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Ukraine: Poutine pour le chaos dans l'est mais pas d'intervention militaire (analystes)

10/04/2014 09:22 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

Vladimir Poutine cherche à entretenir le chaos dans les régions russophones de l'est de l'Ukraine pour discréditer les autorités pro-européennes de Kiev et asseoir son influence, estiment des analystes qui ne croient pas au risque d'une invasion militaire.

Le brusque regain de tension ces derniers jours à Lougansk, Donetsk et Kharkiv, trois villes où pro-russes et loyalistes ukrainiens se font face, sous la menace de milliers de soldats russes massés à la frontière toute proche, font craindre le scénario appliqué en Crimée. Cette péninsule ukrainienne de la mer Noire a été rattachée à la Russie en mars après l'intervention d'hommes en armes sans signes d'appartenance et l'organisation d'un référendum non reconnu par Kiev et l'Occident, qui dénoncent une "annexion".

Mais selon les experts interrogés, ce scénario ne devrait pas se répéter dans les régions russophones de l'est de l'Ukraine en raison des risques de nouvelles sanctions brandies par les Etats-Unis et l'Union européenne contre Moscou, et du manque de soutien parmi la population.

"Intervenir militairement serait totalement absurde. Nos autorités ont déjà compris que le risque était trop élevé, que de sérieuses sanctions économiques étaient possibles", a déclaré à l'AFP l'analyste russe Alexeï Malachenko, du Centre Carnegie.

Les Etats-Unis et l'UE avaient réagi à la prise de contrôle de la Crimée par Moscou en adoptant des sanctions à l'encontre de responsables Russes ou Ukrainiens pro-russes. Le président américain, Barack Obama, a ensuite évoqué l'idée de s'en prendre à des "secteurs clés" de l'économie russe, déjà en perte de vitesse, en cas d'escalade.

- Les risques sont plus élevés -

De plus, souligne l'expert Konstantin Kalatchev, "il n'y a pas de consensus" à l'égard de la Russie dans les régions industrielles russophones de l'est de l'Ukraine.

Seulement "30% des habitants, selon les sondages, voudraient se séparer" de l'Ukraine pour rejoindre la Russie, ce qui est loin de "l'unanimité" constatée en Crimée, observe M. Kalatchev.

Contrairement à la péninsule de Crimée, renchérit le quotidien Vedomosti dans un éditorial, ces régions ne sont pas isolées géographiquement, et ne comportent pas de base militaire russe.

"Si l'on rationalise la politique du Kremlin à l'égard de l'Ukraine, toute intervention militaire dans le sud-est de l'Ukraine paraît inutile et sans intérêt. La situation sociale et le niveau de soutien n'ont rien à voir avec ce qui a été constaté en Crimée, les risques sont beaucoup plus élevés à tous points de vue", notamment financiers, estime le quotidien des affaires.

La politique actuelle du Kremlin consiste donc à "soutenir et contrôler l'instabilité dans l'est de l'Ukraine, afin de mettre en doute la légitimité de l'élection présidentielle et d'essayer d'influer sur les réformes constitutionnelles" dans l'ex-république soviétique, explique Vedomosti.

Car les favoris de ce scrutin prévu le 25 mai -- fixé après la destitution fin février du président pro-russe Viktor Ianoukovitch qui avait tourné le dos à l'Europe au profit de Moscou -- sont des pro-européens décidés à arrimer à l'Ouest ce pays de 46 millions d'habitants frontalier de l'Union européenne.

Les Etats-Unis ont accusé mardi la Russie de semer "le chaos" en Ukraine, Kiev qualifiant de son côté les séparatistes pro-russes occupant des bâtiments administratifs à Donestk, Kharkiv et Lougansk de "terroristes et criminels".

Réfutant ces accusations, le président russe Vladimir Poutine a mis en garde Kiev mercredi contre toute action "irréparable", après les menaces du gouvernement pro-européen à Kiev -- que Moscou ne reconnaît pas -- d'intervenir contre les séparatistes retranchés dans deux villes de l'Est.

Pour M. Kalatchev, l'objectif minimum de la Russie, c'est d'arriver à ce que l'Ukraine devienne une fédération, idée lancée fin mars par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui permettrait pour Moscou de protéger les droits de la population russophone.

Une telle structure avec davantage d'autonomie aux régions ukrainiennes permettrait de faire en sorte que "tout ce qui ne convient pas à la Russie, par exemple l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan, puisse être torpillé par référendum avec l'aide des régions de l'est" russophone, estime M. Kalatchev.

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