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Venezuela : le dialogue sur le point de se concrétiser après deux mois de protestations

10/04/2014 10:18 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

Souvent annoncé mais jamais entamé, le dialogue tant attendu entre gouvernement et opposition au Venezuela était sur le point de se concrétiser jeudi, le président Nicolas Maduro assouplissant sa position sous la pression notamment de ses alliés sud-américains.

Mal élu en avril 2013 dans la foulée du décès de son mentor, le charismatique Hugo Chavez, Nicolas Maduro fait face depuis début février à des manifestations parfois violentes lancées par des étudiants et relayées par l'opposition protestant contre la très mauvaise situation économique du pays pétrolier ainsi que l'insécurité et la répression policière.

Les violences en marge des mobilisations ont fait officiellement 39 morts, la majorité par armes à feu, plus de 600 blessés et quasiment une centaine d'enquêtes ont été ouvertes contre des membres des forces de l'ordre soupçonnés d'atteintes au droit de l'homme.

Après plusieurs tentatives infructueuses, opposition et gouvernement ont finalement accepté de se rencontrer grâce aux efforts de l'Union des nations sud-américaines (Unasur), organisme régional regroupant 12 pays latino-américains né en 2008, comprenant plusieurs alliés très proches du Venezuela chaviste, comme l'Equateur ou la Bolivie.

"Un des facteurs qui a incité (le gouvernement) à entamer un dialogue à tout prix" est "probablement la pression internationale" due à "la mauvaise image croissante (des autorités) générée par la répression des manifestations", estime le politologue John Magdaleno.

Promis depuis des semaines par les autorités, ce "dialogue" n'avait jamais pris forme, l'opposition refusant notamment de participer à "une farce" et "un monologue". De son côté, Nicolas Maduro n'a cessé d'invectiver ses opposants, qualifiés de "fascistes" et de "putschistes".

- Le secrétaire d'Etat du Vatican comme facilitateur -

Les positions se sont débloquées pour la première fois mardi, lorsque le chef de la diplomatie équatorienne Ricardo Patiño qui a annoncé la tenue d'une "réunion préparatoire" le jour même entre des membres du gouvernement, dont le président Maduro, et une délégation de la coalition d'opposition de la Table de l'unité démocratique (MUD).

Bien que la légitimité de l'Unasur a été mise en question par des membres de l'opposition radicale vénézuélienne, qui lui reproche une trop grande proximité avec Caracas, le chef de la diplomatie chilienne Heraldo Muñoz a estimé la semaine dernière que "ce sont les amis extérieurs qui peuvent contribuer" à apaiser la situation dans "un pays frère" soumis à une polarisation politique exacerbée entre partisans et opposants du "chavisme".

Mercredi soir, le ministre brésilien des Affaires étrangères Luiz Alberto Figueiredo s'est d'ailleurs félicité que "l'action discrète" de son pays auprès de Caracas eut "porté ses fruits".

A l'issue de la réunion de mardi, les deux parties sont enfin tombées d'accord pour désigner comme observateurs trois ministres des Affaires étrangères (Brésil, Colombie et Equateur) de l'Unasur ainsi que le secrétaire d'Etat du Vatican, Pietro Parolin.

Dans la foulée, Nicolas Maduro a affirmé que ce "dialogue de paix" commencerait "jeudi" au palais présidentiel de Miraflores, mais prévenu qu'il n'y aurait aucune "négociation" autour du modèle socialiste vénézuélien.

L'opposant numéro un du pays Henrique Capriles, gouverneur de l'Etat de Miranda (nord) et deux fois candidat à la présidentielle sous l'étiquette de la MUD a annoncé pour sa part qu'il participerait aux discussions pour "défendre la vérité, parce que la vérité ne peut ni faire peur ni offenser".

- Issue incertaine -

Si le président a mis de l'eau dans son vin en accédant à des exigences de la partie adverse (désignation d'un observateur neutre, publicité des débats, etc.), l'opposition, qui refusait il y a encore quelques jours d'y participer, a elle-même assoupli ses positions.

Elle ne pose plus par exemple comme préalable aux discussions la libération des personnes arrêtées durant ces deux mois de protestations, dont trois opposants politiques - deux maires et le dirigeant radical du parti Volonté Populaire (droite), Leopoldo Lopez -, accusés notamment d'attiser les violences.

Rencontre sans précédent sous le mandat de Nicolas Maduro, qui bouclera sa première année le 19 avril, l'issue de ce "dialogue" laisse toutefois "sceptique" l'analyste John Magdaleno, pour qui tout dépendra de l'agenda des discussions, sur lequel les parties peinent encore à s'accorder.

Par ailleurs, plusieurs secteurs de l'opposition - principalement radicaux - rejettent ce dialogue.

"Nous ne croyons pas en un +dialogue+ où le régime fait un show politique en se servant des ministres de l'Unasur comme interlocuteurs", a prévenu mardi dans un communiqué Volonté Populaire.

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