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Bataille transatlantique sur les drones atmosphériques

15/04/2014 11:22 EDT | Actualisé 15/06/2014 05:12 EDT

Derrière le rachat en fanfare du concepteur de drones solaires Titan Aerospace par Google se profile une rivalité entre Européens et Américains pour la surveillance et les télécommunications depuis la stratosphère.

Le groupe européen Airbus s'apprête à commercialiser cette année son drone solaire Zephyr, qui détient le record du monde d'endurance: 350 heures de vol d'affilée.

Volant à 20.000 m d'altitude, au dessus des nuages et du trafic aérien, ce drone permet d'offrir "des services équivalents à ceux des satellites, au dessus d'une zone d'intérêt spécifique, pendant longtemps et sans interruption à un prix très abordable", a expliqué à l'AFP Jens Federhen, directeur du projet chez Airbus Defence and Space.

Baptisés Haps, pour pseudo-satellites à haute-altitude, ces drones solaires peuvent être utilisés pour des opérations militaires comme humanitaires, notamment assurer les télécommunications quand les réseaux ont été détruits par une catastrophe naturelle, ou surveiller des surfaces agricoles, explique Paul Brooks, le père de ce programme né il y a dix ans au sein de la société britannique Qinetiq, et racheté ensuite par Airbus.

- Complémentaires des satellites -

Le groupe, numéro 2 mondial de l'industrie spatiale, souligne que les Haps complèteront les capacités des satellites sans les concurrencer. Ainsi, contrairement aux satellites espions qui tournent autour de la terre, le Zephyr peut rester stable et observer continuellement une zone de 1.000 km de diamètre.

Le projet a été au départ largement financé par le ministère britannique de la Défense et est soutenu par plusieurs clients potentiels, assure Paul Brooks. Le Zephyr a obtenu les autorisations de vol des autorités aéronautiques américaines, européennes et australiennes pour poursuivre ses essais. Il a d'ailleurs volé depuis une base des Marines dans l'Arizona.

Airbus continue à faire évoluer ses prototypes de Zephyr. "Mais nous voyons déjà le potentiel de construire des appareils opérationnels", assure Jens Federhen, qui prévoit d'interroger les clients cette année pour répondre à leurs besoins spécifiques.

Google a annoncé lundi le rachat du seul concurrent du projet Haps, Titan Aerospace, une société d'une vingtaine de personnes basée au Nouveau-Mexique qui entend développer un avion solaire capable de rester en l'air pendant cinq ans.

Le géant américain voudrait les utiliser pour apporter internet aux régions qui en sont dépourvues, même si son idée laisse des analystes sceptiques. "Tout cela est très intéressant, mais la technologie n'a pas du tout fait ses preuves", a déclaré à l'AFP Roger Kay, analyste chez Endpoint Technologies.

"Cinq ans nous parait très ambitieux, estime de son côté Paul Brooks. Du point de vue commercial, nous considérons que trois mois est un bon cycle opérationnel". Il permet de faire redescendre l'appareil pour la maintenance pendant qu'un second le remplace en l'air.

Le Zephyr a 23 m d'envergure et pèse 50 kg. Il peut actuellement emporter une charge utile de 5 kg, transmetteur, caméras optiques et infra-rouges, et selon Jens Federhen, "relativement bientôt des radars" pour la surveillance à travers les nuages.

- L'énergie, talon d'Achille -

Airbus reste très discret sur les capacités de son drone, pour ne pas dévoiler ses batteries devant son concurrent, même s'il estime que Titan Aerospace a du chemin à faire pour le rattraper. Par précaution, Airbus a embauché toute l'équipe qui avait développé le Zephyr chez Qinetiq.

Avant de choisir la technologie des drones, Jens Federhen avait abandonné la piste des dirigeables stratosphériques, estimant qu'ils consommeraient trop d'énergie pour se maintenir sur place face au vent.

Le groupe de technologie français Thales se dit prêt à relever ce défi, "parce qu'on commence à avoir des technologies qui permettent d'assurer suffisamment d'énergie pour contrer la vitesse du vent", selon Jean-Michel Chessel, le patron du programme.

Le Stratobus conçu par Thales, d'une longueur de 100 m et de 30 m de diamètre à son point le plus large, devra lever deux verrous technologiques, explique-t-il.

D'une part une pile à combustible réversible permettra de stocker l'énergie solaire le jour pour produire de l'électricité la nuit. D'autre part une enveloppe transparente en fibres de carbone permettra de placer les cellules photovoltaïques à l'intérieur du ballon au lieu d'en couvrir toute l'enveloppe comme dans les projets japonais et américains.

Thales cherche des financements commerciaux ou publics pour proposer un prototype de vol d'ici cinq ans. "Nous avons des pistes des deux côtés", assure M. Chessel.

pmr/fpo/thm/bir

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