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Le président de DJL nie le partage de contrats, mais admet la non-agression

10/04/2014 10:14 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Construction DJL, le deuxième plus important constructeur de routes pour le ministère des Transports du Québec, nie avoir fait de la collusion avec son principal concurrent, Sintra, mais il admet avoir conclu un pacte de non-agression dans certains cas.

Le président de Construction DJL, Marcel Roireau, a passé des minutes pénibles devant la Commission Charbonneau, jeudi, lors d'un interrogatoire serré mené par le procureur de la commission, Me Paul Crépeau, auquel se sont joints la juge France Charbonneau et le commissaire Renaud Lachance.

Le témoin a d'abord nié avoir fait de la collusion lui-même, pour ensuite ajouter que si des directeurs sous son autorité en ont fait, c'était à son insu.

Quand le commissaire Lachance lui a souligné que sa maison-mère avait été condamnée à des amendes pour des pratiques qui nuisaient à la concurrence, M. Roireau a soutenu qu'il en avait entendu parler, mais qu'il en ignorait le montant et s'il s'agissait d'une division ou de la maison-mère.

Du bout des lèvres, à force d'être mitraillé de questions, il a fini par admettre qu'il avait discuté «un peu» de collusion à Montréal avec un de ses directeurs et qu'il s'était entendu sur des marges de profit avec certains. Mais il n'a pas voulu admettre la collusion, répondant qu'il appartenait à la commission de la définir.

Il a même accepté les termes «entente tacite», mais préférait parler lui-même de «respect» mutuel entre concurrents. «On ne s'agressait pas inutilement», a-t-il conclu.

Pourtant, au moins deux autres témoins devant la commission ont admis la collusion entre Sintra et DJL, soit Gilles Théberge et Normand Bédard, de Sintra.

Le témoin a multiplié les réponses évasives, du genre «je ne dis pas que c'est faux; je ne dis pas que c'est vrai» et «je ne me souviens pas».

La commission a fait un travail méticuleux en recoupant les directions territoriales du ministère des Transports, les usines, les carrières et les contrats obtenus par les compagnies de pavage et d'asphalte.

Et il en ressort parfois un manque total de concurrence, comme en Gaspésie, ou bien la présence imposante d'un joueur dans une région, mais une présence timide du même joueur dans la région juste à côté.

Me Crépeau a voulu savoir pourquoi DJL occupait par exemple 45 pour cent du marché à Montréal, où il est premier, mais seulement 4 pour cent à Laval, où il est neuvième, alors qu'il exploite justement une usine à Laval.

Me Crépeau lui a carrément demandé s'il y avait des «problèmes de corruption» à Laval qui avaient empêché DJL, numéro un à Montréal, de pénétrer ce marché voisin.

«Non», a simplement répliqué M. Roireau.

À Laval, c'est le groupe Simard-Beaudry-Louisbourg (anciennement de Tony Accurso) qui est en première position, a noté Me Crépeau.

M. Roireau a ajouté que même si DJL avait une usine à Laval, elle n'y avait pas de carrière, ce qui lui nuit. Simard-Beaudry-Louisbourg en a une. Selon lui, «il n'y a pas d'argent à faire» à Laval pour DJL.

La juge France Charbonneau a alors renchéri: «Il n'y a personne qui vous aurait dit 'tu ne viens pas t'installer à Laval'?»

«Jamais», a répliqué M. Roireau.

Il a soutenu qu''il serait carrément «suicidaire» pour son entreprise d'installer une usine près de celle d'un concurrent.

De 1997-1998 à 2011-2012, Sintra a décroché des contrats du MTQ totalisant 1,6 milliard $, alors que DJL en a obtenu pour 884 millions $.

Dons politiques

Comme pour Sintra la veille, la commission a pu voir que DJL savait se montrer généreuse envers les partis politiques.

Ainsi, de 1998 à 2011, ses cadres, ses employés et leurs conjoints ont donné 275 279 $ au Parti libéral du Québec, au Parti québécois et à l'Action démocratique, ainsi qu'au palier municipal. De ce montant, environ 112 000 $ venaient des employés _ commissionnaires, mécaniciens, gérants, etc.

Là encore, avec réticence, M. Roireau a fini par admettre qu'il est «probable» que les employés qui ont ainsi servi de prête-noms aient été remboursés pour ces dons. D'ailleurs, lorsqu'il est devenu président et a mis fin à cette pratique, les dons ont subitement chuté.

Ce sont des «attachés politiques» du député local qui sollicitaient l'entreprise de construction pour un cocktail, par exemple, en lui faisant miroiter la possibilité d'une rencontre avec le ministre de l'Environnement, le ministre des Transports ou la chef de l'opposition d'alors, Pauline Marois, s'est-il souvenu.

Il a nié qu'il y ait un lien entre ces dons et des contrats du MTQ. Du même souffle cependant, il a admis que «t'as pas le choix» et que si l'entreprise ne va pas à la rencontre, cela peut être mal vu et lui nuire.

M. Roireau a terminé son témoignage. La commission n'a pas encore dévoilé l'identité du témoin qui sera entendu vendredi.

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