NOUVELLES

Centre de désintoxication Narconon: la Commission des droits de la personne somme le centre de dédommager les victimes

14/04/2014 03:52 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT
Radio-Canada

Le centre de désintoxication Narconon Trois-Rivières, lié à l'Église de scientologie, a soumis des patients à des pratiques humiliantes et à de l'isolement forcé, tout en les exploitant financièrement, soutient des documents de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, obtenus par ICI Radio-Canada.

Un texte de Gaétan Pouliot Twitter Courriel

L'organisme chargé de veiller au respect des droits de l'homme au Québec en est venu à ces conclusions à la suite d'une enquête sur les pratiques de l'établissement, qui a été forcé de fermer ses portes en 2012. Elle somme maintenant Narconon de dédommager les victimes.

Dans une résolution de la Commission, on peut lire que Narconon Trois-Rivières a contribué à exploiter financièrement et à maltraiter David Edgar Love, alors qu'il se trouvait « dans un état de vulnérabilité ».

Originaire de Colombie-Britannique, M. Love est un ancien client et employé de Narconon Trois-Rivières. Il a porté plainte en 2010 après un séjour de près d'un an dans le centre.

Narconon lui a entre autres facturé « des sommes considérables pour un programme de désintoxication qui n'est pas reconnu scientifiquement et qui comporte des risques pour sa santé et sa sécurité », indique le document de la Commission qui se base sur des témoignages et une preuve documentaire. Le personnel du centre de désintoxication était d'ailleurs « non qualifié ».

La Commission affirme aussi que M. Love a été victime de maltraitance. Narconon l'a soumis à des « pratiques humiliantes et dégradantes », à de « mauvaises conditions d'hébergement et de nourriture » et à des « mesures forcées d'isolement et à de la coercition », indique-t-on.

M. Love a par ailleurs été obligé de travailler sans rémunération.

Narconon veut taire l'affaire

Joint par Radio-Canada, David Edgar Love affirme que des résolutions similaires ont été rendues pour deux autres plaignants dans cette affaire. Nous avons pu consulter deux des trois documents en question.

« Nous avons remporté une victoire, affirme M. Love. Après des années d'enquête, ils ont conclu que nous avions dit la vérité. »

Narconon lui a offert un dédommagement représentant environ 20 % du montant établi par la Commission des droits de la personne, indique-t-il. Au surplus, on lui demande de signer une clause de confidentialité, qui l'empêcherait ensuite de parler de cette affaire. Et cette entente doit être acceptée par les trois victimes pour être effective, ajoute-t-il, outré.

M. Love n'a pas l'intention de signer ce type d'entente. Il ne veut pas d'argent et préfère que l'affaire soit rendue publique pour prévenir l'exploitation d'autres personnes.

La Commission des droits de la personne pourrait d'ailleurs porter cette cause devant les tribunaux afin d'obtenir un dédommagement pour les victimes. C'est ce que souhaite M. Love.

Si ce scénario se concrétise, Narconon menace toutefois de faire faillite, dit M. Love, qui affirme être encore traumatisé par son expérience à Trois-Rivières.

Narconon et scientologie

Narconon est un réseau de centres de désintoxication affilié à l'Église de scientologie. Présents dans plusieurs pays, ces centres offrent des traitements basés sur les enseignements du fondateur de la scientologie, L. Ron Hubbard.

En avril 2012, l'Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec a refusé d'accorder une certification au centre de désintoxication de Trois-Rivières, forçant la fermeture de l'établissement.

Ses pratiques étaient controversées. Certains procédés pouvaient représenter « un risque pour la santé », indiquait alors l'Agence de la santé, citant en exemple « la méthode de sudation combinée avec une prise massive de vitamines ou l'absence d'entente avec des médecins ».

Pour sa part, M. Love affirme avoir subi des traitements de sudation durant 26 jours d'affilés et avoir consommé de grandes doses de vitamines. Lors qu'il a quitté le centre, il a été hospitalisé trois jours pour des problèmes au foie.

Narconon a accueilli des personnes dépendantes aux drogues et à l'alcool de 2001 à 2012.

Radio-Canada a tenté de joindre un représentant de Narconon, sans succès.