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L'armée ukrainienne reprend un aéroport dans l'est du pays

15/04/2014 04:59 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT

KRAMATORSK, Ukraine - Les forces spéciales ukrainiennes ont repris mardi le contrôle d'un petit aéroport de l'est du pays dont s'étaient emparés des militants prorusses.

Cette première intervention militaire ukrainienne depuis le début du soulèvement a fait l'objet d'un appui tacite de la Maison-Blanche.

Le président intérimaire ukrainien Oleksandre Tourtchinov avait précédemment annoncé une «opération antiterroriste» contre les insurgés qui ont capturé plusieurs édifices gouvernementaux et commissariats de police dans la partie orientale du pays.

Des tirs nourris ont retenti à l'aéroport près de la ville de Kramatorsk. La télévision officielle russe fait état de plusieurs blessés, mais le bilan n'a pu être confirmé de source indépendante. Les tirs semblaient être essentiellement des coups de semonce.

Kramatorsk se trouve tout juste au sud de la ville de Slovyansk, à seulement 160 kilomètres de la frontière avec la Russie. Slovyansk compte parmi les villes de l'est de l'Ukraine où des militants prorusses parfois armés se sont emparés d'immeubles officiels.

Plus tôt pendant la journée, un reporter de l'Associated Press avait aperçu 14 blindés, des hélicoptères et des camions militaires positionnés à 40 kilomètres au nord de la ville. Au moins sept autobus de soldats aux uniformes noirs étaient aussi sur place, tout comme de l'équipement militaire lourd.

Des soldats déployés à un poste de contrôle près de la ville d'Izyum fouillaient les véhicules à la recherche d'armes.

Les services ukrainiens de sécurité ont identifié mardi un agent russe qui organiserait les opérations prorusses de Slovyansk. Il s'agirait d'Igor Strelkov, un individu qui aurait aussi coordonné l'activité des troupes russes en Crimée lors de la saisie des installations militaires à cet endroit.

Des dizaines de milliers de soldats russes sont toujours massés près de la frontière avec l'Ukraine. Les gouvernements occidentaux reprochent à Moscou d'alimenter l'instabilité dans l'Est ukrainien et craignent de voir la Russie profiter de la situation pour tenter d'annexer la région.

Le président intérimaire ukrainien Oleksandre Tourtchinov a annoncé la tenue d'une «opération antiterroriste», sans fournir plus de détails. Il a aussi accusé Moscou de commanditer les insurgés armés.

«(La Russie) souhaite que tout le sud et l'est de l'Ukraine soit mis à feu et à sang», a-t-il lancé devant le Parlement.

À Kiev, deux politiciens prorusses ont été attaqués par des militants pro-occidentaux. Le parlementaire Oleh Tsaryov, qui briguera la présidence lors du scrutin du 25 mai, a notamment été bousculé et maltraité au moment où il quittait un studio de télévision. Le procureur-général ukrainien a ouvert une enquête.

Par ailleurs, un nouveau rapport d'un organisme des Nations unies (ONU) conclut que la corruption, une trop faible indépendance du système judiciaire, la propagande, la désinformation et des accrocs à la liberté électorale ont été les principaux facteurs qui ont nourri la révolte populaire de l'automne dernier en Ukraine.

Le rapport que l'ONU publie ce mardi ajoute que les manifestations ont fait 121 morts, en forte majorité des protestataires, et que des cas de torture et de maltraitance de manifestants ont été relevés.

Le Haut-commissariat aux droits de l'homme de l'ONU, basé à Genève, ajoute que lors de la crise en Crimée, des arrestations arbitraires ont été faites et que des journalistes et des opposants à la tenue du référendum du 16 mars sur l'annexion à la Russie ont été ciblés par des actes de torture.

La Haute-commissaire Navanethem Pillay exhorte le gouvernement ukrainien à respecter les principes de diversité et dinclusion dans la vie politique du pays.

Mme Pillay invite aussi les autorités de la Crimée à résoudre sans délai les dossiers de personnes disparues, à enquêter sur chaque cas de discours haineux et de protéger les droits de tous dans la nouvelle définition de la citoyenneté.

L'Ukraine se devait de réagir à une situation insoutenable, dit la Maison-Blanche

Les États-Unis ont donné mardi leur appui tacite à l'intervention militaire ukrainienne contre les groupes prorusses. Il ne s'agit pas de l'option privilégiée, a indiqué le porte-parole de la Maison-Blanche Jay Carney, mais le gouvernement ukrainien se devait de réagir à une situation insoutenable.

Le département d'État a aussi indiqué que les États-Unis envisageaient une nouvelle série de sanctions contre la Russie, mais toute décision en ce sens risque fort de devoir attendre après une rencontre diplomatique plus tard cette semaine à Genève.

La porte-parole Jen Psaki a indiqué que des sanctions plus larges contre des secteurs d'affaires russes clés demeurent une avenue possible si l'escalade de la situation en Ukraine se poursuit.

La directrice de la politique étrangère de l'Union européenne, Catherine Ashton, rencontrera jeudi en Suisse le secrétaire d'État américain John Kerry et les ministres des Affaires étrangères de la Russie et de l'Ukraine.

La chancelière allemande Angela Merkel a appelé mardi le président russe Vladimir Poutine pour discuter de la situation en Ukraine.

Le bureau de Mme Merkel a indiqué que M. Poutine et elle-même avaient échangé des «évaluations différentes des événements» en Ukraine lors de leur conversation téléphonique.

L'échange entre Mme Merkel et M. Poutine aurait porté sur les préparatifs de la rencontre prévue jeudi, à Genève.

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