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Le parquet espagnol contre l'extradition de "Billy the Kid", ex-policier franquiste

10/04/2014 09:57 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

Le parquet espagnol, sur la même ligne que la défense, a refusé l'extradition jeudi d'un ex-policier franquiste, surnommé "Billy el Niño" (Billy the Kid), réclamé avec un ex-garde civil par la justice argentine qui enquête sur les crimes du franquisme.

"Billy el Niño", dont le surnom viendrait de ses méthodes expéditives rappelant celles du "Far West", a nié avoir torturé quiconque devant le tribunal de l'Audience nationale, qui va maintenant devoir se prononcer sur la demande d'extradition des deux hommes.

Juan Antonio Gonzalez Pacheco, 67 ans, et l'ex-garde civil Jesus Muñecas Aguilar, 75 ans, sont poursuivis dans le cadre de l'enquête ouverte en 2010 par la juge Maria Servini de Cubria en Argentine pour génocide et crimes contre l'humanité pendant la Guerre civile (1936-1939) et la dictature de Francisco Franco (1939-1975).

"Nous nions les faits" de torture, a affirmé l'avocat de Juan Antonio Gonzalez Pacheco, soulevant l'indignation de victimes présentes dans la salle tandis que d'autres, à l'extérieur, criaient des slogans comme "Nous avons une mémoire, nous réclamons justice".

"C'est une farce!", s'est emporté Enrique Aguilar Benitez, à la sortie de l'audition, assurant avoir lui-même souffert dans sa chair de la brutalité de Pacheco, réputé avoir été l'un des membres les plus craints de la police politique franquiste.

Le procureur, Pedro Martinez, s'est de nouveau prononcé contre son extradition, comme il l'avait déjà fait par écrit le 31 janvier.

Le 3 avril, la justice espagnole avait entendu Jesus Muñecas Aguilar, impliqué dans la tentative de coup d'Etat du 23 février 1981. Le Parquet s'était également opposé à son extradition, estimant notamment que les faits sont prescrits.

Mais le procureur a laissé la porte ouverte à la première audition de victimes du franquisme devant la justice espagnole.

- 114.000 victimes de la Guerre civile et du franquisme -

"Il est possible de rejeter l'extradition et, pour répondre aux engagements diplomatiques, permettre aux autorités argentines, si elles le désirent, de déposer plainte" devant la justice espagnole. Cela permettrait alors, a-t-il ajouté, "d'entendre les victimes devant les tribunaux espagnols, ce qui n'est jamais arrivé jusqu'à présent".

Malgré les demandes insistantes des Nations unies, l'Espagne refuse d'enquêter sur le sort des milliers de disparus pendant la Guerre civile et la dictature, invoquant une loi d'amnistie votée en 1977 par les principaux partis qui ont ensuite fondé la démocratie (1978).

L'instruction ouverte en 2008 par l'ex-magistrat Baltasar Garzon avait estimé à 114.000 le nombre de victimes de la Guerre civile et du franquisme toujours portées disparues dans toute l'Espagne.

Face au refus espagnol, des associations de victimes s'étaient tournées vers l'Argentine. Muñecas a été inculpé de tortures commises contre un détenu, en 1968, dans une caserne de la Garde civile au Pays Basque.

Juan Antonio Gonzalez Pacheco est quant à lui poursuivi pour sa participation présumée à des tortures sur 13 détenus entre 1971 et 1975.

En février, un rapporteur de l'ONU a fait part de son "inquiétude face à la position du parquet de l'Audience nationale de s'opposer à la demande d'extradition déposée par la justice argentine concernant un responsable présumé d'actes de torture", désignant "Billy El Niño".

Le Colombien Pablo de Greiff, rapporteur spécial de l'ONU sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition, avait estimé qu'il fallait "annuler la loi d'amnistie de 1977", une loi "qui a été utilisée pour classer sans suite presque la totalité des cas arrivant devant la justice".

Après son audition jeudi, l'ex-policier est sorti du tribunal, casque sur la tête et saluant les journalistes, avant de partir à moto.

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