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Ukraine: statu quo dans l'Est, le président évoque un référendum

14/04/2014 07:13 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT

Les insurgés armés pro-russes tenaient toujours tête au gouvernement pro-européen lundi dans l'est de l'Ukraine, dont le président a évoqué un possible référendum sur le statut, une ouverture qui risque de ne pas suffire aux séparatistes.

Confronté à une série d'assauts, visiblement coordonnés, menés par des activistes pro-russes mais aussi des groupes d'hommes armés aux uniformes sans identification, le pays de 46 millions d'habitants apparaissait plus que jamais menacé d'éclatement entre l'est russophone et le centre et l'ouest plus nationalistes et tournés vers l'Europe.

La situation était calme à Slaviansk, ville symbole des dernières tensions où des groupes armés pro-russes se sont emparés samedi des bâtiments de la police et des services de sécurité.

Le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov, qui a ordonné une "opération antiterroriste de grande envergure avec les forces armées", avait donné jusqu'à 09h00 (06h00 GMT) lundi aux insurgés pour bénéficier d'une amnistie s'ils déposaient les armes et évacuaient les bâtiments occupés.

Mais à la mi-journée Slaviansk était fermement sous leur contrôle et les forces loyales au gouvernement pro-européen de Kiev étaient invisibles, y compris aux abords de la ville, ont constaté des journalistes de l'AFP.

- Air professionnel -

Devant le siège de l'administration municipale, une dizaine d'hommes armés, portant le même uniforme et l'air très professionnel. D'autres, en camion militaire, renforçaient les défenses autour de la localité, avec des équipements de guerre, anti-aériens et anti-chars.

Au centre ville, un millier d'habitants environ étaient rassemblées, promettant de rester sur place jusqu'à l'organisation d'un référendum sur le rattachement à la Russie.

Les pro-russes réclament ce rattachement, ou au minimum une "fédéralisation" de la Constitution ukrainienne pour donner de grands pouvoirs aux régions.

Pour la première fois, M. Tourtchinov a fait lundi une ouverture dans ce sens, estimant qu'un tel scrutin pourrait être organisé en même temps que la présidentielle anticipée prévue le 25 mai. Il s'est dit certain que "la majorité des Ukrainiens se prononcerait pour une Ukraine indivisible, indépendante, démocratique et unie".

Mais M. Tourtchinov évoque un référendum national, alors que les insurgés veulent des scrutins locaux, où le rapport de force leur serait plus favorable. Et il ne s'est pas prononcé sur les évolutions institutionnelles qui pourraient être proposées. Or le gouvernement a toujours refusé d'aller au delà d'une "décentralisation", jugeant que la "fédéralisation" soutenue par Moscou ouvre la voie à l'éclatement du pays.

La proposition a donc peu de chances de débloquer la crise. Et à Slaviansk, Alexandre Plokhotski, 46 ans, instituteur, expliquait lundi que "nous aurions préféré une autonomie au sein de l'Ukraine, mais la situation actuelle nous incite à demander le rattachement à la Russie".

Moscou a sommé les autorités de Kiev, issues d'un soulèvement qui a renversé fin février un régime pro-russe et que le Kremlin ne reconnaît pas, de cesser "la guerre contre (leur) propre peuple", mettant en garde contre une "guerre civile".

Moscou a demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, qui a tourné dimanche soir au dialogue de sourds, les Occidentaux accusant Moscou d'avoir orchestré les derniers événements, dont l'ambassadeur russe rejetait toute la responsabilité sur Kiev. Le chef de la diplomatie russe a jugé que "l'hypocrisie (des Occidentaux) dépasse les bornes".

Ce regain de tension a fait craindre que Moscou, qui a massé jusqu'à 40.000 hommes à la frontière, ne saisisse ce prétexte pour une intervention, le président Vladimir Poutine ayant promis de défendre "à tout prix" les ressortissants russes dans l'ex-URSS.

Il fait également peser une incertitude sur des pourparlers prévus jeudi à Genève pour tenter de régler la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide.

- 'Hommes verts' -

L'ambassadeur russe à l'ONU, Vitali Tchourkine a laissé entendre que la réunion serait "menacée si les opérations militaires commencent dans l'est de l'Ukraine".

Ces événements rappellent ceux du mois de mars en Crimée, rattachée à la Russie après l'intervention de groupes armés non identifiés - des militaires russes selon tous les observateurs, ironiquement baptisés "hommes verts" en Ukraine - et un référendum controversé.

Etats-Unis, Européens et Otan ont tous fait le parallèle avec la Crimée, pour dénoncer l'implication de Moscou. Le président Tourtchinov, a promis de "ne pas laisser la Russie répéter le scénario de la Crimée".

Les ministres européens des Affaires étrangères se sont retrouvés lundi à Luxembourg, le ministre britannique William Hague se prononçant pour un durcissement des sanctions.

Les ministres devaient également étudier la menace d'une coupure des livraisons de gaz par la Russie, agitée la semaine dernière par le président Poutine.

Quelque 13% du gaz consommé par l'Union européenne transite en effet par l'Ukraine, qui a des milliards de dollars de dette gazière envers Moscou.

L'arme peut toutefois se révéler à double tranchant, alors que la Russie est déjà affectée économiquement par la crise, avec une croissance en berne et des évasions de capitaux massives. La Bourse de Moscou et le rouble étaient d'ailleurs en nette baisse lundi.

bur-so/ros

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