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Ukraine : Kiev dénonce la "guerre" russe dans l'Est, Moscou réplique

13/04/2014 02:17 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT

Le gouvernement ukrainien a déclenché dimanche une "opération antiterroriste" dans l'Est contre les insurgés armés pro-russes, Moscou répliquant immédiatement en sommant les autorités pro-européennes de Kiev de cesser "la guerre contre leur propre peuple".

"Le sang a été versé dans la guerre que la Russie livre à l'Ukraine", a affirmé le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov dans un discours à la nation, ajoutant avoir ordonné "une opération antiterroriste de grande envergure avec les forces armées" pour mettre fin à ces troubles.

Moscou a aussitôt répliqué en dénonçant "l'ordre criminel de Tourtchinov de recourir à l'armée pour réprimer les protestations" et demandé une réunion "urgente" du Conseil de sécurité de l'ONU.

"C'est de l'Occident que dépend la possibilité d'éviter une guerre civile en Ukraine", a dit un porte-parole de la diplomatie russe.

Une série d'attaques visiblement coordonnées a été lancée samedi dans des villes de l'est russophone de l'Ukraine, région frontalière de la Russie, par des hommes armés, portant souvent des uniformes sans insignes.

Ce regain de tension a fait craindre que Moscou, qui a massé jusqu'à 40.000 hommes à la frontière, ne saisisse ce prétexte pour une intervention, le président Vladimir Poutine ayant promis de défendre "à tout prix" les ressortissants russes dans l'ex-URSS.

Il fait également peser une incertitude sur des pourparlers prévus pour la semaine prochaine afin de tenter de régler la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide.

- Le "scénario de la Crimée" -

Les événements dans l'Est de l'Ukraine rappellent les événements du mois de mars en Crimée, rattachée à la Russie après l'intervention de groupes armés non-identifiés -des militaires russes selon tous les observateurs- et un référendum controversé.

"Nous ne laisserons pas la Russie répéter le scénario de la Crimée", a d'ailleurs promis M. Tourtchinov. Le patron de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, et l'ambassadrice américaine à l'ONU Samantha Power, qui a menacé Moscou de nouvelles sanctions, ont tous deux fait la comparaison avec la Crimée, dénonçant "l'implication" de Moscou dans ces troubles.

Selon le ministre de l'intérieur ukrainien Arsen Avakov, la contre-offensive déclenchée dimanche matin a fait un mort et cinq blessés côté loyaliste et "un nombre indéterminé" de victimes chez les séparatistes.

Elle était, a-t-il dit, concentrée sur Slaviansk, où un groupe armé s'est emparé des locaux de la police et des services de sécurité (SBU), hissant le drapeau russe.

L'administration régionale a fait état d'un mort et de neuf blessés. Un photographe de l'AFP a vu des voitures civiles portant des impacts de balles sur une route près de Slaviansk, à la suite d'un incident qui a fait un mort d'après l'administration régionale et des témoins. L'agence de presse russe RIA a de son côté affirmé qu'un civil avait été tué dans cette ville.

Des photographes de l'AFP présents à Slaviansk n'ont toutefois constaté aucun combat dans la ville, survolée par des hélicoptères militaires. Les assaillants tenaient l'un des ponts donnant accès à cette localité de 100.000 habitants.

Des civils pro-russes se sont regroupés dans la pluie et le froid pour protéger les bâtiments occupés. M. Avakov a dénoncé l'utilisation de "boucliers humains".

- Manifestations dans l'est -

Les assaillants sont apparus bien équipés et organisés. Un groupe semblable s'est emparé du commissariat et de la mairie de Kramatorsk, une ville voisine, ont affirmé les autorités régionales.

Des manifestations pro-russes, mais aussi pour l'unité de l'Ukraine, ont eu lieu dimanche dans différentes cités de l'Est, selon les autorités régionales. A Marioupol, sur la mer d'Azov, les manifestants se sont emparé sans résistance du siège de l'administration locale, hissant le drapeau de la "république de Donetsk".

A Kharkiv, une agglomération qui a connu des émeutes pro-russes, des incidents entre manifestants des deux camps ont fait une cinquantaine de blessés, ont annoncé les autorités locales.

A l'issue d'une première série de soulèvements le 6 avril, des pro-russes avaient proclamé à Donetsk, autre grande ville de la région, une "république souveraine", tout en ne contrôlant alors que deux bâtiments.

Ils réclament le rattachement à la Russie, ou au minimum une "fédéralisation" de la Constitution ukrainienne pour donner de grands pouvoirs aux régions. Kiev refuse, y voyant la porte ouverte à un éclatement de l'Ukraine, et n'accepte qu'une "décentralisation".

Moscou n'a jamais reconnu le gouvernement provisoire pro-européen arrivé au pouvoir après le renversement fin février du président pro-russe Viktor Ianoukovitch à la suite de sanglantes manifestations dans la capitale ukrainienne.

La Russie dément toute responsabilité et son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a de nouveau affirmé qu'elle n'avait aucune intention de rattacher à son territoire les régions orientales de l'Ukraine.

"Très inquiet" face aux "risques croissants d'affrontements violents", le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé tous les protagonistes à "faire preuve du maximum de retenue" et au dialogue.

Des pourparlers Russie/Ukraine/Etats-Unis/UE sont justement annoncés pour jeudi prochain à Genève, mais la Russie a douché samedi cette lueur d'optimisme en affirmant que rien n'était en fait arrêté, notamment le "format" des discussions. Elle a insisté pour que les pro-russes puissent être représentés et exposer leurs "intérêts légitimes".

M. Poutine a fait encore monter cette semaine les enjeux en avertissant que la crise pourrait mettre en danger les approvisionnements en gaz de l'Europe.

Quelque 13% du gaz consommé par l'Union européenne transite en effet par l'Ukraine, qui a des milliards de dollars de dette gazière envers Moscou. M. Poutine a menacé de cesser les livraisons à l'Ukraine si ces sommes n'étaient pas réglées.

bur-so/bds

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