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Dans les bidonvilles d'Alger, les oubliés des listes électorales

14/04/2014 04:02 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT

En 62 ans, Laïd n'a jamais raté un rendez-vous électoral. Mais pour pouvoir voter, il utilise l'adresse de son frère, car comme tous ses voisins du bidonville d'Alger, il ne peut être inscrit sur les listes électorales.

"La mairie n'enregistre pas les habitants des bidonvilles sur les listes", s'agace l'homme au visage buriné, en dépoussiérant sa blouse blanche.

Le wali d'Alger, nommé comme tous ses pairs par le chef de l'Etat, a pourtant menacé les habitants du bidonville de ne pas les reloger s'ils ne votaient pas à l'élection présidentielle du 17 avril. De nouveaux logements sociaux doivent être redistribués juste après le scrutin.

Les adversaires du président sortant Abdelaziz Bouteflika, candidat à un quatrième mandat, ont dénoncé le "chantage", alors que le gouvernement fait campagne sur la crise du logement, qu'il espère résorber définitivement au terme d'un quatrième mandat du président-candidat Abdelaziz Boutfelika .

Depuis, son arrivée au pouvoir en 1999, M. Bouteflika a lancé la construction de trois millions de logements, livrés pour plus des deux tiers.

Mais dans la banlieue d'Alger, les somptueuses villas des nouveaux riches se disputent toujours le terrain avec les taudis de tôles des Algériens qui n'ont pas bénéficié de la rente pétrolière ayant fait de leur pays le plus riche du Sahel et de l'Afrique du nord.

"Alger la blanche", chantée par les poètes pour les murs de ses immeubles peints en blanc, porte comme un chancre une ceinture de bidonvilles hideux qui totalisent 60.000 masures.

Ici, se côtoient des familles poussées à l'exode par les massacres endeuillant les campagnes durant la guerre civile des années 90, qui a fait 200.000 morts, et d'autres contraints de quitter leurs logements exigus dont la surface n'a pas évolué au rythme des naissances.

- Ilot de misère -

La banlieue d'Ain-Naadja (la source de la brebis) n'est qu'a quelques minutes à vol d'oiseau des sièges de la présidence et des ministères.

A côté des laids immeubles sans âme construits dans les années 1980, a poussé sauvagement le bidonville El Wiam (La concorde) en référence à la concorde civile mise en oeuvre par Abdelaziz Bouteflika lors de son premier mandat (1999 -2004).

Vu d'une colline voisine, l'ensemble semble être couvert d'un seul toit, hérissé d'antennes paraboliques et de climatiseurs qu'il n'est pas possible de fixer sur des murs fragiles.

Depuis 2008, les taudis sont raccordés au réseau électrique. Avant cette date, les habitants effectuaient des branchements sauvages et risqués ou tiraient un câble à partir des maisons de leurs riches voisins.

Commerçants pour la plupart, ces derniers ne rêvent que d'une chose: voir ce bidonville rasé afin de ne plus ouvrir leurs fenêtres sur cet ilot de misère

Dans ces taudis qui n'excèdent pas les 30m2, s'agglutinent des familles de 4 à 11 personnes vivant dans des conditions désastreuses qu'ils tentent de dissimuler une couche de peinture.

Certains sont arrivés là dès leur prime enfance. Ils sont devenus adultes, se sont mariés, ont eu des enfants.

C'est le cas d'Abdenour Zouaoui, 25 ans, qui en avait huit quand sa mère a posé ici ses ballots. Aujourd'hui, il est père d'un enfant qu'il élève en l'absence de sa mère, décédée.

Larbi, 50 ans, natif de La Casbah, la vieille ville d'Alger, avait été relogé en 1988 avec les 15 membres de sa famille dans un 3 pièces. Au bout de dix ans, il est descendu de l'immeuble avec sa femme et ses enfants et a monté sa baraque juste à côté.

"Il m'était impossible d'attendre plus longtemps, mes enfants ont grandi. Mon ainée a 19 ans. J'espère quitter au plus vite cette souffrance pour sauver mes deux derniers. Mes quatre premiers ont échoué à l'école à cause de ces conditions de vie", soupire Larbi.

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