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La Grèce séduit les investisseurs étrangers pour son retour sur les marchés

10/04/2014 08:13 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

La première émission de dette grecque depuis quatre ans a suscité l'attrait des investisseurs au-delà des espoirs du gouvernement, entachée cependant par un attentat visant la Banque centrale qui n'a pas fait de victime.

"Politiquement, le succès est plus grand que prévu", a triomphé le vice-Premier ministre Evangelos Venizelos marquant la satisfaction d'un pays auquel les plus pessimistes prédisaient une sortie de l'euro il y a deux ans encore.

Le ministère des Finances a annoncé vers 11h00 GMT le résultat de l'opération, préparée depuis des mois et lancée trois heures plus tôt : la Grèce a vendu pour 3 milliards d'euros d'une obligation à cinq ans assortie d'un coupon de 4,75%, un excellent taux pour un pays encore classé dans les valeurs spéculatives.

"La demande a été très forte et l'émission souscrite à 90% par des investisseurs étrangers", a précisé le ministère. "Les marchés ont voté Grèce", a interprété M. Venizelos, faisant état d'une émission sursouscrite "huit fois au moins".

La journée avait pourtant commencé avec l'explosion d'une voiture piégée près de la Banque centrale de Grèce, en plein Athènes, qui n'a pas fait de victimes mais a fait passer un souffle d'inquiétude sur cette étape hautement symbolique.

"Le retour de la Grèce est une très bonne nouvelle et un signe encourageant pour la Grèce et pour l'Europe", a salué la Commission européenne, comme l'avait fait la veille le FMI face à cette dynamique qui valide, à leurs yeux, la stratégie mise en place pour sauver la Grèce de la faillite en 2010.

Faute de pouvoir se financer auprès des marchés depuis avril 2010, Athènes a eu recours au mécanisme de sauvetage UE et FMI à hauteur de 240 milliards d'euros de prêts, ce qui lui a permis d'éviter un défaut de paiement.

- "Lents progrès" -

Cette émission réussie "reflète le retour de la confiance des investisseurs face aux perspectives de l'économie", a estimé Platon Monokroussos, économiste en chef de Eurobank.

Les analystes étrangers se gardaient en revanche de tout triomphalisme, Ishaq Siddiqi, stratégiste chez ETX Capital notant que cet appétit tenait plus à l'amélioration de la situation dans la zone euro qu'aux fondamentaux "en lents progrès" de l'économie grecque.

"En un sens, vous pouvez dire que les investisseurs achètent des obligations grecques garanties par l'Allemagne et la BCE".

Plus cinglant, Christopher Dembik de Saxo Banque rappelait que même "le Sri Lanka est parvenu encore récemment à faire une émission sur la même échéance avec un rendement d'environ 5%".

Pour lui, la réussite de jeudi est surtout "la résultante d'un retour global de la confiance, l'économie et les finances grecques suscitant toujours l'inquiétude".

Au titre de ces inquiétudes: une dette toujours très élevée à 175% du PIB et qui attend un éventuel coup de rabot des banques centrales européennes qui la détiennent en majorité, un chômage en légère baisse sur un mois mais toujours à 26,7% en janvier, un potentiel de croissance encore mal défini même si le pays devrait sortir de six ans de récession en 2014.

Au même titre que la solidité économique, la stabilité politique est un paramètre capital pour les investisseurs.

La majorité de la coalition conservateurs-socialistes au pouvoir ne tient qu'à un fil, face à des partis d'opposition, notamment Syriza (gauche radicale), hostiles aux plans de redressement du pays.

Le regain de l'aléa terroriste fait partie des derniers éléments que l'exécutif voudrait voir ajouter au tableau.

L'attentat qui a visé la banque de Grèce, peu avant 03h00 GMT, à quelques centaines de mètres du Parlement, a été commis au moyen d'une voiture piégée de 75 kilos d'explosifs.

Les attentats, généralement sans victime, visant des cibles économiques, institutionnelles, politiques, sont fréquents en Grèce et généralement attribués à la mouvance anarchiste.

"Le but manifeste des auteurs est d'imposer leur agenda. Nous ne leur permettrons pas de réussir", a réagi le porte-parole du gouvernement.

Prochaine étape de cette riche semaine grecque : la visite vendredi à Athènes de la chancelière allemande, Angela Merkel, sans doute porteuse également de messages positifs.

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