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Kiev déploie ses forces à l'Est face aux insurgés

15/04/2014 10:37 EDT | Actualisé 15/06/2014 05:12 EDT

L'Ukraine a déployé mardi ses forces, armée et Garde nationale, dans l'Est du pays face aux insurgés pro-russes qui seront "liquidés" s'ils ne déposent pas les armes, selon le commandant de l'opération.

Cette offensive, si elle se concrétise, devrait encore attiser les tensions avec le puissant voisin russe, qui a massé selon l'Otan jusqu'à 40.000 hommes à la frontière entre les deux pays et averti à plusieurs reprises les autorités pro-européennes de Kiev de ne pas intervenir contre les insurgés.

Sur le front diplomatique, la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide était plus que jamais dans l'impasse, les présidents américain Barack Obama et russe Vladimir Poutine se renvoyant chacun la responsabilité lors d'un échange téléphonique tendu.

Au troisième jour de "l'opération antiterroriste de grande envergure" annoncée par Kiev, une colonne de blindés de l'armée ukrainienne a été vue stationnée près d'Izioum, à 40 km au nord de Slaviansk, ville contrôlée depuis samedi par des hommes puissamment armés et organisés mais ne portant pas d'insignes sur leurs uniformes.

Cette ville de 120.000 habitant est devenue le symbole de la dernière série d'insurrections pro-russes qui a laissé l'Ukraine et ses 46 millions d'habitants plus que jamais menacés d'éclatement entre l'est russophone et le centre et l'ouest tournés vers l'Europe.

Les séparatistes qui ne déposeront pas les armes seront "liquidés", a déclaré à des journalistes au nord de Slaviansk le général Valeri Kroutov, numéro deux des services spéciaux ukrainiens (SBU), qui commande "l'opération antiterroriste".

- 'Ennemi difficile' -

Le général Kroutov a affirmé que ces hommes non identifiés étaient des "troupes spéciales du GRU (renseignement militaire russe, NDLR) qui ont une grande expérience des conflits". C'est "un ennemi difficile", a-t-il dit, assurant que 300 d'entre eux étaient encore arrivés lundi, la plupart à Slaviansk.

Une dizaine de blindés, autant de chars et sept cars transportant des "spetsnaz", membres des forces spéciales, stationnaient près d'Izioum. Les soldats ont installé un poste de contrôle sur la route, stoppant tous les véhicules circulant dans les deux sens.

"On est là parce qu'on ne peut pas abandonner le territoire. Tout ce qu'on va faire c'est protéger l'indépendance de notre pays et la paix", a déclaré un officier qui a refusé de dire son nom.

Interrogé pour savoir si les militaires allaient intervenir directement, il a assuré que cette tâche était "le travail des forces (du ministère) de l'Intérieur. Nous on est là pour les aider".

Kiev avait annoncé mardi matin qu'un premier bataillon de la Garde nationale avait été envoyé "au front".

Ce bataillon est formé de volontaires ayant fait partie des unités d'autodéfense du Maïdan, haut lieu de la contestation dans le centre de Kiev qui a renversé en février le régime pro-russe du président Viktor Ianoukovitch.

Ce qui ne devrait pas manquer d'hérisser Moscou, qui ne reconnaît pas le régime intérimaire pro-européen de Kiev et considère comme "fascistes" plusieurs des groupes du Maïdan.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait d'ailleurs prévenu mardi matin que tout ordre "criminel" de Kiev "d'envoyer les chars" ferait capoter les pourparlers prévus jeudi à Genève sur la crise.

- 'Nombreuses demandes' d'aide -

Ces discussions entre Ukraine, Russie, Etats-Unis et Union européenne seraient les premières négociations internationales depuis le début de crise.

L'annonce lundi soir par le Kremlin que Vladimir Poutine recevait de "nombreuses demandes" d'aide des régions de l'Est ukrainien et suivait la situation avec "beaucoup d'inquiétude" avait déjà renforcé les craintes d'une intervention russe. La Russie a en effet massé jusqu'à 40.000 hommes à la frontière selon l'Otan, et le président russe s'est engagé depuis longtemps à assurer "à tout prix" la sécurité des populations russophones de l'ex-URSS.

Kiev et les Occidentaux voient la main de Moscou derrière les récents soulèvements, qui rappellent selon de nombreux experts l'intervention des forces qui ont pris le contrôle de la Crimée avant son rattachement à la Russie.

L'UE a d'ailleurs décidé d'élargir ses sanctions ciblées contre des personnalités impliquées dans la crise, ce que Moscou a dénoncé comme "contreproductif", appelant les Européens à plutôt "se concentrer sur la recherche commune d'une solution".

Le président par intérim Olexandre Tourtchinov a lui fustigé mardi les "projets brutaux" de Moscou qui "veut que s'embrase tout l'Est et le Sud de l'Ukraine, de la région de Kharkiv à celle d'Odessa".

Et l'Otan a une nouvelle fois exhorté mardi la Russie à "faire baisser la pression" en faisant reculer ses troupes massées près de la frontière.

Le président américain Obama a demandé à son homologue russe lors d'un entretien téléphonique lundi "d'user de son influence" pour convaincre les insurgés de "déposer les armes".

M. Poutine a répliqué en qualifiant les accusations d'ingérence russe de "conjectures" reposant "sur des informations infondées".

Les pro-russes réclament un rattachement à la Russie, ou au minimum une "fédéralisation" de l'Ukraine, pour donner de grands pouvoirs aux régions.

M. Tourtchinov a pour la première fois lundi évoqué la possibilité d'organiser un référendum sur les institutions ukrainiennes. Mais l'ambassadeur ukrainien auprès de l'ONU à Genève, Yurii Klymenko, a prévenu mardi que l'Ukraine ne compte pas parler de fédéralisme jeudi.

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