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Blackheart Burlesque: une journée du Sabbat définitivement «NSFW» (PHOTOS)

15/04/2014 06:08 EDT | Actualisé 15/04/2014 06:08 EDT
Frédéric T. Muckle

La foule hétéroclite qui emplissait la salle humide et chaude du La Tulipe dimanche dernier semblait impatiente d’accueillir les singulières Suicide Girls. Dans une ambiance d’excitation, ces déesses tatouées sont montées sur scène pour tenter de séduire les Montréalais, après avoir conquis les États-Unis, l’Australie et l’Ouest canadien.

Pour ceux qui sont peu familiers avec la communauté internationale des Suicide Girls, ce collectif regroupe des centaines de modèles dites pin-up et s’identifie comme étant un important bastion de beauté, différent de l’image Babiesque habituellement véhiculée par les médias. Ces nymphes qui s'exposent en costume d’Ève partagent, de cette façon, leur vision de la femme moderne sexuellement décomplexée et en pleine possession de ses moyens.

Cet idéal alternatif du féminisme a été mis en scène par une poignée de Suicide Girls pour réaliser le spectacle Blackheart Burlesque. L’art du burlesque est le royaume des allumeuses professionnelles et affirmées. Conséquemment, ce spectacle, créé avec l’aide du renommé chorégraphe Manwe Sauls-Addison, avait pour but de titiller les envies charnières propres au retour du printemps. En offrant au public montréalais une performance mélangeant de nombreuses références cinématographiques, passant du strip-tease dansant à d’aguichantes amazones dévergondées, le spectacle réussit à pimenter un dimanche pluvieux et monotone.

Les organisateurs du Blackheart Burlesque s’éloignent du spectacle burlesque traditionnel. Le style plus décontracté et marginal est en complète harmonie avec l’image des Suicide Girls, ce qui donne à la performance un charme indéniable. Malgré cela, il était difficile de comprendre et d’apprécier certaines décisions artistiques comme la surutilisation du twerk, cette technique contemporaine de danse. Déjà que le twerking semble avoir été adopté comme étant le ballet contemporain des médias sociaux, il aurait été plus intéressant d’éviter l'emploi de cette infâme tribulation fessière.

Malgré de nombreux numéros aussi hilarants qu’affriolants, certaines prestations étaient d’une simplicité légèrement déconcertante par moments et semblaient servir de simples excuses pour faire un piètre clin d’œil à l’industrie culturelle américaine. Cependant, il faut avouer que le choix des œuvres mises en scène démontrait une profonde compréhension de leur public cible plutôt geek et fier de l’être.

Un autre point à mentionner concernant la soirée en général est la participation parfois très tiède et gênée du public. Ce dernier bémol n’était cependant pas du ressort des danseuses ni de la pétillante animatrice qui faisaient tout en leur pouvoir pour enflammer la foule. Peut-être que cette dernière avait raison en suggérant que le public était trop poli. Il faut avouer que l’emblématique courtoisie canadienne ne rime pas vraiment avec l’énergie dégagée par ces déesses sulfureuses dévoilant sans préambule leur chair. Le spectacle aurait définitivement bénéficié d’une baisse d’inhibition de la part d’une audience franchement trop sobre.

Malgré tout, l’attitude dévergondée des interprètes est souvent venue à bout de la timidité collective de l'assistance. Ces occasions de folie, d’humour et de pur plaisir partagé, où une connexion sensuelle s’installait l’instant d’un moment entre les magnifiques jeunes femmes et le public, faisaient instantanément oublier les quelques critiques possiblement formulées par l’humble spectateur.

Finalement, ce sont ces quelques numéros parfaitement exécutés, desquels exultait une joie de vivre émancipée de toute pudeur, qui ont fait du spectacle Blackheart Burlesque des Suicide Girls un succès. Les milliers de personnes ayant décidé de se tenir à la tradition du dimanche en occupant tristement un sofa auront manqué une occasion délicieuse d’insuffler une myriade de couleurs à un retour au travail habituellement grisâtre et ennuyeux du lendemain matin.

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