NOUVELLES

Tunisie: colère de députés après les condamnations clémentes d'ex-proches de Ben Ali

14/04/2014 09:24 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT

Les élus de la constituante tunisienne ont critiqué lundi le verdict "choquant" et "clément" d'un tribunal militaire contre d'anciens hauts responsables du régime de Zine El Abidine Ben Ali, jugés pour la répression des manifestations durant la révolution de 2011.

Le parquet militaire a de son côté annoncé dans l'après-midi qu'il avait déposé un pourvoi en cassation, cette juridiction étant "la seule partie apte juridiquement à contrôler la validité des verdicts", selon un communiqué.

"Ces verdicts cléments ont constitué un grand choc non seulement pour les familles des martyrs et des blessés de la révolution, mais aussi pour les élus de la constituante et le peuple tunisien", a déploré le député Mouldi Riahi, représentant du parti de gauche Ettakatol, lors d'une séance de l'Assemblée nationale constituante.

Le tribunal militaire de Tunis a rendu samedi sa décision dans plusieurs affaires jugées en appel, dont celles des manifestants tués dans le Grand Tunis et à Sfax (est) pendant la révolution ayant abouti à la chute du président Ben Ali, qui a fait plus de 300 morts.

L'ancien directeur de la sécurité présidentielle, Ali Seriati, a notamment été condamné à trois ans de prison, tout comme l'ex-ministre de l'Intérieur Rafik Belhaj Kacem. L'ex-chef des brigades spéciales, Jalel Boudriga, condamné en première instance à 10 ans de prison pour meurtre avec préméditation, a également écopé de trois ans après la requalification des faits en non-assistance à personne en danger.

Ces hommes ayant été emprisonnés dans la foulée de la révolution, ils pourraient être libérés dans les semaines à venir. Plusieurs députés réclament que le dossier soit confié et rejugé par la justice civile.

La Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) a estimé dans un communiqué que la décision prise par un tribunal militaire et non par la justice civile "contrevient aux normes internationales de protection des droits humains y compris pour son mépris de la prise en compte de la chaîne pénale des responsabilités et du droit à un procès équitable".

Le parquet a pour sa part défendu les magistrats et appelé "toutes les parties à éloigner la justice militaire des tiraillements (...) et à ne pas utiliser les verdicts prononcés pour mettre en doute l'intégrité de l'appareil judiciaire militaire", selon les termes du communiqué.

Aucune réforme d'ampleur de la justice et de la police, pierres angulaires de la répression sous Ben Ali, n'a été entreprise depuis la révolution.

Le système de justice dite de "transition" devant permettre de passer en revue l'ensemble des crimes commis par le régime déchu n'a pas non plus été mis en place, sur fond d'âpres disputes politiques entre islamistes, majoritaires à l'assemblée, et leurs détracteurs.

kl/alf/cbo

PLUS:hp