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Angela Merkel à Athènes vendredi, comme un point final à la crise

10/04/2014 05:13 EDT | Actualisé 10/06/2014 05:12 EDT

La crise est finie : c'est le message que voudrait relayer vendredi à Athènes la chancelière allemande Angela Merkel, après quatre ans de convulsions économiques en Grèce, avant des élections à haut risque en Europe mais sans grand espoir de convaincre des Grecs toujours accablés par la rigueur.

Depuis la déflagration, fin 2009, de la crise des dettes souveraines en Grèce puis dans le reste de l'UE, la dirigeante allemande s'est rendue une seule fois à Athènes, en octobre 2012. Elle y revient en pleine présidence grecque de l'UE.

Sa visite doit couronner une séquence internationale faste pour le gouvernement de coalition conservateurs-socialistes d'Antonis Samaras, fort d'un récent satisfecit des bailleurs de fonds du pays, et qui s'efforce de diffuser l'idée qu'"un cycle se ferme et qu'un nouveau livre s'ouvre", selon les mots du ministre des Finances Yannis Stournaras.

Symbole de cette nouvelle donne: la Grèce a opéré jeudi son retour sur le marché de dette à long terme, alors qu'elle n'y avait pas mis les pieds depuis avril 2010.

Avant l'annonce officielle des résultats, les commentateurs de marchés croyaient déjà savoir que le placement d'au moins 2,5 milliards d'euros à cinq ans s'était arraché à un taux inférieur à 5%, ce qui serait un grand succès pour un pays dont la note de crédit le place encore profondément parmi les valeurs spéculatives.

La veille, l'obligation grecque à 10 ans était tombée à moins de 6%, bien loin des taux à plus de 40% atteints quand la Grèce était au bord de la faillite, il y a moins de trois ans.

Le ministre des Affaires étrangères et vice-Premier ministre socialiste Evangelos Venizelos n'avait pas caché que le déplacement d'Angela Merkel participait à cette opération séduction des investisseurs, expliquant ce week-end qu'elle venait "soutenir l'économie grecque en vue d'un retour sur les marchés".

La note discordante de l'explosion jeudi à l'aube d'une voiture piégée non loin de la Banque de Grèce n'a semble-t-il donc pas terni l'enthousiasme des marchés.

Cette action est prêtée par le gouvernement grec aux "terroristes", des anarchistes dont une mouvance avait aussi revendiqué l'attentat à la kalachnikov du 30 décembre contre la résidence de l'ambassadeur d'Allemagne à Athènes.

"Merkel et ses merkelistes"

Ces dernières années, privée de marchés par son énorme dette et ses déficits à deux chiffres, la Grèce avait dû se financer par les programmes de prêts très contraignants de l'UE, de la BCE et du FMI qui lui ont accordé plus de 240 milliards en deux plans d'assistance (2010 et 2012).

L'image d'une Grèce retrouvant son indépendance financière a une valeur symbolique forte pour Angela Merkel face aux opinions publiques du nord de l'Europe, et notamment en Allemagne, où le sentiment de "payer pour le Grèce" reste prégnant.

Accréditer l'idée que "la voie" choisie "était la bonne" pour le redressement du pays, comme le déclarait ce week-end à la presse grecque le ministre des Finances Wolgang Schäuble, pèse dans la bataille des élections européennes qui pourraient connaître une poussée des eurosceptiques ou eurocritiques.

Ainsi Alexis Tsipras, le dirigeant de la gauche radicale Syriza, principal parti d'opposition grec, très légèrement en tête dans les sondages, s'en est-il pris lundi à "Mme Merkel venant soutenir ses Merkelistes", le gouvernement grec, une rhétorique hostile à la chancelière encore très répandue dans l'opinion publique grecque.

L'Allemagne, partisane d'une stricte orthodoxie budgétaire, reste associée au cauchemar économique et social traversé par les Grecs: chômage à 27,5%, le plus haut d'Europe, PIB amputé d'un quart en six ans de récession, chute des revenus des ménages d'un tiers entre 2007 et 2012, la plus importante baisse des pays de l'OCDE et près des quarts des ménages menacés par la pauvreté.

Une conférence de presse de la chancelière et Antonis Samaras est prévue en fin d'après-midi vendredi, ainsi que des rencontres avec des entrepreneurs.

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