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Salon du design à Milan: moins de luxe et du vintage qui s'inspire des années 80

10/04/2014 06:13 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

Pour l'architecte et designer Marco Romanelli, chargé par les organisateurs du Salon du design de Milan (nord) de décrypter les tendances du moment, le thème du luxe "a été moins mis en avant cette année", crise oblige, tandis qu'arrivent les premières pièces "vintage datant des années 80".

Question: quelles sont les tendances qui se dégagent dans le secteur du design en 2014 ?

Réponse: "On peut dire que ces dernières années, le mot +tendance+ est plutôt à mettre au pluriel. Nous ne sommes plus dans une période de mono-tendance mais plutôt dans celle où une somme de stimuli proviennent de situations, de pays et de designers différents. Il existe cependant une différence notable avec l'an passé: le thème du luxe, qui avait dominé la scène de façon très importante, a changé de dimension et a été moins mis en avant cette année. Et je crois que l'on peut y voir là un juste signe des temps, de la crise économique. Du coup, les sociétés présentes au salon ont préféré renoncer à une exposition excessive et revenir à un dessin plus sévère, plus contrôlé. C'est une situation assez particulière car nous étions habitués à ces excès, à ces quantités de matières, de fourrures, de décorations. Et se retrouver avec des objets qui penchent vers le minimalisme est assez nouveau".

Q: Est-ce que le vintage est toujours à la mode ?

R: "Nous avons une forte présence encore cette année de l'inspiration vintage en deux déclinaisons différentes. D'une part, on voit les vraies rééditions, grâce à un gros travail fait à partir des archives des sociétés et des grands maîtres du design. Ceci amène à la production de pièces éditées exactement comme l'étaient les originales. Je pense par à +l'Albero+ (une bibliothèque) dessiné en 1959 par Gianfranco Frattini, que PoltronaFrau a repris à son compte, ou à la chaise +Lierna+ de Achille et Pier Giacomo Castiglioni, rééditée par Meritalia. La seconde tendance vintage est la citation, avec des designers qui dessinent aujourd'hui des meubles en s'inspirant des années 50 et 60. Ce qu'il y a de curieux c'est que désormais, on arrive même aux années 80. On commence à voir les premières rééditions du design des années 80, des plus riches aux plus dures. Je pense notamment à une certaine brutalité allemande, à l'utilisation du ciment, du verre, etc".

Q: Quel est l'apport des nouvelles technologies au design contemporain ?

R: "Là aussi, la technologie, qui était très présente ces derniers années, est moins exhibée. La recherche est désormais diffusée partout. Alors qu'avant, on utilisait la technologie comme un porte-drapeau, jusqu'à en oublier le design, à présent, elle existe, c'est un fait. On assiste donc à un retour du soin apporté au dessin".

Q: Dans cette économie de plus en plus mondialisée, quels sont les atouts du design +made in Italy+ ?

R: "Auparavant, l'une des grandes chances du design italien était ce rapport très fort entre designers et entrepreneurs. Mais à présent, avec les acquisitions récentes, les entreprises italiennes ne sont plus toutes aux mains de groupes familiaux. Ce qui est resté, c'est ce rapport entre designers et territoires, artisanat local, et PME. Entre Turin et Venise, nous avons la possibilité d'exécuter au mieux n'importe quel projet. Et c'est là la différence fondamentale entre l'Italie et le reste du monde".

Q: On dit parfois que l'Italie pèche par manque de sens du marketing, qu'en pensez-vous ?

R: "Je crois que le design italien a été capable de communiquer tout seul, et d'une certaine manière de se vendre aussi tout seul. On a créé un phénomène qui s'auto-alimente, et ce malgré les défauts et les limites qui nous sont propres !".

Propos recueillis par Sonia Logre-Grezzi et Laure Brumont.

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