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«Malabourg» de Perrine Leblanc: l'enivrant parfum d'un grand roman (ENTREVUE)

10/04/2014 05:56 EDT | Actualisé 10/04/2014 05:57 EDT
Courtoisie

La plume est assurée et sensuelle. Le style allie la grâce des grands classiques à la langue affutée des contemporains. L’histoire est celle de Malabourg, un village fictif de la Gaspésie où disparaissent trois jeunes filles, alors qu’une histoire d’amour peu banale se profile à l’horizon. Le roman est le deuxième de Perrine Leblanc et figure déjà dans la liste des grands crus de la présente saison.

Récipiendaire du Grand Prix du livre de Montréal, du prix du Gouverneur général et d’une place dans la prestigieuse collection Blanche de la maison Gallimard avec son premier roman L’Homme Blanc, publié en 2010, l’écrivaine québécoise a délaissé les terres arides de l’URSS pour rejoindre la Baie-des-Chaleurs.

«J’ai toujours eu besoin de m’éloigner de mon quotidien pour écrire, souligne la jeune Montréalaise dans une entrevue accordée au lendemain de son 34e anniversaire. Comme j’ai plusieurs souvenirs d’enfance en Gaspésie, où ma mère est née, ça me permettait de camper mon histoire dans un lieu dépaysant, mais qui m’était familier. La région m’offrait les montagnes, une partie de la route nationale, la mer, les villages isolés et les communautés amérindiennes. Tout était là.»

Semblable à une poupée gigogne de récits, où l’on suit le destin des trois victimes, d’Alexis l’amoureux des fleurs, de Mina la dent-de-lion, de Cécile la grand-mère un peu sorcière et des villageois secoués par une succession de drames, Malabourg s’amuse avec les genres littéraires. «C’est un mélange de polar, de roman familial et d’histoire d’amour. Je ne voulais pas qu’on puisse le classer. Dans ma tête, je me disais fuck les genres et fuck les codes.»

De l’onirisme aux concerts de casseroles

L’écrivaine a également pris un malin plaisir à jouer avec les temps verbaux, eux qui participent à la migration des personnages d’un univers teinté d’onirisme à un monde ancré dans le réel. «Les deux premières parties de l’histoire sont écrites au passé simple et montrent une violence qui rappelle celle des contes, avec des ogres et des loups. Dans la troisième section, la narration à l’indicatif présent permet à la relation amoureuse entre Mina et Alexis de se réaliser pleinement. On navigue dans le réel, de Montréal à New York, avec plusieurs événements de l’actualité, dont la crise étudiante de 2012.»

Si l’univers profondément masculin et lointain de l’Homme Blanc lui a donné la distance pour trouver sa voix littéraire, celui de Malabourg l’a encouragée à lâcher la bride de son imagination. «En écrivant mon premier roman, j’avais une certaine pudeur à traiter d’un sujet que je connaissais peu et je ne savais pas si j’étais sur la bonne voie, en tant qu’auteure.»

«Pendant la création du deuxième, peut-être que mon lecteur idéal avait un corps. J’étais amoureuse et mon quotidien était peuplé de manifestations étudiantes et d’espoirs. J’avais l’impression que le Québec se transformait et qu’il était moins tranquille que d’habitude. Tout ça a travaillé la phrase, en lui donnant un souffle et un élan.»

À travers les pages de son nouveau roman, plusieurs lecteurs se rappelleront des plaisirs ressentis en lisant Le Parfum, de Patrick Süskind, tant les odeurs sont omniprésentes, dans toutes leurs nuances et leurs fulgurances.

Dotée d’un odorat extrêmement développé, aussi facilement incommodé par les fragrances nauséabondes que charmé par les effluves bien dosés, Perrine Leblanc a développé ses connaissances olfactives en suivant une formation d’un après-midi chez l’Artisan parfumeur à Paris, en plus de lire abondamment sur le sujet et de faire elle-même plusieurs essais et erreurs.

Les attentes du deuxième roman

Victime d’un silence médiatique de deux mois lors de sa sortie, L’Homme Blanc a obtenu toute l’attention qu’il méritait grâce aux récompenses, à sa présence au Combat des livres et à l’annonce de la publication chez Gallimard. Quelques années plus tard, Malabourg est loin de passer sous le radar. Sorti à la fin mars, le roman fait partie des dix finalistes au Prix Françoise Sagan, en plus de figurer parmi les 30 livres sélectionnés pour le Prix Orange.

Occupée à faire la promotion de son roman sur les deux continents, Perrine Leblanc s’attaquera sous peu à la suite de l’adaptation cinématographique de L’Homme Blanc, sous la houlette de la productrice Stéphanie Morissette, qui a collaboré avec les réalisateurs Robert Morin, Denis Côté et Raphaël Ouellet.

«Pour l’instant, j’ai rédigé le scène à scène, qui est une sorte de résumé avant l’étape du scénario. J’adore ça. Puisque le langage du cinéma est très différent, on doit se concentrer sur l’action et tout montrer à l’écran. C’est un exercice d’écriture extraordinaire pour un romancier.»

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