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Espagne: l'ancien trésorier du parti au pouvoir révèle un système de fonds secrets à l'échelle nationale

10/04/2014 04:48 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

L'ex-trésorier du Parti populaire (PP) au pouvoir en Espagne a affirmé jeudi devant la justice que ce parti conservateur avait développé une comptabilité parallèle dans toutes les régions du pays, a-t-on appris de source judiciaire.

Cette comptabilité parallèle, dite "comptabilité B", servait à financer en partie les campagnes électorales du PP, a précisé Luis Barcenas, ancien intendant puis trésorier de la formation de 1990 à 2009, au juge Pablo Ruz du tribunal de l'Audience nationale, principale instance pénale espagnole devant laquelle il comparaissait.

"Les secrétaires généraux et les présidents (du PP) le savaient", a-t-il assuré, ajoutant que ces fonds occultes avaient partiellement financé la campagne électorale menée en 2004 par l'actuel chef du gouvernement, Mariano Rajoy, alors battu par le socialiste José Luis Zapatero.

Luis Barcenas n'a pas donné les montants exacts des sommes qui auraient transité via ce système de financement opaque.

Il a revanche nié tout lien entre les fonds secrets et les 48,2 millions d'euros découverts sur des comptes en Suisse, qu'il prétend avoir amassés grâce à des plus-values réalisées lors de transactions boursières et de ventes d'oeuvres d'art.

Cette affaire a éclaté au début de l'année 2013 avec les révélations du quotidien conservateur El Mundo selon lesquelles Luis Barcenas avait remis pendant des années des milliers d'euros non déclarés en espèces à des dirigeants du Parti populaire.

Le journal de gauche El Pais avait peu après enchéri en publiant des documents baptisés "les notes de Barcenas" répertoriant les possibles bénéficiaires de salaires non déclarés versés par l'ex-trésorier de ce parti.

Parmi eux, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, qui aurait reçu jusqu'à 25.000 euros non déclarés par an entre 1997 et 2008.

Luis Barcenas avait reconnu en juillet dernier devant le juge Ruz être l'auteur de ces notes. Il avait aussi reconnu l'existence d'une comptabilité occulte au sein du PP et admis avoir versé des sommes d'argent à des dirigeants du parti.

Cet ancien proche de Mariano Rajoy avec lequel le PP a pris ses distances est incarcéré depuis juin 2013. Il est au centre de plusieurs scandales de corruption qui secouent le parti conservateur depuis 2009.

La justice espagnole enquête également depuis 2013 sur les conditions dans lesquelles le siège du PP a été rénové, en tentant de vérifier l'existence d'éventuelles "facturations officielles fictives".

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