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Est de l'Ukraine: dialogue de sourds entre Russes et Occidentaux au Conseil de sécurité

13/04/2014 09:24 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT

Une réunion d'urgence du Conseil de sécurité a tourné dimanche soir au dialogue de sourds entre Occidentaux et Russes, les premiers accusant Moscou d'avoir orchestré la tension dans l'est de l'Ukraine alors que Moscou mettait Kiev en demeure de "cesser d'utiliser la force contre le peuple ukrainien".

Cette réunion avait été demandée par la Russie à la suite des déclarations du président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov annonçant une "opération antiterroriste de grande envergure" contre des insurgés armés pro-russes dans l'est de l'Ukraine.

"Le sang a déjà été versé et il faut éviter d'urgence une nouvelle escalade", a averti l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine. Il a demandé aux Occidentaux et en premier lieu aux Etats-Unis, de faire pression sur les autorités de Kiev pour qu'elles "cessent d'utiliser la force contre le peuple ukrainien et entament un véritable dialogue".

"C'est l'Occident qui déterminera si la guerre civile en Ukraine peut être évitée", a-t-il ajouté.

Dénonçant "la désinformation et la propagande russe", son homologue américaine Samantha Power a accusé la Russie d'avoir "créé et orchestré l'instabilité" dans l'est de l'Ukraine. Les récents événements dans cette région "sont une copie conforme des tactiques utilisées par les forces russes dans les premières étapes de la crise en Crimée", a-t-elle affirmé. "Nous savons qui est derrière: seule la Russie est capable d'une telle opération dans cette région".

Pour l'ambassadeur britannique Mark Lyall Grant, il s'agit "d'une escalade dangereuse dans une situation déjà périlleuse".

"La Russie interfère une nouvelle fois directement dans les affaires intérieures de l'Ukraine en utilisant des prétextes et la force militaire", a-t-il affirmé, en réclamant de Moscou le retrait de ses quelque 40.000 soldats massés à la frontière. "La Russie cherche à imposer sa volonté au peuple d'Ukraine en utilisant désinformation, intimidation et agression, c'est totalement inacceptable", a conclu Mark Lyall Grant.

"Le scénario auquel nous assistons rappelle, à un mois d'intervalle, les évènements qui se sont déroulés en Crimée", a lui aussi estimé l'ambassadeur français Gérard Araud, affirmant que "l'avenir de l'Ukraine ne doit et ne peut dépendre que des Ukrainiens".

Saluant "le sang-froid des autorités ukrainiennes", il a appelé la Russie "à s'engager résolument dans la désescalade et à condamner, avec l'ensemble de ce Conseil, les tentatives de déstabilisation conduites pas des groupes armés dans l'est de l'Ukraine".

Il a souhaité que la réunion envisagée le 17 avril à Genève entre Russie, Ukraine, Etats-Unis et Union européenne "se tienne et qu'elle permette de faire émerger des solutions". "Cette échéance est cruciale et nous appelons toutes les parties au calme et à la retenue", a-t-il conclu.

Evoquant la réunion de Genève, M. Tchourkine a laissé entendre que sa tenue serait "menacée si les opérations militaires commencent dans l'est de l'Ukraine".

Intervenant devant le Conseil, l'ambassadeur ukrainien Iouri Sergueiev

a affirmé que son pays "faisait face à une attaque terroriste de grande envergure orchestrée par la Russie". "Nous demandons à nos partenaires russes de cesser immédiatement de nuire à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine", a-t-il lancé.

Il s'agit de la dixième réunion tenue par le Conseil depuis le début de la crise en Ukraine fin février et la plupart ont tourné à un affrontement stérile entre Russes et occidentaux.

La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité et disposant à ce titre d'un droit de veto, peut en effet bloquer toute tentative de trouver une position commune sur ce dossier.

Une série d'attaques visiblement coordonnées a été lancée samedi dans des villes de l'est russophone de l'Ukraine, région frontalière de la Russie, par des hommes armés, portant souvent des uniformes sans insignes.

Ce regain de tension a fait craindre que Moscou ne saisisse ce prétexte pour une intervention, le président Vladimir Poutine ayant promis de défendre "à tout prix" les ressortissants russes dans l'ex-URSS.

avz/glr

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