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La clinique de Henry Morgentaler de Fredericton fermera en juillet

10/04/2014 09:34 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT
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July 02, 2008 - Dr. Henry Morgentaler speaks at a press conference this morning at his Toronto abortion clinic, after it was announced he will receive the Order of Canada. Toronto Star/Tony Bock (Photo by Tony Bock/Toronto Star via Getty Images)

La clinique d'avortement Morgentaler, à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, annonce officiellement sa fermeture pour la fin du mois de juillet. 

Radio-Canada a appris, mercredi, que la clinique allait fermer. Jeudi matin, lors d'une conférence de presse, la direction de l'établissement a expliqué sa décision en invoquant des raisons financières, notamment le refus du gouvernement de couvrir les frais des interventions qu'elle pratique.

La direction dit avoir dépensé environ 100 000 $ pour payer l'intervention dans le cas de femmes qui ne pouvaient acquitter les frais. Le Dr Morgentaler payait lui-même ces frais. Il avait aussi payé des réparations de plus de 100 000 $ effectuées à la suite d'une inondation en 2008, ajoute la directrice de la clinique, Simone Leibovitch. 

Les frais d'avortement de la clinique varient de 700 $ à 850 $, selon le stade de grossesse. La direction affirme que la clinique ne peut plus fonctionner sans être soutenue par des fonds publics.

La seule clinique privée d'avortement dans la province

La clinique effectue en moyenne 500 interruptions de grossesse par année. Elle dessert principalement des patientes du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard. La procédure est réalisée sans avis médical.

Réagissant à la fermeture de la clinique, le gouvernement du Nouveau-Brunswick affirme que les patientes peuvent toujours subir un avortement gratuit en milieu hospitalier, mais qu'elles doivent obtenir au préalable deux références de médecins. Le gouvernement ne fera pas d'autres commentaires, car la poursuite intentée contre la province par le Dr Morgentaler est toujours devant les tribunaux.

Le Nouveau-Brunswick ne rembourse pas les avortements effectués en milieu privé, ce qu'a toujours déploré la clinique et Henry Morgentaler lui-même. C'est pourquoi ce dernier avait intenté la poursuite.

Le recours à la clinique Morgentaler était une option utilisée par des centaines de femmes qui ne pouvaient pas ou ne voulaient pas obtenir l'accord des médecins.

Déception chez les pro-choix

Joyce Arthur, directrice générale de la Coalition pour le droit à l'avortement au Canada, affirme que c'est un jour triste et sombre pour les Néo-Brunswickoises. Elle juge que la province démontre un manque d'intérêt pour la santé des femmes. Mme Arthur craint que des femmes se blessent en tentant d'obtenir un avortement illégal. Elle presse le Nouveau-Brunswick d'améliorer l'accès à l'avortement.

La nouvelle de la fermeture attriste aussi la directrice-générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, Sarah LeBlanc. « La fermeture d'un point d'accès, c'est une nouvelle assez grave pour les femmes », dit-elle.

Julia Hughes, professeure de droit à l'Université du Nouveau-Brunswick, affirme que la fermeture va exercer une pression pour obtenir une révision des politiques sur l'avortement dans la province.

La fermeture aura un impact jusqu'à l'Île-du-Prince-Édouard, où aucun avortement n'est pratiqué. Environ 10 % des patientes de la clinique proviennent de la province insulaire. « L'Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick sont les pires provinces au Canada pour l'accès aux services d'avortement », juge Sarah LeBlanc.

Le Dr Henri Morgentaler avait inauguré sa clinique à Fredericton en 1988. « C'est vraiment pour la santé des femmes du Nouveau-Brunswick. C'est très important que ça existe », disait-il.

Henry Morgentaler était un grand défenseur du droit à l'interruption de la grossesse. Grâce à lui, il y a 26 ans, la Cour suprême du Canada a décriminalisé l'avortement au pays. Il est décédé en mai 2013 à l'âge de 90 ans.

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