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Egypte: nouvelle audience dans le procès de reporters d'Al-Jazeera

10/04/2014 08:14 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

Le directeur égypto-canadien du bureau d'Al-Jazeera English au Caire a plaidé jeudi pour sa libération devant un tribunal égyptien qui a, pour prouver qu'il avait manipulé les images de ses reportages, produit des vidéos sans lien avec son travail.

Mohamed Fadel Fahmy a comparu pour la cinquième fois dans ce procès qui a provoqué un tollé au sein de la communauté internationale, inquiète pour la liberté d'expression dans le pays entré dans un engrenage de violences depuis l'éviction du président Morsi Morsi en juillet par l'armée.

Dans le box grillagé des accusés, le journaliste était aux côtés de ses confrères incarcérés, comme lui, depuis plus de 100 jours, l'Australien Peter Greste et l'Egyptien Baher Mohamed.

Au total, 20 personnes sont poursuivies, dont 12 par contumace: 16 Egyptiens sont accusés d'appartenir à une "organisation terroriste" --les Frères musulmans de M. Morsi-- et quatre étrangers de leur avoir fourni "argent, équipements et informations" pour "diffuser de fausses nouvelles" et faire croire à une "guerre civile".

Le procès a été ajourné au 22 avril.

Depuis juillet, les nouvelles autorités dirigées de facto par l'armée ont lancé une répression sanglante contre les manifestants pro-Morsi qui s'est soldée par au moins 1.400 morts et quelque 15.000 arrestations, en majorité dans les rangs des Frères musulmans.

La confrérie a été déclarée "terroriste" et la quasi-totalité de ses dirigeants, dont M. Morsi, encourent désormais la peine de mort dans de multiples procès.

- Images d'un cheval -

La défense assure depuis l'arrestation fin décembre des trois journalistes au Caire qu'ils ont fait leur travail "de façon professionnelle et objective".

Le procès a lieu alors que Le Caire et Doha sont brouillés depuis juillet, le premier reprochant au second son soutien aux islamistes, notamment via sa chaîne Al-Jazeera, considérée par les experts comme le premier outil diplomatique du petit émirat gazier à l'international.

Lors de l'audience de deux heures jeudi, la cour a montré des extraits de reportages de l'antenne arabophone de la télévision britannique Sky News, récupérés sur un ordinateur de M. Mohamed. Ainsi, la salle a visionné des images d'un cheval mangeant du foin dans son écurie tirées d'un reportage sur le tourisme à Louxor, dans le sud du pays.

Le frère de M. Mohamed, Assem, a expliqué à l'AFP qu'il travaillait pour Sky News Arabia et que ces vidéos étaient stockées dans son ordinateur saisi dans l'appartement qu'il partageait avec son frère.

M. Fahmy, excédé, a crié à ses juges: "Je suis en prison depuis quatre mois. Pour quoi est-ce que je suis en train de payer? Il n'y a aucune preuve qui nous accuse. Ce sont des vidéos de Sky News, qu'est-ce que je fais en prison?".

Le tribunal a ensuite passé en revue des photographies de M. Greste, dont l'une montrant ses parents, ce qui a provoqué l'hilarité du journaliste australien, ancien reporter de la BBC récompensé par plusieurs prix prestigieux. "Aujourdhui, comme toutes les autres audiences, prouve que cette affaire ne tient pas debout", a-t-il lancé aux journalistes.

Et quand a été diffusé la vidéo d'une conférence de presse enregistrée par M. Greste au Kenya où il était en poste, le juge Mohamed Nagui Rochdi a tancé le procureur: "cela n'a rien à voir avec ce dossier", a-t-il dit.

- 80 jours de grève de la faim -

L'audience, tenue dans une académie de police du Caire, a eu lieu deux jours après que la famille d'un autre journaliste de la chaîne qatarie, Abdallah Elshamy --détenu depuis huit mois et sans date de procès-- a réclamé sa libération immédiate, invoquant la détérioration de son état de santé après 80 jours de grève de la faim.

MM. Greste, Fahmy et Mohamed couvraient les violences qui ont suivi la destitution du premier président élu démocratiquement d'Egypte pour Al-Jazeera English, tandis que M. Elshamy est employé par l'antenne arabophone de la télévision satellitaire.

Pour Amnesty International, "les autorités se vengent en persécutant des journalistes qui n'ont fait que leur travail".

Jeudi, derrière les grilles du box des accusés, l'un des huit accusés détenus, Khaled Mohamed Abdel Raouf, en grève de la faim depuis 15 jours, s'est évanoui avant d'être évacué de la salle.

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