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Ukraine: conversation téléphonique Obama-Poutine

14/04/2014 08:43 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT

WASHINGTON - Le président américain Barack Obama et son homologue russe Vladimir Poutine ont échangé pour la première fois en plus de deux semaines, lundi, mais rien ne porte à croire qu'une entente se profile à l'horizon en ce qui concerne la crise ukrainienne.

Le dirigeant des États-Unis a exhorté la Russie à faire sa part pour désamorcer la situation dans l'est de l'Ukraine. Vladimir Poutine a toutefois nié que Moscou s'ingérait dans les affaires de la région.

Selon la Maison-Blanche, la conversation téléphonique s'est tenue à la demande du Kremlin. Pendant ce temps, sur le terrain, les troupes prorusses poursuivaient leur percée dans la portion orientale de l'Ukraine, prenant le contrôle de plus d'une dizaine d'édifices gouvernementaux.

«Le président a exprimé de vives inquiétudes en ce qui concerne le soutien du gouvernement russe à l'égard des actions des séparatistes prorusses armés, qui minent la crédibilité du gouvernement de l'Ukraine et tentent de le déstabiliser», a souligné la Maison-Blanche dans un résumé de l'échange téléphonique Obama-Poutine.

Dans un communiqué publié dans la foulée du même appel, Moscou a pour sa part signalé que le président Poutine avait plaidé auprès de son homologue que les informations relatives à l'interférence russe dans la région étaient «fondées sur des informations qui ne sont pas très fiables».

Vladimir Poutine aurait également demandé à Barack Obama d'inviter l'Ukraine à éviter le recours à la force contre les opposants.

Les deux parties semblent s'entendre sur le fait que les pourparlers devraient se poursuivre jeudi à Genève entre les États-Unis, la Russie, l'Ukraine et l'Union européenne (UE).

Washington a dit croire lundi à une «preuve accablante» de l'orchestration de troubles par la Russie dans l'est de l'Ukraine, mais a laissé entendre que le président américain Barack Obama n'avait pas encore conclu à la nécessité de répliquer aux actions du président russe Vladimir Poutine par des sanctions plus larges contre des secteurs économiques clés.

À Ottawa, le premier ministre Stephen Harper a qualifié les interventions de la Russie en Ukraine d'«agressives, militaristes et impérialistes» et a laissé entendre qu'il pourrait y avoir de nouvelles sanctions du Canada contre la Russie.

De leur côté, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont décidé lundi d'imposer un gel des actifs et une interdiction de visas à d'autres Russes, en guise de protestation face aux politiques de Moscou à l'égard de l'Ukraine.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, n'a pas souhaité divulguer le nombre ou le nom des dirigeants ou citoyens russes touchés.

Appel aux Casques bleus

Le président ukrainien intérimaire Oleksandre Tourtchinov a appelé lundi au déploiement de Casques bleus des Nations unies dans l'est du pays, où des militants prorusses occupent maintenant des édifices gouvernementaux dans une dizaine de villes.

Lors d'une conversation téléphonique avec le secrétaire-général Ban Ki-moon, M. Tourtchinov a suggéré qu'une «opération antiterroriste» commune pourrait être menée par les forces de sécurité ukrainiennes et les Casques bleus, selon le site Web présidentiel.

Le déploiement de Casques bleus devrait toutefois faire l'objet d'une résolution du Conseil de sécurité, où la Russie détient un droit de véto.

La demande a été formulée par un gouvernement qui semble incapable de contrôler les séparatistes de l'Est russophile du pays, où des insurgés occupent des bureaux gouvernementaux depuis maintenant une semaine.

Instabilité dans l'est de l'Ukraine

Les militants prorusses armés ont d'ailleurs fait fi de l'ultimatum lancé dimanche par Kiev, qui leur intimait de quitter les édifices occupés et de déposer les armes avant lundi matin.

Aucune intervention des forces de l'ordre ne semblait imminente, même si le gouverneur de la région de Donetsk, Serhiy Taruta, a déclaré à l'agence Interfax qu'une opération «antiterroriste» était en cours.

Des dizaines d'hommes en colère ont lancé des pierres et fracassé des fenêtres avant de pénétrer dans le commissariat de la ville de Horlivka, près de la frontière avec la Russie, pendant que des centaines de témoins les encourageaient.

Une épaisse fumée blanche s'est élevée de l'entrée du commissariat, où les insurgés ont hissé le drapeau russe.

Des hommes armés ont également pris le contrôle d'un aéroport militaire près de la ville de Sloviansk, dans la région de Donetsk.

«La Russie envoie des unités spéciales dans l'est de notre pays, qui s'emparent d'édifices administratifs à l'aide d'armes et qui mettent en danger des centaines de milliers de nos citoyens», a dit M. Tourtchinov, selon le site Web présidentiel.

Un porte-parole du président russe Vladimir Poutine, Dimitri Peskov, aurait déclaré lundi que M. Poutine a reçu «de nombreux appels» de l'est de l'Ukraine «lui demandant d'aider et d'intervenir d'une manière ou d'une autre».

M. Peskov a ajouté que M. Poutine «observe les événements dans ces régions avec une grande préoccupation», sans fournir plus de détails.

Un des insurgés de Horlivka a expliqué qu'ils luttent contre les dirigeants nommés par Kiev, dont le chef local de la police, et révélé qu'ils souhaitent pouvoir choisir leurs propres dirigeants. Un autre insurgé a plus tard affirmé que certains policiers ont décidé de rejoindre leurs rangs. Un troisième s'est présenté comme un lieutenant-colonel de l'armée russe. Des centaines de manifestants sur place scandaient «Référendum!» et «Russie!».

Un homme est grimpé sur le toit du porche pour hisser un drapeau russe. Un policier est sorti par la fenêtre pour le chasser, et l'homme est tombé. Plusieurs minutes plus tard, le policier, la tête ensanglantée, a été transporté du commissariat vers une ambulance.

Le ministre adjoint intérimaire de l'Intérieur Mikola Velichkovitch a reconnu lundi que certains policiers des régions orientales ont changé de camp.

«Dans l'est nous avons constaté de nombreux gestes de sabotage de la part de la police», a dit le ministre aux journalistes.

Des dizaines de milliers de soldats russes sont massés le long de la frontière entre les deux pays depuis plusieurs semaines.

Des experts craignent que Moscou ne profite de l'instabilité dans l'est ukrainien pour tenter de s'emparer de nouveaux territoires.

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