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Ukraine: en "première ligne", la Roumanie prône la fermeté et un renforcement de l'Otan à l'Est

10/04/2014 09:19 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

"Très inquiète" de la crise chez son voisin ukrainien, la Roumanie a pressé jeudi l'Otan de renforcer ses capacités à l'Est et appelé Moscou à éviter une escalade qui destabiliserait toute la région.

"La Roumanie, en tant que frontière orientale de l'Union européenne et de l'Otan, est en première ligne et nous sommes extrêmement inquiets des évolutions en Ukraine qui ont des implications sérieuses sur la sécurité internationale", a déclaré le chef de la diplomatie roumaine, Titus Corlatean, dans un entretien à l'AFP.

Des séparatistes pro-russes occupent depuis dimanche des bâtiments administratifs dans l'est de l'Ukraine et les Etats-Unis ont accusé Moscou de "vouloir créer le chaos" afin de justifier ensuite une intervention militaire comme en Crimée.

"La Roumanie a des attentes très claires et très fermes pour que la Russie s'engage de manière profonde dans un processus de dialogue et évite l'escalade", a insisté M. Corlatean.

Ancien pays du bloc communiste entré dans l'Otan il y a dix ans et dans l'Union européenne en 2007, la Roumanie craint une "contagion" des événements en Crimée dans toute la région de la Mer Noire, qui pourrait voir la Russie se rapprocher de ses frontières.

"La Roumanie a des attentes concrètes sur un redéploiement et un déplacement vers l'est de la capacité militaire de l'Otan(...) aussi bien dans les domaines maritime, aérien et terrestre", a-t-il ajouté.

Un redéploiement d'autant plus nécessaire que la Roumanie accueillera à partir de 2015 des éléments du bouclier antimissile de l'Alliance atlantique, un dispositif qui suscite la colère de Moscou.

Le ministre n'a pas voulu dévoiler quels redéploiements concrets sont actuellement en discussion mais il s'est réjoui entre autres de la venue de six F-16 américains qui effectuent des exercices avec l'armée roumaine.

"Nous avons trouvé un écho favorable auprès de l'UE et de l'Otan pour que notre position soit très ferme afin de stopper tout risque de contagion vers Odessa (sud de l'Ukraine) et plus loin vers la Transdniestrie", a-t-il ajouté.

Petite bande de terre de 550.000 habitants, la Transdniestrie a fait sécession en 1990, alors que l'URSS chancelait, pour échapper à ce qui était perçu comme un risque de "roumanisation" de la Moldavie, pays voisin de la Roumanie.

La Moldavie avait essayé de récupérer la Transdniestrie mais sans succès. Une courte guerre achevée en 1992 avait fait des centaines de morts.

Fin mars, le président moldave avait dit craindre un scénario identique à la Crimée en Transdniestrie où sont stationnés des soldats russes.

"Nous espérons que le dialogue politique va prévaloir", a indiqué M. Corlatean en estimant que la Russie pourra donner une preuve concrète de sa bonne volonté en participant à une nouvelle ronde de négociations prévues en avril sur le conflit en Transdniestrie.

"Il est très important que ces discussions aient lieu, même avec du retard, cela démontrera l'existence ou pas d'une plus grande ouverture de Moscou", dit-il.

Regrettant que le discours public mette principalement l'accent sur la dépendance de l'Europe face au gaz russe, M. Corlatean a rappelé que "la réalité est plus complexe car la Russie est elle aussi dépendante du marché européen" pour écouler sa production de gaz.

"Se tourner vers d'autres marchés n'est pas simple, c'est un processus complexe, qui implique des coûts et la Russie a un intérêt à être attentive aux attentes et exigences de l'UE", a-t-il ajouté.

Contrairement à d'autres pays de l'UE, la Roumanie est peu dépendante --entre 10 à 20% selon les années-- du gaz russe pour ses besoins en énergie.

S'il comprend la prudence de certains Etats plus dépendants de Moscou pour leur approvisionnement en gaz, M. Corlatean a souligné que "les grands principes et les valeurs fondamentales du droit international ne peuvent pas se négocier (...) pour des motifs économiques".

"Il n'y a pas d'intérêt à une confrontation entre les Russes et les Européens" mais si la Russie choisit l'escalade, "l'option des sanctions économiques de la part de l'UE reste valable", a-t-il mis en garde.

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