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Charbonneau: un ex-employé du MTQ accepte maints cadeaux; pas de sanctions

16/04/2014 10:56 EDT | Actualisé 16/06/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Guy Hamel, un ex-ingénieur du ministère des Transports (MTQ), a énuméré à la Commission Charbonneau, mercredi, les nombreux cadeaux qu'il a reçus de la part d'entreprises privées qui faisaient affaires avec le MTQ, alors qu'il siégeait à des comités de sélection du ministère ou y travaillait comme chargé de projets.

Et il a admis que le ministère n'a jamais sévi contre lui, même si au moins un de ses supérieurs avait été mis au courant de son comportement. Ce supérieur lui avait tout simplement dit de calmer ses ardeurs.

Argent comptant dans une enveloppe, croisière, voyage de golf, bâtons de golf, appareils de chauffage à convection, voyage de ski au Massif, mur de soutènement redressé à son domicile; les cadeaux ont été de tous ordres au fil des ans.

M. Hamel veillait ensuite à accroître le pointage de l'entreprise en question, s'il siégeait à un comité de sélection, ou il favorisait un «bon règlement» pour l'entreprise, s'il travaillait comme chargé de projets du ministère.

Par exemple, à l'automne 1999 et au printemps 2000, il a reçu trois fois la somme de 5000 $ de la part de la firme DIMS pour son aide, parce que l'entreprise avait présenté une soumission trop basse pour le pont Charles-de-Gaulle et n'y arrivait plus. M. Hamel a aidé la firme en favorisant un bon règlement pour elle.

À une autre occasion, il a reçu 5000 $ à l'avance de Soter pour une croisière dans les Caraïbes et la firme Genivar lui a donné pour ce même voyage 1500 $ en argent de poche, a-t-il soutenu. Les remerciements étaient cette fois liés au contrat de réfection de l'autoroute 40, entre l'autoroute 13 et le boulevard des Sources, à Montréal.

Le témoin a indiqué que le ministère n'a jamais adopté de mesures disciplinaires contre lui, même si le premier cadeau qu'il a accepté date de 1990 et que ce n'est qu'en 2005 qu'il a pris sa retraite.

Tout au plus, en 2003, de retour d'une réunion de la Direction territoriale du ministère, son supérieur Claude Paquet lui avait lancé dans un corridor: «calme-toi».

Néanmoins, M. Hamel avait compris à quoi il faisait allusion. «J'étais assez perturbé.»

Mais son supérieur ne lui a pas retiré ses dossiers, n'a pas pris de mesures disciplinaires contre lui, ne lui a pas retiré certaines responsabilités, ne l'a pas muté et l'a encore moins congédié.

«Si je comprends bien, le MTQ, s'apercevant que vous étiez corrompu, vous aurait mis sur une tablette plutôt que de vous remercier de vos services», a résumé la juge France Charbonneau.

«Dans un premier temps oui, j'imagine, selon l'ampleur de la faute», a concédé M. Hamel.

Interrogé par le commissaire Renaud Lachance, qui lui a demandé s'il aurait eu un endroit ou une personne pour se «confesser» s'il avait eu des remords de conscience, le témoin a répondu qu'il n'en connaissait pas, du moins pas pour le faire de façon «protégée».

Par ailleurs, en contre-interrogatoire, l'avocat de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, Me Denis Houle, a tenté de miner la crédibilité du témoin qui, la veille, avait soutenu avoir accepté un voyage en 1990 de la part de la firme EBC en y liant Gaëtan Lapointe.

Me Houle a affirmé que M. Lapointe n'a jamais travaillé pour la firme EBC, seulement pour Neilsen. Et il a ajouté que le projet en question avait plutôt été réalisé par le consortium EBC-Neilsen.

Le témoin a maintenu que «de mémoire, c'est EBC».

«Êtes-vous sûr que ce n'était pas Neilsen, et non pas EBC qui était l'employeur de M. Gaëtan Lapointe?»

L'avocat lui a demandé s'il était possible qu'il se soit trompé dans l'identification de l'employeur.

«Et bien là, vous m'interpellez. Moi, dans ma tête, c'était EBC.»

Le témoin a terminé son témoignage par un bref commentaire, disant être «heureux» d'avoir pu se «libérer». «Ça a été très lourd à porter. Je ne me voyais pas sur mon lit de mort annoncer ça à mes enfants», a-t-il conclu.

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