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Nouvelle action armée de pro-russes dans l'Est de l'Ukraine

12/04/2014 06:43 EDT | Actualisé 12/06/2014 05:12 EDT

Des activistes pro-russes armés ont pris samedi le contrôle de bâtiments publics dans une nouvelle ville de l'Est russophone de l'Ukraine, nouveau défi au gouvernement pro-européen de Kiev, plus que jamais confronté au spectre d'un éclatement du pays.

Les hommes armés, en tenues de camouflage sans insignes, cagoulés et casqués, se sont d'abord emparés du commissariat de district de Slaviansk, localité d'une centaine de milliers d'habitants située à une soixantaine de km de Donetsk, la capitale régionale.

Dans l'après-midi, ils se sont emparés du bâtiment des services de sécurité (SBU) dans la même ville, selon la police.

Les assaillants ont reçu le soutien d'une bonne partie de la population, qui s'est massée devant les bâtiments, scandant "Russie! Russie!" et se montrant très agressifs avec les journalistes occidentaux présents, dont l'AFP.

Aucune présence policière n'était visible sur place, alors que le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov avait annoncé dans la matinée sur sa page Facebook l'envoi sur place de "forces spéciales".

Selon la police et la maire de Slaviansk, Nelly Chtepa, les assaillants viennent de Donetsk, où des séparatistes tiennent depuis près d'une semaine le siège de l'administration régionale et ont proclamé une "république souveraine".

Les séparatistes, qui tiennent aussi depuis six jours le siège du SBU dans une troisième ville de l'est, Lougansk, réclament le rattachement à la Russie, ou au minimum un référendum sur plus d'autonomie régionale.

"Ils demandent un référendum", a confirmé Mme Chtepa par téléphone au site russe lifenews.ru. "Nous sommes tous d'accord", a ajouté la maire, mettant en garde contre toute tentative d'intervention par la force. "Toute la ville fera bouclier pour défendre les gars qui ont pris le bâtiment".

Selon le ministère de l'intérieur, les assaillants se sont emparés de "20 fusils automatiques et plus de 400 pistolets Makarov" quils ont entrepris de distribuer à leurs partisans.

Sur la route entre Slaviansk et Dnetsk, des journalistes de l'AFP ont vu des manifestants rassemblés devant des bâtiments publics dans au moins une ville.

A Donetsk même, un assaut contre les locaux du parquet régional a été repoussé tôt samedi, selon le ministre Avakov.

Et dans l'après-midi quelque 500 pro-russes manifestaient devant le siège de la police, a constaté une journaliste de l'AFP. Ils ont affirmé ne pas avoir l'intention de prendre d'assaut le bâtiment mais vouloir des "négociations" avec les responsables policiers.

Ces nouveaux assauts interviennent au lendemain d'un déplacement dans l'est du Premier ministre du gouvernement intérimaire au pouvoir depuis le renversement fin février d'un régime pro-russe.

Arseni Iatseniouk s'était rendu à Donetsk pour essayer de trouver une issue au conflit. Il n'a pas eu de contacts directs avec les insurgés mais avec les principaux responsables administratifs et du monde des affaires locaux, dont Rinat Akhmetov, oligarque très influent et homme le plus riche du pays. M. Iatseniouk et ses interlocuteurs avaient publiquement convenu que la crise devait être réglée par des moyens pacifiques.

Le Premier ministre s'était engagé vendredi à proposer avant l'élection présidentielle anticipée du 25 mai des révisions constitutionnelles pour "équilibrer les pouvoirs entre le pouvoir central et les régions". Et il a promis de ne toucher "sous aucun prétexte" aux lois garantissant le statut des langues autres que l'ukrainien.

Mais les séparatistes, soutenus par la Russie, exigent une "fédéralisation" de la Constitution ukrainienne. Ce que refuse le pouvoir pro-occidental de Kiev, non reconnu par Moscou, qui y voit la porte ouverte à un éclatement du pays et refuse d'aller plus loin qu'une "décentralisation".

- Services secrets -

Les troubles dans l'Est ont fait craindre aux Occidentaux une intervention russe, Moscou ayant massé selon l'Otan jusqu'à 40.000 hommes à la frontière et le président russe Vladimir Poutine s'étant engagé à protéger "à tout prix" les populations russes de l'ex-URSS.

Washington et Kiev ont d'ailleurs accusé les services secrets russes d'être derrière ces soulèvements, ce que Moscou a démenti.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Dechtchitsa s'est entretenu samedi avec son homologue russe Sergueï Lavrov, auquel il a demandé de faire cesser les "provocations" dans l'Est.

La crainte majeure est la répétition du scénario qui s'est joué en mars en Crimée, péninsule ukrainienne rattachée à la Russie après un référendum non reconnu par Kiev et les Occidentaux.

M. Lavrov, a assuré vendredi qu'il n'en était rien et que Moscou n'avait aucune intention de rattacher à la Russie les régions russophones de l'est de l'Ukraine: "Nous ne pouvons avoir de telles intentions. Cela va à l'encontre des intérêts fondamentaux de la Russie".

L'annonce ces derniers jours de pourparlers sur la crise ukrainienne, la pire entre Est et Ouest depuis la fin de la guerre froide, avait fait naître l'espoir d'une accalmie.

Washington a confirmé vendredi que cette réunion quadripartite entre l'Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne se tiendrait le 17 avril à Genève.

so/mr

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