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L'ONU dépêchera 12 000 Casques bleus en Centrafrique

10/04/2014 06:29 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

Le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé jeudi à l'unanimité la création d'une force de maintien de la paix en Centrafrique, la Minusca, pour tenter de mettre fin à la spirale de violences entre chrétiens et musulmans.

La résolution 2149 prévoit le déploiement d'une force qui « comprendra initialement un effectif militaire de 10 000 hommes, dont 240 observateurs militaires et 200 officiers d'état-major, un effectif de police de 1800 hommes et 20 agents pénitentiaires ».

Adoptée à l'unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité, elle autorise aussi les 2000 soldats français de l'opération Sangaris à appuyer les Casques bleus.

La Minusca remplacera à compter du 15 septembre les 5600 soldats de la Misca, la force de l'Union africaine, déployée en Centrafrique depuis décembre. Le Conseil de sécurité de l'ONU a émis le souhait que « le plus possible de soldats et de policiers de la Misca » intègrent la Minusca.

Les Casques bleus vont devoir tenter de mettre fin au cycle de violences et de représailles qui, selon de hauts responsables des Nations unies, a poussé le pays au bord d'un génocide.

Dans un communiqué diffusé par l'Élysée, François Hollande, qui a ordonné l'envoi des soldats français de Sangaris, salue une décision qui, écrit le président français, « démontre la volonté de la communauté internationale de protéger les populations menacées, de leur donner accès à l'aide humanitaire et de soutenir le rétablissement de l'autorité de l'Etat sur tout le territoire de la Centrafrique ».

« Les troupes de l'Union africaine appuyées par les troupes françaises effectuent un travail immense pour protéger les populations civiles, mais ce n'est pas encore suffisant », a déclaré à la presse Gérard Araud, représentant permanent de la France à l'ONU, jeudi après le vote du Conseil de sécurité.

La Minusca se concentrera sur la protection des civils, le rétablissement de la loi et de l'ordre, facilitera l'accès à l'aide humanitaire, veillera au respect des droits de l'homme et luttera contre l'impunité, a ajouté Gérard Araud.

L'ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Samantha Power, qui s'est rendue mercredi pour la deuxième fois à Bangui, a estimé que les violences entre chrétiens et musulmans avaient acculé la Centrafrique « au bord du désastre ».

« Des horreurs indicibles se poursuivent dans les petites localités, et plus de 19 000 musulmans sont pris au piège dans la capitale, où ils ont trop peur des forces anti-balaka pour quitter leurs cachettes », a-t-elle déclaré à la presse.

La Centrafrique a basculé il y a un an lorsque la Séléka, une alliance de rebelles musulmans originaires du nord du pays et de mercenaires des pays voisins, a pris le pouvoir à Bangui en chassant le président François Bozizé.

Les combattants de la Séléka se sont rendus coupables de nombreuses exactions contre la population majoritairement chrétienne et animiste de la capitale et des villes du sud et de l'ouest de la Centrafrique, entraînant les représailles des miliciens « anti-balaka » contre la minorité musulmane.

État d'anarchie

Les violences, qui ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés, n'ont pas cessé après le déploiement des soldats africains de la Misca et français de la force Sangaris, en décembre, et la démission le mois suivant du président Michel Djotodia, ancien chef de la Séléka.

En visite à Bangui samedi, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a souligné que les soldats français et africains étaient « dépassés » par « l'état d'anarchie » dans lequel a sombré ce pays de quelque 4,6 millions d'habitants dont la superficie dépasse celle de la France.

Illustration des propos de Ban, des habitants de Dekoa ont rapporté jeudi qu'une attaque de miliciens anti-balaka, commise l'avant-veille contre les combattants Séléka qui contrôlent cette ville située à environ 300 km au nord de Bangui, avait fait au moins 13 morts et, en l'absence de soldats internationaux pour les protéger, contraint nombre de ses habitants à fuir dans la brousse.

Le Conseil de sécurité a appelé jeudi les autorités de transition centrafricaines « à accélérer les préparatifs en vue d'organiser des élections présidentielles et législatives libres, honnêtes, transparentes et ouvertes à tous au plus tard en février 2015 ».

La tâche qui attend la présidente intérimaire Catherine Samba-Panza apparaît cependant quasi insurmontable, avec un pays pratiquement coupé en deux entre le nord et l'est, où sont concentrées les richesses minières, contrôlées par la Séléka et le Sud et l'Ouest aux mains des milices chrétiennes qui harcèlent les dernières enclaves de population musulmane.

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