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En larmes, Pauline Marois quitte la politique en disant: «Je ne regrette rien.»

16/04/2014 11:26 EDT | Actualisé 16/06/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - Pauline Marois a tiré un trait, mercredi, sur trois décennies d'une vie politique interrompue brutalement par une humiliante défaite le 7 avril, en assumant les hauts et les bas de sa carrière politique.

«Je ne regrette rien», a dit d'emblée la première ministre sortante, mercredi après-midi, en rencontrant les journalistes pour la dernière fois dans le cadre de ses fonctions, au pied de l'escalier de l'édifice Honoré-Mercier où logent ses bureaux pour encore quelques jours.

En matinée, Mme Marois s'était entretenue avec son successeur, Philippe Couillard, pour régler les derniers détails de la passation des pouvoirs.

Émue aux larmes, Mme Marois a tenu à tracer un bilan détaillé de son bref règne de 18 mois, en exprimant le souhait que certaines de ses initiatives connaissent une suite heureuse sous un autre gouvernement.

«Jeune femme, je rêvais de changer le monde», a dit la première femme élue au poste de première ministre du Québec, en estimant avoir contribué à modifier le paysage politique québécois.

Elle a prévenu d'emblée les journalistes qu'elle n'entendait pas jouer un rôle de «belle-mère» et qu'elle s'abstiendrait désormais de commenter l'actualité politique québécoise.

La chef péquiste démissionnaire (officiellement, elle reste en poste jusqu'au 7 juin) a dit que malgré la défaite du 7 avril elle laissait un parti en «très bonne santé». Elle aura dirigé les destinées du PQ pendant sept ans, et ne claque pas la porte: elle redevient une simple militante.

Elle s'est refusée à analyser «d'aucune espèce de façon» les raisons du désaveu massif de la population envers son parti et envers elle-même lors du dernier scrutin, qui est passé de 54 à 30 députés, ne récoltant que 25 pour cent du vote populaire.

Et elle n'a pas voulu se mouiller davantage sur les chances de voir progresser son option souverainiste, dans ce contexte difficile, tout en renouvelant sa profession de foi envers un «projet nécessaire pour notre nation».

S'il est une chose dont elle se dit fière, c'est d'avoir fait adopter des mesures et des lois visant à assainir les moeurs politiques et à assurer l'intégrité dans l'attribution des contrats gouvernementaux.

Après 18 mois de gouvernement péquiste, «le Québec va mieux», selon Mme Marois, qui a demandé à M. Couillard de poursuivre l'électrification des transports entreprise sous son règne et de respecter la «mission sacrée» du gouvernement du Québec quand vient le temps de défendre la culture, l'identité et la langue française. Elle a d'ailleurs manifesté sa crainte de voir le français menacé par l'élection des libéraux.

«Oui, j'ai des inquiétudes sur la langue, et je l'ai mentionné à M. Couillard. Je souhaite que son gouvernement agisse sur ce front», a-t-elle dit.

Le conseil des ministres s'est rencontré pour une dernière fois mercredi.

Pendant ce temps, le processus de transition suit son cours.

Les 70 députés libéraux élus ou réélus la semaine dernière seront assermentés jeudi.

La composition du futur conseil des ministres du gouvernement Couillard sera connue mercredi prochain, le 23 avril.

Quant à eux, les 30 députés péquistes et les 22 caquistes seront assermentés mardi prochain, le 22 avril. Ce sera au tour des trois députés de Québec solidaire la semaine suivante, le vendredi 2 mai.

En Chambre, le travail parlementaire de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui continuera à former le deuxième groupe d'opposition, sera désormais sous la direction de François Bonnardel, qui prend le relais de Gérard Deltell.

Dans les couloirs du parlement, ces jours-ci, les piles de boîtes s'accumulent et, dans les bureaux réservés au personnel du gouvernement sortant, les déchiqueteuses chauffent à plein régime.

Avant de participer à sa dernière séance du conseil des ministres, le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, s'est montré optimiste quant à l'avenir du Parti québécois.

«Si on a des bonnes idées à proposer aux Québécois, les Québécois vont nous appuyer», a-t-il dit, lors d'un point de presse.

En attendant, le parti «doit se reconnecter aux Québécois et on a du travail à faire. Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable», a ajouté le député qui pilotait le dossier de la charte de la laïcité de l'État, resté en plan.

Le Parti québécois «porte des choses qui sont essentielles, l'avenir de notre culture, de notre identité, de notre langue, de nos valeurs. Le Parti québécois a une contribution unique à faire au débat politique», selon lui.

Sur le même ton, la députée de Joliette, Véronique Hivon, a dit que son parti devait s'atteler à «rebâtir des liens de confiance avec les citoyens du Québec».

«Des grandes crises, peuvent sortir de grandes choses», a-t-elle ajouté.

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