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Angleterre - 25 ans après, Hillsborough hante encore le foot anglais

11/04/2014 06:47 EDT | Actualisé 11/06/2014 05:12 EDT

Le 15 avril 1989 avait tout pour n'être qu'une belle journée du foot, faite de passion et d'excitation. Il restera pourtant comme le jour le plus noir du sport britannique.

Le stade Hillsborough, où évoluait le club de Sheffield Wednesday, aujourd'hui devenu synonyme de tragédie, est ce jour-là réquisitionné pour la demi-finale de FA Cup entre Liverpool et Nottingham Forest. Le match fut interrompu après six minutes... Au total, 96 personnes sont décédées, écrasées sur les grilles entourant la pelouse, à la suite d'un mouvement de foule.

Les supporters de Liverpool, très nombreux, investissent la petite tribune Leppings Lane, à l'ouest. Leurs adversaires sont en face, dans la Spion Kop, plus grande. Mais très vite, les Reds s'avèrent trop nombreux pour la place qui leur est allouée.

Les supporters se pressent devant les tourniquets, le coup d'envoi approchant. Devant les risques de bousculade, la sécurité fait ouvrir la porte C pour alléger la pression à l'entrée.

Funeste décision. Les fans se ruent sur une tribune déjà surpeuplée. Des dizaines de personnes sont prises entre la pression de la foule et les grilles de la tribune. "A quelques mètres de moi, des gens étaient morts, écrasés debout", se souvient un survivant, Adrian Tempany. "Des milliers de gens hurlaient en demandant de l'aide, criant +y a des morts ici+".

A 15h00, comme si de rien n'était, le coup d'envoi est donné dans cette ville industrielle du Yorkshire, dans le nord-est de l'Angleterre. "Au bout de 4 minutes, j'ai tiré sur la barre transversale, se souvient Peter Beardsley, l'attaquant des Reds. Evidemment, sur le coup j'étais déçu. Mais avec le recul, heureusement que je n'ai pas marqué. Parce que ceux qui étaient encore à l'extérieur ont entendu la foule gronder et ont poussé plus fort encore pour entrer dans la tribune".

-Le retour des places debout ?-

A la 6e minute, le match est arrêté. La pelouse est envahie de spectateurs exsangues, qui aident leurs voisins blessés à s'allonger en attendant les premiers secours. Les panneaux publicitaires sont transformés en brancards de fortune. Une seule ambulance entrera sur le terrain. Comme un symbole des fautes commises ce jour-là.

Dans la foulée d'un rapport officiel en septembre 2012 qui conclut enfin à des dissimulations de la police, une nouvelle enquête a été ordonnée en mars 2014 pour mettre en lumière les fautes graves présumées des forces de l'ordre. Une bribe d'espoir pour les familles des victimes qui, aujourd'hui encore, voudraient comprendre.

Vingt-cinq ans plus tard, le foot anglais a beaucoup changé. Les grillages imposés par le hooliganisme des années 70 et 80 ont été abolis. Les stades anglais ont été rénovés, sécurisés, équipés de sièges. Le diffuseur Sky a acquis en 1992 les droits de retransmission de la Premier League, devenu le championnat le plus populaire de la planète.

"Si vous regardez l'organisation du football en Angleterre et en Ecosse, tout est venu du désastre de Sheffield", estime le président de la Fédération internationale de football (FIFA) Sepp Blatter. Le championnat est le plus regardé dans le monde, avec un total de droits télévisuels de 5,5 milliards de livres (6,7 milliards EUR).

Mais certains fans ne sont pas satisfaits, regrettant une atmosphère plus terne, moins passionnée. Le résultat d'une double politique: répression du hooliganisme --déjà entamée après la funeste finale de Coupe d'Europe Juventus-Liverpool en 1985 au stade du Heysel à Bruxelles-, accroissement du prix des places, et aménagement des stades. Aujourd'hui la Fédération des supporters de football (FSF) réclame ainsi des sections entières de stades où les supporters pourraient rester debout.

Une solution qui impliquerait la mise en place de rails sécurisés qui permettent aux supporters de s'adosser derrière et de se tenir devant. Le modèle est notamment utilisé en Allemagne, y compris dans le Westfalenstadion du Borussia Dortmund, qui peut accueillir 80.000 personnes.

Le club de Bristol (3e division) en a installé cette année en guise de test et plusieurs clubs de Premier League se sont montrés intéressés.

Mais le 25e anniversaire de la tragédie a réveillé l'opposition des familles. "Je ne comprends pas pourquoi les gens veulent revenir en arrière", regrette Margaret Aspinall, qui dirige le Groupe de soutien aux familles d'Hillsborough et a perdu son fils James, âgé de 18 ans, dans le stade. "On ne peut pas être debout dans un stade en sécurité".

Le patron du championnat anglais Richard Scudamore a même relevé en février que l'idée ne faisait pas l'unanimité au sein des clubs. "Quand bien même (les rails) seraient jugés souhaitables, à l'approche du 25e anniversaire d'Hillsborough et vu ce qu'en pensent les familles, serait-ce vraiment approprié ?", s'est-il interrogé dans le Daily Telegraph.

Dans l'ombre du drame, les ultras devront encore rester assis.

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