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Serial Eyes: 9 mois entre Berlin et Londres pour apprendre à écrire les séries TV

09/04/2014 05:03 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

Hollywood n'a qu'à bien se tenir: douze scénaristes ou producteurs européens terminent "Serial Eyes", la première formation de troisième cycle entre Londres et Berlin destinée à les convertir en neuf mois en spécialistes de la création de séries TV.

Au coeur du quartier branché de Covent Garden, dans les locaux de la London Film School, les douze Européens --cinq Allemands, une Anglaise, un Italien, trois Français, un Bulgare, une Hongroise-- qui suivent cette formation créée avec le programme Média de la Commission européenne, écoutent, concentrés, Erik Ellefsen, spécialiste réputé des effets spéciaux.

"Regardez autant de séries ou films que vous pouvez et montrez-nous les effets que vous aimez", recommande celui qui a notamment supervisé les effets spéciaux des séries britanniques "Misfits" et "Utopia".

"La collaboration, c'est le mot-clé", ajoute-t-il en expliquant, séquence vidéos à l'appui, comment montrer un personnage se tirer une balle dans la tête en gros plan. Il détaille également le budget effets spéciaux par épisode et les relations avec les scénaristes et réalisateurs.

L'idée de cette formation organisée entre la Deutsche Film und Fernsehakademie de Berlin (DFFB) et la London Film School a été lancée en janvier 2013 par le directeur de la DFFB, Jan Schütte, lors du festival de séries TV de Londres, "Totally Serialized", qui réunit les professionnels du secteur, précise à l'AFP Lorraine Sullivan la directrice du festival et désormais de ce programme universitaire.

"Il y a eu une prise de conscience d'un manque de formation sur les séries au niveau européen", a-t-elle expliqué.

En matière d'écriture télévisuelle, "le travail de groupe n'existe pas du tout en Europe" contrairement aux Etats-Unis où les séries sont écrites en "writer's room", une salle d'écriture où plusieurs scénaristes travaillent autour du "showrunner" ou scénariste en chef, a-t-elle ajouté.

"Une longueur d'avance"

"L'idée n'est pas d'importer la writer's room mais d'inculquer un peu une culture de la coopération".

Une approche qui comble un manque, selon Dominique Jubin, directrice adjointe de la fiction chez Canal+ qui avait fait part à l'AFP de la difficulté de trouver en France "des scénaristes expérimentés capables de travailler au développement d'une série dont ils ne sont pas forcément les créateurs".

Pour Laurent Mercier, l'un des deux scénaristes français suivant "Serial Eyes", la formation, délivrée en anglais et coûtant 4.500 euros, "apporte une lucidité et la connaissance de ce qui marche et ne marche pas à l'international".

"Ca donne une longueur d'avance, de la confiance et une forme de légitimité", juge ce diplômé en 2010 du Conservatoire européen d'écriture audiovisuelle à Paris, qui a travaillé pour France 2 et NRJ12.

Sa camarade allemande, Anna-Katharina Brehm, diplômée de l'université du cinéma et de la télévision de Munich (HFF), juge la formation "époustouflante, c'est l'une des meilleures choses que j'ai faite de ma vie".

Elle loue particulièrement la qualité des intervenants, notamment Frank Spotnitz, le scénariste et producteur américain à l'origine de la série de science-fiction "X-Files" qui officie comme tuteur du groupe.

Pour être retenus, les étudiants, sélectionnés sur dossier et lettre de motivation, devaient avoir déjà écrit ou produit un projet télévisuel. Pendant les neuf mois d'enseignement, chacun a collaboré à une série créée à quatre tout en développant un scénario personnel.

Laurent Mercier a ainsi planché sur une série policière commune et sur sa propre idée traitant "des coulisses des matchs truqués du football façon The Wire". Anna-Katharina a développé l'histoire d'une communauté et de ses secrets, dont l'atmosphère flirte avec "Twin Peaks" et "Les Revenants".

Après six mois à Berlin, les étudiants ont rejoint Londres en mars pour deux semaines intensives de travail avec le gratin des professionnels du secteur, des responsables des chaînes Sky et HBO aux créateurs de "Downtown Abbey" ou "Misfits".

"On rencontre la crème de la crème et l'idée est de s'inspirer du modèle américain tout en l'adaptant à l'Europe", s'est félicité Laurent Mercier qui espère monter sa société de production l'année prochaine.

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