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Ukraine: le Premier ministre dans l'est, le ton monte encore entre Occidentaux et Russes

11/04/2014 06:34 EDT | Actualisé 11/06/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre Arseni Iatseniouk s'est rendu vendredi dans l'est de l'Ukraine pour tenter d'apaiser la révolte des séparatistes pro-russes, tandis que le ton montait encore entre Occidentaux et Russes.

Pour tenter de dénouer la crise Est-Ouest suscitée par les événements d'Ukraine, la pire depuis la fin de la guerre froide, une réunion quadripartite se tiendra le 17 avril à Genève entre l'Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne, a annoncé le département d'Etat américain.

Le secrétaire d'Etat John Kerry ira à Genève pour "poursuivre les efforts de désescalade de la situation en Ukraine et pour trouver une voie diplomatique", a indiqué le département d'Etat dans un communiqué.

Le principe d'une réunion à quatre en Europe avait été rendu public cette semaine. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov était convenu avec M. Kerry d'organiser ces "pourparlers directs".

L'Ukraine devrait être représentée à Genève par son ministre des Affaires étrangères Andrii Dechtchitsa, et l'Union européenne par Catherine Ashton.

M. Iatseniouk a effectué vendredi une visite de quelques heures à Donetsk, l'une des deux grandes villes de l'est russophone où plusieurs milliers d'activistes pro-russes se sont emparés de bâtiments publics.

Des troubles qui ont fait craindre aux Occidentaux une intervention russe, Moscou ayant massé selon l'Otan jusqu'à 40.000 hommes à la frontière et le président russe Vladimir Poutine s'étant engagé à protéger "à tout prix" les populations russes de l'ex-URSS.

Les activistes, pour certains armés, occupent depuis dimanche le bâtiment de l'administration régionale à Donetsk et celui des Services de sécurité (SBU) à Lougansk, villes situées à quelques dizaines de kilomètres de la frontière russe.

Arsen Avakov, ministre de l'Intérieur du gouvernement arrivé au pouvoir fin février après le renversement du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, avait menacé les séparatistes qui ne déposeraient pas les armes de recourir à la force.

Mais M. Iatseniouk s'est voulu apaisant. Affirmant qu'il n'y avait "pas de voie pour la force", il a offert des garanties aux séparatistes.

- 'Fédéralisation' contre 'décentralisation' -

Le Premier ministre s'est engagé à proposer avant l'élection présidentielle anticipée du 25 mai des révisions constitutionnelles pour "équilibrer les pouvoirs entre le pouvoir central et les régions". Et il a promis de ne toucher "sous aucun prétexte" aux lois garantissant le statut des langues autres que l'ukrainien.

Mais les séparatistes, soutenus par la Russie, exigent une "fédéralisation" de la Constitution ukrainienne. Ce que refuse le pouvoir pro-occidental de Kiev, non reconnu par Moscou, qui y voit la porte ouverte à un éclatement du pays et refuse d'aller plus loin qu'une "décentralisation".

M. Iatseniouk n'a eu aucun contact direct avec les insurgés. Mais Rinat Akhmetov, homme le plus riche du pays et qui exerce une grande influence dans la région, participait aux discussions et a déjà servi d'intermédiaire.

Alors que Kiev et Washington ont accusé les services spéciaux russes d'être derrière les troubles dans l'est de l'Ukraine, le ministre russe des Affaires étrangères a assuré vendredi que Moscou n'avait "ni agent ni militaire" dans la région.

Et M. Lavrov a durement répliqué aux accusations occidentales. "Actuellement, l'incitation à des sentiments antirusses sur fond de montée du racisme et de la xénophobie dans de nombreux pays de l'Union européenne, de l'augmentation du nombre de groupes ultra-nationalistes et de la complaisance envers le néonazisme, que ce soit en Ukraine ou ailleurs, menace de manière évidente la stabilité européenne", a-t-il déclaré.

- Respect des engagements -

Kiev et les Occidentaux craignent pour leur part de voir se développer dans l'est de l'Ukraine un scénario analogue à celui de la Crimée, péninsule ukrainienne rattachée à la Russie en mars après un référendum qu'ils n'ont pas reconnu.

Le Trésor américain a d'ailleurs annoncé vendredi des sanctions contre sept personnes déjà sanctionnées par l'UE - six responsables criméens et un ancien responsable ukrainien - et contre un groupe gazier criméen.

"La Crimée est un territoire occupé. Nous continuerons à imposer des coûts à ceux qui continuent à violer l'intégrité du territoire et la souveraineté de l'Ukraine", a déclaré le sous-secrétaire au Trésor David Cohen.

La question des livraisons de gaz russe est également très présente dans le débat Est-Ouest.

Jeudi, Vladimir Poutine avait mis les Européens en demeure d'apurer les milliards de dette gazière de l'Ukraine, sous peine de voir leur approvisionnement menacé comme pendant les "guerres du gaz" de 2006 et 2009.

Vendredi, l'UE a rappelé la Russie au "respect de ses engagements", soulignant que les achats gaziers européens "contribuaient pour à peu près 50% aux recettes du budget fédéral russe". M. Poutine a assuré que les engagements russes seraient tenus.

La Russie subit déjà le contrecoup économique de la crise, croissance en berne et fuites de capitaux massives. Et les répercussions pourraient s'étendre à l'économie mondiale, a averti le Fonds monétaire international (FMI).

Les pays développés et émergents du G20, réunis à Washington, ont indiqué "surveiller" de près la situation en Ukraine, "en étant attentifs à tous les risques pour la stabilité financière et économique".

bur-so/plh

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