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«La Marche»: l'acteur Tewfik Jallab contre le racisme

10/04/2014 09:59 EDT | Actualisé 10/04/2014 09:59 EDT
AZ Films

Tewfik Jallab partage la tête d’affiche avec Charlotte Le Bon dans le film La Marche de Nabil Ben Yadir en salles au Québec ce vendredi. L’acteur français incarne Mohamed, un jeune issu du quartier «chaud» des Minguettes proche de Lyon. Il va décider de se lancer dans une grande marche pacifique contre le racisme après avoir été victime d'une bavure policière. C’était il y a tout juste 30 ans. Rencontre.

Comme son personnage, Tewfik Jallab vient lui aussi d’une banlieue française, quartier défavorisé où s’entassent depuis des générations les immigrants et leurs enfants. Mais l’acteur de 32 ans a réussi à se sortir du ghetto grâce à ses rêves de fouler un jour les planches d’un théâtre.

«J'ai grandi à Joliot-Curie près d’Argenteuil, une cité toujours considérée comme difficile, explique-t-il en entrevue. J’ai été très tôt passionné par l’art dramatique. J’ai terminé des études en commerce pour faire plaisir à mes parents. Ensuite, je me suis concentré sur ma passion.»

Fraîchement sorti du Conservatoire national, le jeune homme né d’une mère marocaine et d’un père algéro-tunisien a depuis réussi son pari. Le théâtre bien sûr, mais aussi la télévision et le cinéma. «J’ai joué dans plusieurs films. D’ailleurs, je suis particulièrement fier d’avoir été de l’aventure de La Marche, une œuvre forte et importante.»

Retour aux sources

La Marche retrace les événements de 1983 lorsqu’une poignée de jeunes entreprend de traverser l’Hexagone de Marseille à Paris afin de sensibiliser la population sur les discriminations qu’ils subissent au quotidien. Une trentaine au départ, ils seront des milliers à l’arrivée scandant l’égalité des droits sur les Champs-Élysées. Pourtant, c’est en lisant le scénario que Jallab a pour la première fois pris connaissance de cette histoire.

«J’étais trop jeune quand les événements se sont produits. Étonnement, je n’en avais jamais entendu parlé après. Le scénario m’a tout appris sur le sujet. Je ne suis pas le seul. Un sondage récent révélait que 80% des Français n’étaient pas au courant. C’est incroyable de voir que cette partie cruciale de notre histoire moderne a été occultée, comme si elle n’avait jamais existé.»

Jallab se souvient du sentiment «insupportable» qui est alors venu l’habiter, mêlé à la fois de honte et de tristesse. «Je m’en voulais, car cette période concerne celle de mes parents, ils avaient alors 20 ans. Le souvenir de tous ces jeunes plein d’espoir pour rendre leur pays plus tolérant ne mérite pas l’oubli.»

Le comédien rappelle que l’État français porte aussi sa part de responsabilité. «À l’école, les élèves apprennent l’histoire américaine, la date de la mort de Martin Luther King, l'œuvre de Malcolm X ou de Gandhi. Mais rien sur Toumi Djaïdja, l’initiatrice de la marche.»

Pour l’acteur, les explications sont multiples. On ne balaye pas des moments aussi importants sans raison. «C’est difficile pour un pays d’avouer ses propres échecs ou ses erreurs, surtout lorsque ceux-ci concernent une génération entière. La France n’a pas non plus envie de reconnaître qu’elle avait à une époque une police qui était en partie raciste. Aujourd’hui encore, rien n’est réglé. Jusqu’à très récemment, on a même vu un certain Nicolas Sarkozy chercher des bienfaits à la colonisation.»

Mais Jallab ne veut pas tomber dans la rancune. Il ne voit pas La Marche comme une accusation, mais plutôt comme un travail de réhabilitation. «Ce n’est pas un long métrage sur des enfants d’immigrés, mais sur des Français, sur la France et pour la France. C’est plus grand qu’un simple film sur des problèmes identitaires.»

Il n’hésite pas à dire que l’œuvre représente un geste d’amour, un sentiment qui manque cruellement dans cette France en proie à la xénophobie. «En ces temps où la parole raciste explose un peu partout, La Marche vient nous rappeler que les actions positives et fraternelles sont possibles. On peut les juger naïves, il reste qu’elles ont été guidées par l’amour. On vit à une époque où il vaut mieux donner de l’amour que des leçons.»

L’entrevue a été réalisée grâce à l’invitation des Rendez-vous d’Unifrance.

La Marche – AZ Films – Drame historique – 126 minutes – Sortie en salles le 11 avril 2014 – France.

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