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Élections 2014 - L'heure est aux remises en question chez les députés du Parti québécois

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BERNARD DRAINVILLE
PC

QUÉBEC - Le flou maintenu autour d'un éventuel référendum sur la souveraineté, la charte de la laïcité de l'État et le travail des médias sont au nombre des causes principales de la défaite cinglante du Parti québécois, lundi dernier, selon les députés et candidats défaits du PQ.

Réunis pour la première fois depuis le jour du scrutin, les gagnants et les perdants paraissaient amers, jeudi, et encore sous le choc d'une des pires déconvenues infligées au parti souverainiste, qui n'a récolté que 25 pour cent d'appui populaire et réussi à faire élire seulement 30 députés.

Une cruelle coïncidence a voulu que les péquistes aient choisi de se rencontrer dans la même salle du même hôtel du centre-ville de Québec, où, la veille, les libéraux s'étaient eux aussi réunis, dans leur cas pour célébrer leur éclatante victoire.

Le contraste était saisissant: mercredi, les sourires étaient radieux et l'ambiance était à la fête, tandis que jeudi les visages étaient longs et l'ambiance lourde.

Plusieurs ont fui les journalistes, dont la première ministre sortante Pauline Marois, qui est entrée par une porte dérobée, loin des caméras.

Certains cherchaient des coupables, ne cachant pas leur dépit envers les journalistes, tenus responsables de la défaite du Parti québécois.

L'ex-député de Saint-Hyacinthe Émilien Pelletier a pointé du doigt les journalistes, considérés comme «les artisans» de la défaite du 7 avril. Selon lui, les médias avaient conclu «un deal avec Couillard», le chef libéral. «Vous étiez négatifs sur tout ce que Mme Marois faisait!», a lancé le candidat défait aux reporters, avant de tourner les talons et d'entrer dans la salle de réunion.

La candidate défaite dans Charlesbourg, la professeure de journalisme Dominique Payette, a dit qu'il conviendrait «de poser des questions sur le rôle des médias, sur la démocratie, sur les grandes questions philosophiques».

L'ex-journaliste s'est demandée si les journalistes n'avaient pas été «manipulés par le Parti libéral, qui tenait absolument à ramener la question référendaire sur le devant de la scène? Peut-être bien.»

Elle reproche aux médias d'avoir complètement évacué le contenu des programmes des partis durant la campagne électorale. «Il n'y a pas beaucoup d'espace public pour le débat intelligent», selon elle, une situation qui nous conduit vers «un mur», parce que les idées n'ont plus de place, mettant en péril la démocratie.

Mais la cause majeure de la défaite identifiée par les candidats et élus péquistes semble être plutôt le manque de clarté dans la position du parti sur un éventuel référendum sur la souveraineté.

«Bonne question. Matière à réflexion», a tranché le député battu dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, Daniel Breton, quand il a été interrogé sur le sujet.

«L'ambiguïté sur le référendum» a provoqué la chute, a estimé le candidat défait dans Trois-Rivières, avocat et ancien journaliste Alexis Deschênes, prêt à faire son mea culpa. «Les gens voulaient savoir», s'il y aurait ou non un référendum sur la souveraineté et le parti aurait dû dire qu'un gouvernement péquiste n'en tiendrait pas un dans un premier mandat, selon lui.

«À l'avenir, il faudra répondre clairement à ça», a-t-il ajouté.

Candidat défait lui aussi, Yves-François Blanchet croit de son côté que son parti est tombé dans un piège tendu par les libéraux. Il aurait fallu, à ses yeux, que le PQ fasse savoir «plus vite» et de façon «plus claire» que la tenue d'un référendum ne figurait pas dans ses plans.

Sur l'option souverainiste du PQ, «il y a des questions qui vont effectivement se poser», a dit le nouveau député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, qui n'a pas voulu dire s'il était intéressé à succéder à Pauline Marois.

«Le parti doit faire un examen de conscience important pour voir ce qui n'a pas marché au niveau de la stratégie de campagne», a commenté l'ex-député de Saint-François et ministre de la Santé, Réjean Hébert, qui n'exclut pas l'idée de faire partie des aspirants au poste de chef du PQ. «Toutes les options sont ouvertes», a-t-il dit.

Le PQ misait sur la charte de la laïcité pour gagner des points, mais ce ne fut pas le ce cas.

Réélu dans sa circonscription de Marie-Victorin, l'ex-ministre responsable de la charte, Bernard Drainville, a avoué, la mine déconfite, que le PQ n'avait pas été en mesure de «traduire l'appui majoritaire de la population pour la charte en appui au PQ».

«Beaucoup de Québécois qui appuyaient la charte ont décidé tout simplement de ne pas centrer leur vote sur la charte, mais sur autre chose. Je pense qu'il faut constater que la peur du référendum a été plus forte, plus lourde de conséquence, que l'appui à la charte», a-t-il dit.

Son collègue Jean-François Lisée, lui aussi réélu dans Rosemont, s'est empressé de se distancier du projet de charte. Il a confié qu'il aurait souhaité que l'interdiction du port des signes religieux _ l'aspect le plus litigieux de la charte _ ne s'applique que chez les nouveaux employés du secteur public.

«La grande question (sur la charte) était: est-ce qu'elle devrait s'appliquer aux employés actuels ou seulement aux nouveaux employés. Et moi j'étais de ceux, et nous étions nombreux, qui croyaient que la transition devait être beaucoup plus longue», a-t-il expliqué, en disant que le parti devait s'imposer un temps de réflexion.

«La pire chose à faire, c'est de commencer une course au leadership tout de suite. Les Québécois nous ont dit des choses très fortes, très importantes. Il faut les écouter, il faut savoir ce que ça signifie et il faut débattre entre nous, avec les militants, de ce que ça signifie pour la suite. Et moi, je pense qu'il faut laisser passer plusieurs saisons, plusieurs saisons», a-t-il insisté.

M. Lisée s'est aussi défendu d'être déjà en campagne pour succéder à Pauline Marois.

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