'il n'éliminerait pas une baisse de taux au besoin, l'analyste Jimmy Jean, de Desjardins Marché des capitaux, croit que M. Poloz aurait probablement aussi admis qu'il n'écartait pas une hausse des taux non plus, si on lui avait demandé.

«Je ne crois pas que nous sommes près de l'un ou l'autre de ces scénarios», a-t-il affirmé.

La plupart des économistes misent sur une hausse des taux d'intérêt à l'été ou l'automne 2015, mais ils affirment que la probabilité d'une baisse du taux directeur diminue avec chaque mois de données économiques positives, incluant celles faisant état d'un retour à un niveau plus normal de l'inflation.

Le plus récent rapport à ce sujet faisait état d'une inflation de 1,1 pour cent et les analystes s'attendent à ce que les chiffres de mars, qui seront dévoilés jeudi par Statistique Canada, témoignent d'une hausse d'environ 1,6 pour cent de l'indice des prix à la consommation.

La banque centrale vise une cible d'inflation annuelle de 2,0 pour cent, mais elle considère que celle-ci est acceptable si elle se situe entre 1,0 et 3,0 pour cent.

M. Poloz a insisté mercredi sur le fait que l'inflation restait faible, même si plusieurs s'attendent à ce qu'elle se rapproche du seuil des deux pour cent d'ici quelques mois. Selon lui, le retour imminent de l'inflation sera attribuable à des facteurs temporaires comme les hausses de prix de l'énergie, mais l'inflation sous-jacente n'atteindra vraisemblablement pas le taux cible avant 2016.

Les prévisions de la banque centrale quant aux exportations canadiennes constituent l'aspect le plus intéressant de son Rapport sur la politique monétaire.

La hausse des prix de l'énergie devrait se traduire par de meilleures exportations de pétrole et de gaz naturel que prévu, calcule la banque. Mais elle croit aussi que les fabricants verront aussi une amélioration, en particulier maintenant que le dollar canadien a perdu environ 10 pour cent par rapport à sa valeur de février 2013.

«Un large éventail de secteurs d’exportation (du Canada) devraient en bénéficier, notamment ceux qui sont liés à la construction aux États-Unis, par exemple l’exploitation forestière et les matériaux de construction», indique la banque dans son rapport.

«Un large éventail de secteurs d’exportation devraient en bénéficier, notamment ceux qui sont liés à la construction aux États-Unis, par exemple l’exploitation forestière et les matériaux de construction.»

Après avoir souligné les dangers du fort niveau d'endettement des consommateurs et la frivolité des prix des maisons pendant la plus grande partir de 2012 et 2013, la Banque du Canada affirme maintenant que même si le danger n'est toujours pas passé, elle est moins inquiète de voir une importante correction balayer l'économie.

«Les évolutions récentes concordent avec les attentes de la Banque d’un atterrissage en douceur du marché du logement et d’une stabilisation des ratios de la dette au revenu des ménages», a-t-elle indiqué.

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