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Immigration: des ONG dénoncent le "silence" du Maroc à leur cri d'alarme

15/04/2014 08:03 EDT | Actualisé 15/06/2014 05:12 EDT

Des ONG ont dénoncé mardi le "silence" des autorités marocaines à leur récent cri d'alarme sur la situation des migrants subsahariens, fustigeant la persistance d'"actes de barbarie" des forces de l'ordre contraires à la nouvelle politique du royaume.

Fin mars, une dizaine d'ONG présentes à Rabat avaient évoqué une "crise humanitaire" due à une hausse significative des arrivées de clandestins, transportés en bus du nord --une région voisine des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla-- vers la capitale.

Caritas a même annoncé la fermeture de son centre, faute de pouvoir gérer l'afflux et soigner les blessures provoquées par les frontières grillagées de Melilla, que tentent d'escalader les migrants, mais aussi par les "violences" policières.

"Trois semaines plus tard, cet appel n'a fait l'objet d'aucune réaction des instances gouvernementales", ont déploré mardi plusieurs de ces ONG dans un communiqué.

"Alors que tout un chacun peut croiser en pleine capitale des migrants blessés (...), nos associations se heurtent à un silence absolu", ont-elles indiqué.

Lors d'une conférence de presse, Mehdi Alioua, président du Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et migrants (Gadem), a directement mis en cause "les forces auxiliaires", une force semi-militaire sous la tutelle du ministre de l'Intérieur, accusées de trahir les engagements royaux de la nouvelle politique migratoire du pays.

"Nous ne comprenons pas pourquoi elles cassent les tibias de migrants, les têtes, volent leurs affaires", s'est-il exclamé.

"Nous étions dans une situation d'euphorie après la demande du roi de changer radicalement de politique. Nous étions persuadés que ce genre de violences allaient cesser. Aussi, nous ne comprenons pas pourquoi nous trouvons encore des actes de barbarie", a relevé M. Alioua.

Tout en exprimant un "ras-le-bol", il a manifesté le souhait de "travailler en bonne entente avec le gouvernement". "Mais de façon manifeste, les forces auxiliaires ne le veulent pas, puisqu'elles n'obéissent même pas à la volonté royale", a-t-il asséné.

- 'Vraiment la guerre' -

Intervenant à son tour, un responsable d'une association de migrants (Alecma), Eric William, a évoqué à titre d'exemple l'arrivée sur Rabat il y a un mois d'environ 400 migrants, dont "40 blessés", ajoutant: "Notre message c'est +nous ne pouvons plus, nous sommes débordés+".

Il a en outre affirmé que des violences dans la région de Melilla avaient lieu "jusqu'à 30 km de la barrière". "C'est vraiment la guerre qu'on vit" là-bas, a-t-il clamé.

Sollicitées par l'AFP, les autorités n'ont pas, pour l'heure, donné suite.

Le président du Gadem a aussi ciblé l'Union européenne et l'Espagne. "Un nombre considérable de blessés à Rabat l'ont été par la Guardia civil. Eux aussi tabassent et violent systématiquement le droit international en rejetant les migrants de l'autre côté de la frontière", a dit Mehdi Alioua, parlant de "fuite en avant" de Madrid "vers encore plus de répression".

La pression migratoire sur Melilla et Ceuta, seules frontières terrestres entre le continent africain et l'Europe, s'est accrue depuis un an.

Le Maroc, qui affirme que 30.000 clandestins se trouvent sur son sol, a annoncé une "nouvelle politique migratoire" comprenant un programme de "régularisation exceptionnelle", pour répondre à la situation en même temps qu'aux critiques.

Lors d'une récente conférence de presse, des ONG ont affirmé que sur "13.000 demandes" et 3.500 dossiers étudiés à ce jour, seules "500 cartes d'immatriculation" avaient été délivrées.

gk/faa

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