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Le pétrole canadien a contribué à bâtir cette ville fantôme à Detroit (VIDÉO)

14/04/2014 01:20 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT

DÉTROIT - On dirait une ville fantôme... que le pétrole canadien a contribué à bâtir.

Des propriétés abandonnées d'un quartier de l'ouest de Detroit offrent l'image contraire de celle d'une ville portée par la richesse du pétrole.

Pendant trois quarts de siècle, du pétrole brut y a été transporté jusqu'à la raffinerie Marathon, et même si le quartier qui accueillait autrefois des cols bleus a été transformé par le crime et la négligence comme une bonne partie de Detroit, l'industrie y a survécu.

Lorsque les résidents ont commencé à se plaindre des odeurs et des explosions occasionnelles au moment où l'usine planifiait une expansion de 2,2 milliards $ US pour traiter le pétrole brut lourd qui lui était livré de l'Alberta, une solution toute simple s'est imposée.

L'entreprise s'est agrandie et les résidents ont été payés pour quitter les lieux.

Imaginez un quartier de la grandeur d'un terrain de football, autrefois rempli de vieilles maisons habitées par des ouvriers. Imaginez-le maintenant rasé, transformé en terrain vide, avec pour tout bâtiment une vieille maison et quelques autres qui seront démolies.

Imaginez maintenant une cinquantaine ou une soixantaine de ces terrains. C'est ce qui est arrivé au quartier Oakwood Heights.

L'entreprise a offert en moyenne 65 000 $ US par maison dans un secteur où chaque propriété est évaluée à 16 000 $ US et où d'autres se vendent moins de 5000 $ US. Les habitants ont sauté sur l'occasion. Quatre-vingt-dix pour cent du secteur a été vidé, 275 maisons ont été démolies et davantage le seront plus tard cette année.

Tous les résidents n'ont cependant pas accepté l'offre. Certains ont refusé pour des raisons sentimentales, d'autres pour des raisons financières. Mary McKenzie a dit non pour les deux raisons.

La secrétaire d'école à la retraite a 19 petits-enfants. Ils se retrouvent chez elle pour les Fêtes, raconte-t-elle, en souvenir d'un Noël où ils ont commencé à décorer la maison avec une collection d'anges et des statues illuminées.

Après quelques calculs, elle en est venue à la conclusion que les 64 000 $ US offerts ne lui dureraient pas très longtemps. Mme McKenzie a estimé qu'après avoir payé un crédit de rénovation, le reste de son hypothèque et un prêt utilisé pour l'achat d'un nouveau toit, d'une véranda et de fenêtres, elle aurait perdu le lieu de ses souvenirs et serait partie les poches presque vides.

«Je n'aurais rien eu, a-t-elle expliqué. Je n'arrêtais pas de me demander: "Où vais-je aller? Je n'aurai pas l'argent nécessaire pour m'acheter une maison, je n'aurai pas d'argent pour louer une maison."»

Mais qu'en est-il de la pollution? Sa famille souhaite planter des fruits et des légumes sur le terrain vacant voisin, mais elle a des doutes. Une récente étude a révélé que ce code postal est le lieu le plus sale de tout le Michigan.

Mais Mme McKenzie ne s'inquiète pas des risques.

«Je me dis que si Marathon ne m'a pas encore tuée... vous savez, j'ai 71 ans, a-t-elle confié. Il faut se rendre à l'évidence, je ne vivrai pas toujours.»

Elle n'a pas de plaintes à formuler au sujet de l'entreprise, dont les camions aident à patrouiller ce qui reste du quartier. Elle croit seulement qu'il ne vaut pas la peine pour elle de songer à partir, à moins que la raffinerie ne double son offre.

Selon sa famille, l'argent est là.

Un calcul basé sur le montant de l'indemnité offerte par maison, excluant les coûts de démolition, suggère que le programme de relocalisation ne compte que pour moins d'un pour cent des 2,2 milliards $ US du budget de rénovations de Marathon.

L'entreprise n'a cependant pas voulu révéler le budget total de son programme de relocalisation.

Elle ne veut pas non plus préciser le volume de pétrole canadien traité dans sa raffinerie du Michigan, indiquant seulement que les rénovations ont été effectuées pour le traitement de brut lourd et qu'une quantité non précisée de ce pétrole vient du Canada. Plus du tiers des importations de pétrole américaines viennent du Canada et ce ratio est en hausse.

L'entreprise a cependant confirmé que l'offre de relocalisation est arrivée à échéance.

«Nous savions depuis le début que tout le monde ne trouverait pas cette offre attrayante, pour quelque raison que ce soit», a admis le porte-parole de Marathon, Jamal Kheiry.

«Nous sommes heureux de demeurer voisins avec ceux qui ont choisi de rester, peu importent leurs raisons.»

Mme McKenzie admet que son voisinage s'est détérioré dans les quatre dernières décennies. Lorsqu'elle y a emménagé, il s'agissait d'un quartier ouvrier italien. Mais lorsque les anciens résidents sont partis, dit-elle, la racaille s'y est installée.

Elle avait des piqueries à gauche de chez elle, quelques autres un peu plus loin à sa droite et d'autres derrière sa maison.

Occasionnellement, un de ces lieux était criblé de balles par un gang rival. Le quartier abritait également des pyromanes et le voisinage était densément peuplé. Mme McKenzie affirme qu'elle a déjà eu peur, mais plus maintenant.

Son petit-fils, David McKenzie, se sent déchiré lorsqu'il pense à l'endroit où vit sa grand-mère.

Il aimerait la voir déménager dans un quartier plus vibrant, si seulement l'entreprise voulait lui offrir davantage d'argent. Il raconte que lorsque son domicile a été visité par des voleurs, il y a un certain temps, la police ne s'est même pas rendue sur les lieux.

L'homme de 32 ans est cependant attaché à l'endroit, qui a ses charmes inattendus.

Dans ce quartier industriel, entre les usines de Marathon et de Ford, semble se développer un écosystème urbain intéressant.

«Il y a des renards, des opossums, des ratons-laveurs, des marmottes, des lapins. J'attends qu'un chevreuil passe par ici», a raconté M. McKenzie.

«Je mangeais un hamburger l'autre jour et (un renard) est arrivé. Je lui ai lancé un hamburger et il m'a regardé et fait un signe de la tête. Il m'a regardé comme s'il disait: "Où est le reste?"»

Maintenant que le son des armes à feu ne se fait plus entendre, Mary aime s'asseoir sur sa véranda pour lire. D'une certaine façon, dit-elle, c'est un peu comme à l'époque.

«Je gage qu'il n'y avait aucun endroit à Detroit aussi tranquille qu'ici la veille du dernier jour de l'An, a lancé la grand-mère en riant. C'était merveilleux. Pas de coups de feu, rien.»

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