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Angela Merkel à Athènes en grand témoin de la "renaissance" grecque sur les marchés

11/04/2014 10:33 EDT | Actualisé 11/06/2014 05:12 EDT

La chancelière allemande Angela Merkel est arrivée vendredi à Athènes en point d'orgue d'une semaine faste pour le gouvernement grec qui a réussi jeudi son retour sur les marchés après quatre ans de quarantaine financière et de mesures drastiques.

Ce retour de la Grèce, qui devrait renouer avec la croissance cette année, était à ce prix, pourrait bien soutenir la responsable de la première économie européenne. Angela Merkel était partisane depuis le début de la crise grecque d'une rigueur sans concession.

Ses premiers propos ont été tenus à de jeunes entrepreneurs grecs, auxquels elle a affirmé "croire fermement" à la possibilité pour la Grèce de sortir de la crise "après une phase très, très dure".

Elle a évoqué les "innombrables possibilités du pays", "qui n'ont pas toutes été perçues et sur lesquelles on peut construire, après un chemin difficile".

La chancelière devait aborder un peu plus tard la phase plus solennelle de ce bref déplacement, avec une conférence de presse en compagnie du premier ministre grec Antonis Samaras, prévue vers 15h00 GMT.

Cette visite arrive au lendemain de la première émission obligataire grecque depuis 2010: la vente, sursouscrite au moins huit fois, a permis de distribuer 3 milliards d'euros d'obligations à cinq ans à un bon taux de 4,95%.

Une réussite inespérée pour un pays encore classé comme valeur spéculative par les agences de notation.

Pour la fragile coalition du conservateur Antonis Samaras avec les socialistes, "cela pourrait suffire à survivre aux prochaines élections (nationales et européennes, en mai ndlr). Pour la chancelière et l'opinion publique sceptique des pays endettés, c'est une bonne opération de relation publique", constatait jeudi le quotidien allemand Münchner Merkur.

Le déplacement de Mme Merkel constitue "le deuxième vote de confiance" pour la Grèce après celui des marchés, analysait le quotidien grec Ethnos.

- "J'espère qu'on ne vous en voudra pas" -

Après avoir été tendues, les relations entre les deux pays se sont améliorées au niveau gouvernemental, et Mme Merkel, louant les sacrifices des Grecs, avait encouragé M. Samaras à poursuivre ses réformes lors de la visite de celui-ci à Berlin, en novembre.

Mais la chancelière reste très impopulaire en Grèce. Elle en a souri vendredi, lançant aux jeunes patrons : "J'espère que, quand vous rentrerez chez vous ce soir, on ne vous en voudra pas de m'avoir rencontrée". En octobre 2012, sa dernière visite avait été marquée par le défilé de dizaines de milliers de manifestants anti-austérité.

Cette fois, après un attentat à la voiture piégée jeudi matin près de la Banque de Grèce en plein coeur d'Athènes, le centre-ville était vendredi sous haute sécurité et interdit aux manifestations, une routine désormais à chaque visite d'un haut responsable européen.

La gauche radicale du Syriza, principal parti d'opposition, au coude à coude dans les sondages avec le parti d'Antonis Samaras, a néanmoins appelé, avec plusieurs syndicats, à un rassemblement pour dénoncer une visite "en soutien au gouvernement grec et à sa politique destructrice avant les élections".

Le retour sur les marchés "ne s'appuie pas sur une amélioration des données économiques (...) mais doit permettre à Mme Merkel de soutenir dans son pays que l'austérité a réussi à la Grèce", critiquait le quotidien de gauche Eleftherotypia.

L'Allemagne reste associée au cauchemar économique et social traversé par les Grecs, à cause des mesures très difficiles exigées par l'UE et le FMI en échange des 240 milliards d'euros de prêts accordés au pays depuis 2010 pour éviter sa ruine : chômage à 26,7%, le plus haut d'Europe, chute des revenus de la population d'un tiers entre 2007 et 2012, et près du quart des ménages menacés par la pauvreté.

Le pays espère sortir des plans d'aide en 2016 et renouer cette année avec la croissance malgré une dette qui atteignait 177% du PIB fin 2013.

Cette situation fragile pourrait nécessiter une restructuration de la dette ou un troisième plan, questions sur lesquelles l'Allemagne aura un avis prépondérant.

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