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Pistorius accusé d'être un menteur qui arrange son témoignage

11/04/2014 06:41 EDT | Actualisé 11/06/2014 05:12 EDT

Le procureur Gerrie Nel s'est employé vendredi à pilonner les positions d'Oscar Pistorius, jugé pour le meurtre de son amie Reeva Steenkamp en 2013, l'accusant d'arranger son témoignage et de surjouer sa peur maladive de la criminalité.

Le champion paralympique sud-africain dit avoir abattu sa petite amie "par accident", la prenant pour un cambrioleur entré par effraction chez lui. Il a expliqué que ses proches et lui-même ayant été plusieurs fois victimes d'agressions et de vols divers, il avait emménagé dans un lotissement fortifié de la banlieue de Pretoria. Il était constamment sur ses gardes et portait en permanence une arme sur lui.

Pourtant, la nuit du meurtre, il n'a pas vérifié si l'échelle des ouvriers travaillant chez lui était bien rangée. Il n'a pas non plus vérifié le bon fonctionnement de son alarme.

Les travaux auraient pu gêner le fonctionnement de l'alarme, a expliqué l'intéressé: "Puisqu'il y avait des travaux dans ma maison, quelqu'un aurait pu enlever une balise d'alarme sur le mur."

"Si l'alarme était enclenchée, aucun intrus n'aurait pu entrer dans la maison", a relevé le procureur.

Ce qu'a admis Pistorius. "Sur le moment, je n'y ai pas réfléchi..."

"Vous étiez assez en sécurité pour garer vos voitures dehors", a raillé Gerrie Nel, s'étonnant qu'il n'ait pas fait réparer la fenêtre de sa salle de bains. Aucune fenêtre n'était d'ailleurs sécurisée.

"J'ai désactivé l'alarme après le drame", a dit Oscar Pistorius, avant de se rattraper: "J'ai sûrement désactivé. Je me suis trompé, j'aurais dû répondre à la question en disant +sûrement désactivé+, je suis fatigué."

L'accusé ayant assuré qu'il pouvait quand même témoigner malgré sa fatigue, Gerrie Nel n'a pas laissé passer l'occasion. "Si ce n'est pas parce que vous être fatigué, alors quoi? Je crois que vous essayez de maquiller des mensonges."

- Trous de mémoire sélectifs

A plusieurs reprises vendredi, Gerrie Nel a accusé Pistorius de réécrire l'histoire.

"Je ne suis pas convaincu", "vous vous couvrez", "c'est le problème quand on arrange son témoignage", "vous arrangez votre témoignage parce qu'on vous contredit"...

Très agacé par les trous de mémoire de l'athlète qu'il juge sélectifs, le procureur a haussé le ton à plusieurs reprises. "Vous ne pouvez pas dire à la Cour (...) que vous ne vous souvenez-pas!", a-t-il lancé. "C'est tellement improbable que vous ne vous souveniez pas qui vous avez appelé" après avoir eu le sentiment d'avoir été attaqué un jour par une voiture sur l'autoroute, a-t-il soupiré, puisqu'on ne peut pas vérifier.

Revenant sur les accusations de Pistorius, qui dit que les policiers ont déplacé des objets dans sa chambre avant de prendre des photos, le 14 février 2013 après le meurtre de Reeva Steenkamp, le procureur a récapitulé: les enquêteurs auraient donc tiré les rideaux, bougé les ventilateurs, allumé la lumière, mis la couette par terre et jeté le jeans de la jeune femme sur la couette... "Pourquoi la police aurait-elle fait ça? Vous mentez!"

Il a finalement été rappelé à l'ordre par la juge Thokozile Masipa: "M. Nel, surveillez votre langage. Ne dites pas qu'un témoin est un menteur quand il est à la barre."

M. Nel avait jugé jeudi "impossible" la version des faits de l'athlète.

"Votre version est tellement improbable que personne ne va jamais croire qu'elle est raisonnablement vraie. C'est vraiment impossible! (...) Votre version est un mensonge", avait lancé le procureur, qui croit que le couple s'était violemment disputé et que Pistorius a sciemment abattu Reeva Steenkamp.

"Je vous interroge à partir d'une version qui n'est pas vraie", a-t-il répété vendredi.

"Vous ne pouvez pas être vulnérable et aller au danger", a-t-il ajouté, alors que le double amputé dit être allé dans le noir à la rencontre du supposé intrus.

Le procureur, qui passe les arguments d'Oscar Pistorius à la moulinette depuis mercredi, a fait de lui un portrait peu flatteur, celui d'un jeune homme égoïste qui humiliait fréquemment son amie Reeva, leur relation étant visiblement à sens unique.

"Elle priait pour moi", a encore dit l'athlète vendredi, ce que n'a pas manqué d'exploiter le procureur.

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