NOUVELLES

Un ex-employé de DJL s'est fait dire qu'il était mieux de ne pas trop en savoir

11/04/2014 10:52 EDT | Actualisé 11/06/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Nicolas Hains, un ingénieur qui a déjà travaillé chez Construction DJL, a raconté à la Commission Charbonneau, vendredi, qu'il s'était fait dire par son supérieur qu'il était mieux de ne pas trop en savoir.

Le jeune ingénieur qui était estimateur pour DJL, à l'époque, posait beaucoup de questions sur ce qui justifiait les prix et les soumissions de DJL, un constructeur de routes.

L'estimateur avait justement pour tâche d'évaluer le prix coûtant pour DJL d'un contrat donné, puis son supérieur lui dictait une marge de profit et de frais d'administration à y ajouter.

Il s'est remémoré une conversation avec son supérieur Jacques Colin. «Parfois, je sourcillais à la vue de la marge qu'il me demandait d'appliquer. Alors voyant mon insatisfaction, et voulant quand même me donner le plus d'explications possibles sans me compromettre, il me répondait à l'occasion 'si je ne te dis pas tout, c'est pour te protéger. Si un jour on te questionne sur le sujet, ce ne sera pas un mensonge de dire que tu ne le savais pas', parce qu'effectivement, comme je viens de le dire, je ne le savais pas», a résumé le témoin.

À une autre occasion, pour préparer une soumission de DJL, il avait choisi de ne pas se contenter du prix du sous-traitant Mivela Construction _ propriété de Nicolo Milioto, surnommé «monsieur Trottoir» devant la Commission Charbonneau _ et de demander un prix à un autre sous-traitant, Pavage CSF, afin de s'assurer que son employeur obtenait le meilleur prix possible d'un sous-traitant.

Peu après qu'il eut contacté le sous-traitant concurrent de Mivela, un employé de Mivela l'a rappelé parce qu'il avait été mis au courant que DJL avait sollicité son concurrent. Peu de temps après, M. Hains s'est fait dire par son propre employeur de ne plus demander de prix à d'autres sous-traitants que Construction Mivela.

D'ailleurs, dès son arrivée chez DJL, il s'était fait dire que tout le territoire de l'ancien Montréal _ avant les fusions municipales _ «était l'apanage exclusif» de Construction Mivela. Jeune ingénieur, il croyait que c'était parce que le constructeur de trottoirs Mivela accordait à son employeur «une escompte de volume».

Le témoin, qui a préparé entre 100 et 150 estimations pour DJL, a aussi confirmé qu'il avait compris que son employeur déposait des soumissions de complaisance _ des soumissions faites par un entrepreneur qui sait que c'est un autre entrepreneur qui va remporter l'appel d'offres.

M. Hains constatait que les prix que DJL déposait n'étaient pas concurrentiels, dans certains cas. Il a deviné ainsi que DJL ne tenait pas vraiment à remporter l'appel d'offres.

Après que M. Hains eut quitté Construction DJL pour la firme de génie CIMA+, DJL a voulu qu'il revienne. Son supérieur M. Colin lui a alors fait miroiter un poste de chef estimateur. «Il m'a dit que ce qu'il recherchait, c'était un bras droit, un homme de confiance. Et là, je le cite: 'inquiète-toi pas, la gammick, tu vas toute la savoir'», a rapporté M. Hains, qui citait M. Colin.

Quand la juge France Charbonneau lui a demandé s'il tenait vraiment à connaître la teneur de cette «gammick», le témoin a souri et hésité, avant de répondre qu'à l'époque, encore naïf, il n'avait pas compris que «gammick» signifiait collusion, mais croyait tout simplement que cela faisait référence à une «stratégie commerciale» de DJL.

Le témoin a également concédé qu'il a «malheureusement, oui» dû servir de prête-nom pour des dons à des partis politiques. Ces dons n'ont été versés qu'au palier municipal, aux partis Union Montréal et Vision Montréal, par chèques de 1000 $.

Il ne voulait pas vraiment donner, mais «on a insisté subtilement mais fermement», a-t-il rapporté. La première fois, c'était le représentant commercial de DJL, André Girard, qui lui a demandé de le faire. «Monsieur Girard m'avait dit que c'était un service à la démocratie», a rapporté M. Hains. Ensuite, c'était son supérieur M. Colin.

Construction DJL l'a remboursé en argent comptant pour ses dons, ce qui contrevient à la loi.

Le témoignage de M. Hains est terminé. La commission entendra un autre témoin, lundi, dont elle n'a pas encore révélé l'identité.

PLUS:pc